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05/08/2019 18h:11 CET | Actualisé 06/08/2019 16h:21 CET

L’Aid El Idha, la fête religieuse qui n’échappe pas à la foudre d’internet !

Face à une technologie qui ravage tout pêle-mêle, j’espère ne pas avoir un jour l’immense regret de devoir vous parler de la “Dawara” en ligne!

Zoubeir Souissi / Reuters

S’ il est vrai qu’internet a révolutionné le commerce avec la vente en ligne et que cette technologie a connu un développement exponentiel, il n’en reste pas moins qu’elle présente parfois de véritables inquiétudes quant à la pérennité de nos traditions ancestrales.

Saviez vous qu’il est désormais possible d’acheter votre mouton de l’Aid en ligne?

Non non, loin d’être une blague de mauvais goût, les amateurs de viande rouge vont pouvoir s’en donner à cœur joie grâce à des sites qui leur permettront d’acheter leurs moutons selon un catalogue tout en couleurs et illustré par des centaines de photos de moutons, tous passés au crible et soumis à des séances de shooting, sous l’œil averti d’un photographe chevronné; de vraies séances photos qui n’ont rien à envier aux plus grands mannequins et dignes des plus grands catalogues de mode!

Avant de faire son choix cornélien, l’acheteur dispose d’une fiche technique sur chaque mouton et sur laquelle sont précisés le poids, la couleur, l’âge mais aussi la taille de ses cornes et enfin le prix bien souvent faramineux.

Et hop! D’un geste machinal, l’internaute achète son mouton d’un simple clic, le paie par carte bancaire puis, cerise sur le gâteau, se fait livrer directement à domicile sans qu’il n’ait à lever le petit doigt!

Essor technologique dites-vous?

Connaissant l’engouement démesuré des Tunisiens pour les préparatifs ainsi que pour l’achat du mouton à l’occasion de la fête religieuse du sacrifice, appelée plus communément l’Aid el Idha, beaucoup de réserves s’imposent.  Cette nouvelle tendance ne tend t-elle pas vers la disparition de nos festivités et de nos rituels ancestraux?

On ne sait que trop bien que le Tunisien use de mille et un subterfuges afin de se procurer son fameux mouton! Implacablement harcelé par ses enfants, il se rend pour cela plusieurs fois par semaine dans les incontournables souks qui fusent de partout sur des terrains nus afin de flâner en famille devant une exposition mirobolante de moutons, à la quête de l’oiseau rare!

Chercher, repérer, soulever, tâtonner, hésiter, peser et enfin marchander avec les éternels intermédiaires appelés “guacharas”, il s’adonne mi-résigné et mi-déterminé, au traditionnel protocole à accomplir afin de se procurer le plus beau mouton au prix le moins coûteux. À l’approche du jour du sacrifice, les nerfs à rude épreuve, l’achat du mouton tant attendu devient alors le sujet existentiel d’une grande majorité de tunisiens, fervents amateurs de viande rouge!

Autant de rituels qui sembleraient difficilement résister au développement fulgurant de la technologie!

Verra-t-on un jour disparaitre les aiguiseurs de couteaux si convoités à l’approche de cette date fatidique? Les vendeurs de foin ambulants auront–ils aussi le même sort?

Verra-t-on un jour disparaître la joie des enfants espiègles qui exhibent fièrement leurs moutons dans les quartiers en affichant leurs richesses avec un orgueil juvénile, le temps de quelques jours, parfois même de quelques heures? La même question se pose aussi à ces hommes qui s’improvisent bouchers, qui déambulent dans les rues, équipés de leurs haches et de leurs couteux et qui viennent frapper frénétiquement à votre porte pour vous proposer d’égorger votre mouton contre une somme farouchement douteuse!

Imaginez–vous un jour ne plus sentir l’agréable odeur du “bkhour” qui envahit les maisons à cette occasion, celle du thym et du romarin qui enivrent vos narines, imaginez-vous ne plus entendre les radios qui diffusent à répétition l’incontournable chanson “El kebch iddour El kebch iddour” de ne plus voir ces éternelles émissions de santé qui vous matraquent de conseils diététiques et qui vous somment d’éviter la surconsommation de viande au risque de voir votre taux de cholestérol passer au rouge? 

Une explosion de couleurs et de senteurs, un festival de sens, d’inoubliables souvenirs d’enfance qui risqueraient de disparaître au profit d’une technologie foudroyante qui terrasse sans aucun scrupule toute dimension humaine, au plus grand désespoir des amoureux et des inconditionnels de l’Aid 

Aidelkebir.net, allo mouton! Autant de sites qui ne semblent guère s’annoncer sous les meilleurs auspices, et qui de surcroît encouragent à la paresse, à l’indifférence, à la froideur, pire même à la désacralisation  de toute dimension religieuse et sacrée!

Face à une technologie qui ravage tout pêle-mêle, j’espère ne pas avoir un jour l’immense regret de devoir vous parler de la “Dawara” en ligne!

Que Dieu nous en préserve!!

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