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21/08/2019 13h:03 CET | Actualisé 21/08/2019 13h:03 CET

L’Affaire Narjes Asli : quand le traitement indigne d’un patient s’ajoute à la comparution honteuse d’une citoyenne

Facebook/nardjessabriina.asli.9

La médiocratie dans les institutions publiques algériennes a encore frappé fort. Son dernier crime ? Punir une citoyenne qui a voulu protéger la vie d’un compatriote et œuvrer pour le bien commun aussitôt qu’elle avait exhumé au grand jour l’incompétence et la violence inhumaine que subit un malade hospitalisé.

Que s’est-il exactement passé ? Mardi 19 août 2019, la direction du Centre hospitalier universitaire Mustapha Pacha a déposé plainte contre Narjes Asli, artiste et bénévole au sein de l’association “Cœur dans la main”. Son infraction ? Avoir diffusé un live Facebook dans lequel elle dénonce le traitement indigne réservé à Ami Mohamed, un malade laissé au bord de l’agonie dans les couloirs de l’hôpital pendant plusieurs jours.  

En l’espace de quelques heures, la vidéo de Narjes Asli est devenue virale sur la toile algérienne. Mais l’histoire prend des proportions graves lorsque Narjes Asli est interrogée au poste de police du 8e arrondissement (champs de manœuvre) d’Alger. Elle est relâchée après quelques heures mais devait comparaître aujourd’hui devant le Procureur de la république près le tribunal Sidi M’hamed suite à une plainte déposée par le directeur de l’hôpital!

Fermez les yeux un instant et imaginez les couloirs abîmés de l’hôpital, les néants aveuglants accrochés au plafond, l’insalubrité crasse des lieux, et les milliers de va-et-vient qu’a subi un homme malade, portant sur lui une sonde d’urine depuis plusieurs jours. 

Entre-temps, la direction de l’hôpital ne trouve rien à faire sauf à déposer plainte contre une jeune femme bienveillante qui n’a fait que rapporter des faits avérés. Sous d’autres cieux démocratiques, le cas d’Ami Mohamed aurait été traité dans les plus brefs délais et Narjes Asli aurait été honorée par les autorités compétentes, en premier lieu la direction de l’hôpital. 

Alerter sur l’état critique d’un individu afin de lui sauver une vie est un acte citoyen glorifié et récompensé. En Algérie, c’est un acte de désaveux des institutions officielles susceptible de coûter l’emprisonnement à toute personne qui ose les contester. Ainsi, le citoyen algérien ne peut avoir un droit de regard sur la gestion des institutions, car le régime en place, face à son incompétence et son illégitimité avérées, est en proie à ses propres vérités.

La dignité se consomme toujours au compte-goutte dans l’Algérie post-22 février. Le peuple doit avaler ses douleurs et ses morts comme un malade ingurgite des doses d’antalgique. 

Le traitement indigne réservé à Ami Mohamed et Narjes Asli laissent un sentiment de honte et de frustration intangibles. Cette affaire nous rappelle, sans cesse, à quel point la “justice du téléphone” a le fil long. Ses tentacules s’activent dès lors que des militants et des citoyens se dressent contre l’injustice subie par leurs concitoyens. La rapine, la gabegie et la corruption sont encore cœur de système qui génère des métastases à tous les niveaux des institutions. 

Voilà où on est l’“Algérie officielle”. Elle est à mille chemins d’être en mesure d’offrir une vie digne et libre aux Algériens, et à mille lieux des aspirations de démocratie, de justice sociale et de bien-être d’un peuple qui a décidé, depuis le 22 février, de marcher sans elle.