ALGÉRIE
03/04/2015 14h:37 CET

Le Kenya, choqué au lendemain du massacre de Garissa, ne se laissera pas "intimider"

TONY KARUMBA via Getty Images
Members of the Red Cross help a relative of one of the students massacred by Somalia's Shebab Islamists at a Kenyan university at the Chiromo funeral parlour in the Kenyan capital, Nairobi, on April 3, 2015. The bodies of dozens of students massacred by Somalia's Shebab Islamists at a Kenyan university in Garissa arrived in the capital today, as grieving relatives faced a desperate wait to receive the remains of their loved ones. AFP PHOTO / TONY KARUMBA (Photo credit should read TONY KA

Des proches d'étudiants de l'université kényane de Garissa où les shebab ont tué 147 personnes cherchaient toujours désespérément des nouvelles de leurs enfants vendredi, alors que des détails du massacre commençaient à émerger et que Nairobi redisait sa détermination à combattre les islamistes somaliens.

L'attaque, qui a duré toute la journée jeudi, est la plus meurtrière sur le sol kényan depuis celle perpétrée par Al-Qaïda contre l'ambassade américaine en 1998 (213 morts). Mais le ministre kényan de l'Intérieur, Joseph Kaissery, a promis que le pays ne se laisserait pas "intimider par les terroristes".

Les shebab, affiliés à Al-Qaïda, ont pris d'assaut jeudi à l'aube le campus de l'université de Garissa (située à environ 150 km de la frontière somalienne), qui hébergeait des centaines d'étudiants originaires de différentes régions. L'attaque s'est terminée dans la soirée par des échanges nourris de tirs et des explosions.

Selon les autorités kényanes, quatre assaillants ont trouvé la mort dans les affrontements. Nairobi a par ailleurs offert une récompense d'environ 200.000 euros pour la capture d'un commandant shebab présumé, Mohamed Mohamud, ex-professeur kényan d'une école coranique, qui serait désormais en Somalie et qu'elle présente comme le cerveau de l'attaque.

Sadisme

Vendredi, des survivants ont raconté comment les shebab se sont amusés avec leurs otages, les faisant ramper dans des mares de sang ou téléphoner à leurs parents pour leur demander de réclamer un retrait des troupes kényanes de Somalie, avant de les tuer.

Des étudiants se sont barbouillés du sang de leurs amis exécutés pour passer pour morts, alors que les islamistes cherchaient, pièce après pièce, des personnes à abattre.

Photo AP

""Nous ne craignons pas la mort, cela va être de bonnes vacances de Pâques pour nous", criaient les assaillants en swahili, avant de tirer", a raconté Salias Omosa, 20 ans, un étudiant traumatisé hébergé dans un camp militaire proche de l'université.

Vendredi, des centaines de survivants et des proches d'étudiants se sont massés devant les grilles de l'université, bouclée par les forces de l'ordre. A l'intérieur, les derniers corps étaient collectés et l'armée ratissait le campus pour s'assurer que tout danger était écarté.

"Je suis tellement inquiet, j'ai un fils qui faisait partie des étudiants piégés dans l'université et depuis hier, je suis sans nouvelles", a expliqué Habel Mutinda, en larmes.

"J'ai essayé d'identifier son corps parmi les tués", a ajouté cet homme âgé. "Je dois faire ça avant que le corps ne se décompose sous l'effet de la chaleur (...). J'ai campé toute la nuit, c'est vraiment dur, ça fait mal".

A la morgue de Nairobi, quelque 70 corps ont été rapatriés vendredi, s'ajoutant aux 20 corps arrivés la veille, et une centaine de personnes, sans nouvelles non plus de leurs proches, attendaient longuement et dignement d'examiner des photos des visages des dépouilles, puis les corps eux-mêmes pour pouvoir les identifier. Selon la Croix-Rouge, l'ensemble des 147 corps seront rapatriés dans la capitale.

- Avertissements ignorés -

A Garissa, le ministre de l'Intérieur a promis de combattre les "terroristes", confiant dans la capacité du pays à "gagner cette guerre".

Les shebab, affaiblis par la force militaire de l'Union africaine (Amisom) qui les combat en Somalie, ont mené de spectaculaires opérations de guérilla dans leur pays, mais aussi une série d'attentats au Kenya, en représailles à la participation d'un contingent kényan à l'Amisom.

Parmi elles figurent la tuerie du centre commercial Westgate de Nairobi (67 morts) en septembre 2013, mais aussi de meurtriers raids et attentats le long des 700 km de frontière entre le Kenya et la Somalie ou encore à Mombasa, premier port régional sur l'océan Indien.

Les shebab ont surpris les étudiants dans leur sommeil. Lançant des grenades et tirant à l'arme automatique, ils ont exécuté des dizaines d'entre eux avant de laisser partir les musulmans et de garder les non-musulmans en otage.

Maureen Manyengo, étudiante de 21 ans, a raconté s'être cachée dans un placard. "J'ai entendu les assaillants dire à mes amis : "Ne vous inquiétez pas, nous allons vous tuer mais nous allons mourir aussi"", a-t-elle dit. "Je les ai aussi entendus dire : "Vous ne serez en sécurité que le jour où votre président retirera les soldats de Somalie"".

De Rome, le pape François a dénoncé un acte d'une "brutalité insensée". Les quotidiens kényans ont, eux, appelé à l'"unité", pour ne pas laisser les shebab diviser le pays et ses communautés religieuses. "Nous devons prendre conscience de ce que l'ennemi veut atteindre", a lancé le Standard. "Ils veulent une guerre interne au Kenya".

Des journaux déploraient aussi qu'une nouvelle fois, des avertissements des services de renseignements aient été ignorés, comme lors de l'attaque du Westgate. "L'attaque a été précédée d'un certain nombre d'avertissements", affirmait le Star, réclamant qu'à l'avenir, ces alertes soient suivies d'effet.

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