ALGÉRIE
23/04/2018 19h:44 CET | Actualisé 24/04/2018 06h:56 CET

Khaled Nezzar: "Je ne suis pas un éradicateur"!

Il était censé présenter ses mémoires mais Khaled Nezzar a parlé de tout sauf de son nouveau livre intitulé “Mémoires du général Khaled Nezzar: “Ma carrière militaire”.

Daikha Dridi
Khaled Nezzar le 23 avril 2018, à l'hôtel Aurassi à Alger. Conférence de presse de présentation d'une réédition de ses mémoires: "Ma carrière militaire".

Il était censé présenter la première partie de ses mémoires complétées, recorrigées et rééditées par les Editions Chihab, mais le général à la retraite Khaled Nezzar a parlé de tout sauf de son nouveau livre intitulé “Mémoires du général Khaled Nezzar: “Ma carrière militaire”.

D’emblée l’ancien membre du haut comité d’Etat (HCE), a défendu ses choix et s’est défendu du qualificatif d’éradicateur qui lui colle comme une seconde peau.

“Je ne suis pas un éradicateur! On ne peut pas l’être lorsqu’on est issu d’une armée populaire”, a-t-il clamé.

Pour sa défense, il citera les grandes théories apprises dans les écoles militaires: “On ne peut pas gagner une guerre d’asymétrie sans l’appui du peuple. C’est militairement impossible”, a-t-il insisté avant d’ajouter: “sans les massacres de Zitouni et la levée de boucliers que cela a suscité, on n’aurait jamais pu gagner la guerre”. 

Vidéo: Khaled Nezzar “Sans le peuple on n’aurait jamais gagné”

Khaled Nezzar a aussi saisi l’occasion de ce qui devait être une conférence de presse livresque pour évoquer le Front Islamique du Salut (FIS) dissous: “ce n’est pas nous, l’armée, qui avons créé le FIS”, mais plutôt les erreurs accumulées depuis l’“indépendance et “les gens qui ont fait fi de la Constitution pour donner l’agrément à un parti à connotation religieuse”.

“Bien sûr il y a des gens qui ont été avec moi et d’autres contre moi”, a déclaré sans sourciller l’ex général à la retraite. Il prendra d’ailleurs le temps de regarder un instant l’assistance bien en face.

“Bien sûr vous lisez ce qui s’écrit et se dit sur les réseaux sociaux et Youtube. Bien sûr vous pensez qu’il y avait d’autres choix à prendre, mais à ce moment là, j’étais un chef et je devais assumer mes responsabilités et prendre des décisions et je les ai prises”, a encore tonné Khaled Nezzar, comme si soudain il s’était lui-même surpris sur la défensive.

De ses “décisions prises”, il dit ne rien regretter.

“Mes seuls regrets ce sont les morts, le retard enregistré par le pays et les dégâts qui lui ont été infligés, mais rien d’autre. C’est normal que les gens aient leur propre vision des choses. Chacun voit les choses de son angle”.

Pour lui, personne ne peut juger aujourd’hui. “Seul Dieu peut dire si on avait fait les bons choix ou pas”. “J’ai fait ce que j’avais à faire. J’ai la conscience tranquille”, insiste-t-il.  

Khaled Nezzar qui ne voulait pas au départ parler d’autre chose que du premier tome de son recueil de mémoires, paru récemment, a dû  patienter 60 minutes avant l’arrivée de tous les journalistes, pour enfin parler de tout sauf de son livre.

Il a mis un point d’honneur à défendre la mémoire de son défunt père que certains, affirment-ils, ont traité de “goumi”:

“Mon père n’est pas un traître! C’était un simple ouvrier qui avait fait la première guerre mondiale et servi, malgré lui, dans les rangs de l’armée française. Il vivait, après sa démobilisation, du travail de ses mains et nous a fait vivre dans la misère comme tous les autres Algériens. Certaines nuits on n’avait qu’un bout de galette à manger”.

Il a aussi parlé sa carrière d’abord au sein de l’armée coloniale qu’il a désertée en 1957 pour rejoindre le FLN, et ensuite les rangs de l’ALN, pour intégrer à l’indépendance l’ANP et jusqu’à sa nomination à la défense nationale. 

Vidéo: Khaled Nezzar “Je ne regrette que les morts...” 

 

Nezzar n’a pas pu s’empêcher non plus de discuter de la situation du pays qu’il dit: dès le départ c’était une bâtisses calée.  ”(”من الأول مايلة”). “Et on en a accumulé des erreurs pour en arriver là.”

Pour Khaled Nezzar, on a toujours voulu préserver certains équilibres: régionaliste, socio-culturelle, militaire et autres considérations qui n’auraient pas dû absolument avoir droit de cité à un si haut niveau de prise de décision.

“Si on me demande si l’armée a participé à la prise de décision je dis oui car on nous avait mis d’office dans le comité central. Il arrivait que nous ne prononcions pas un mot mais in fine les décisions étaient prises en notre nom”.

L’occasion pour lui de dire qu’il était opposé à la proposition de nommer Chadli Benjedi à la tête de l’Etat après le décès de feu Houari Boumediène: “Je n’étais pas convaincu par cette proposition et je ne suis pas parti le voir comme on le souhaitait car je le connaissais trop bien et je savais que ce n’était pas la personne idoine pour ce poste”.

De la présidence de Boumediène, il retiendra que le socialisme scientifique était dans l’air du temps, que Boumediène était une personne intègre et qu’il est mort ainsi. Il précisera: “Boumediène a fait beaucoup pour son pays qu’il chérissait énormément. Cet engagement sincère était perceptible après à sa mort. Il n’y a qu’à voir les centaines de milliers de personnes qui le pleuraient dans les rues” .

Khaled Nezzar n’a pas omis de saluer à l’entame de sa conférence la mémoire des militaires morts dans le crash de l’avion militaire le 11 avril dernier. Il a particulièrement salué la mémoire du commandant de bord qui “a pu éviter les zones d’habitations, une usine militaire et l’autoroute... Mais cette adresse de nos pilotes je l’ai toujours soulignée et continuerai à saluer leur compétence”, a-t-il ajouté.

A la fin de sa conférence, il incitera les journalistes pour qu’ils fassent la promotion de son livre, qui est un “livre très riche”, a-t-il insisté et qui “aidera ceux qui souhaitent comprendre beaucoup de chose à mieux voir”.

Questionné sur une éventuelle “initiative politique” qu’il serait en train de préparer avec son ancien collègue, le général Touati, Khaled Nezzar a tenu à la démentir formellement en rappelant qu’il avait 81 ans et qu’il n’avait aucune ambition politique.

Il ajoutera: “J’ai tout quitté de mon plein gré à l’âge de 57 ans et je n’ai aucune envie d’y replonger. La politique c’était vraiment une séquence de ma carrière que j’ai choisi de circonscrire”.

A propos de la prochaine élection présidentielle, Khaled Nezzar a déclaré: “Bien sûr que je suis comme tous les Algériens angoissé et inquiet, mais que voulez-vous que je fasse? Je suis un vieux de 81 ans...Si j’étais encore jeune نفرجكم ( je vous en ferai voir!) a-t-il conclu en riant.   

Khaled Nezzar, “Mémoires du général Khaled Nezzar: “Ma carrière militaire”. Editions Chihab. Alger 2018. 403 pages. 

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