MAROC
07/03/2019 18h:36 CET | Actualisé 08/03/2019 14h:04 CET

Kayna, un mouvement féminin à la conquête de l'espace public au Maroc et dans le monde arabe

"La rue est devenue une jungle où les femmes sont toutes des proies".

Kayna

SOCIÉTÉ - Né de la volonté de Loubna Ben Salah, une jeune aventurière passionnée par la cause féminine, Kayna (comme ‘je suis’ ou ‘j’existe’ en arabe), est un projet multi-dimensionnel engagé pour le droit des femmes (mais pas que). 

Décliné en 3 sections, le projet appelle les femmes à revendiquer leur place dans l’espace public. D’abord, Kayna Women, consiste à organiser des marches de 14 km, suivies de 30 minutes de yoga, d’un débat et d’un workshop baptisé Kayna’s Rights, où on explique aux participantes leurs droits et les procédures à suivre en cas de harcèlement ou autre forme de discrimination dans l’espace public. 

Deuxième domaine d’activité: Kayna Kids se concentre sur les générations futures. Une équipe du groupe rend ainsi visite à une école publique et initie les enfants aux valeurs de l’égalité des genres et au développement durable. Enfin, Kayna, s’intéresse à la société civile dans les villes où elle se trouve pour expliquer les notions d’égalité des genres et autonomisation des femmes et des filles pour les intégrer dans le travail associatif.

En 2016, la jeune spécialiste en communication, r’batia originaire de Berkane, avait tout laissé pour se consacrer à son projet “I Walk With her” (je marche avec elle, en anglais). Elle a ainsi décidé de prendre son sac à dos et sa tente pour marcher plus de 1000 km, le long de la côte Atlantique à la rencontre des femmes marocaines.

Un an plus tard, Loubna Ben Salah décide de se lancer de nouveau dans une aventure pédestre, en explorant cette fois-ci, la Tunisie. Elle collecte une nouvelle fois, les témoignages de femmes tunisiennes, pour questionner les problématiques communes aux femmes du Maghreb. Sa conclusion: malgré des appartenances socio-économiques et idéologiques différentes, elles ont en commun ce sentiment d’hostilité ressenti dans l’espace public. C’est ainsi que le projet de Kayna est né comme une croisade contre l’exclusion des femmes.

Les femmes d'aujourd'hui travaillent, payent leurs impôts, accompagnent leurs enfants à l'école... Elles ont le droit de profiter de l'espace public en toute sécurité

“L’appropriation de l’espace public par les femmes est une priorité pour moi, parce que visiblement, c’est une priorité pour les femmes du Maroc mais aussi d’autres pays du Maghreb et d’ailleurs”, nous explique Loubna.

“Les femmes ne se sentent pas en sécurité dans les rues, quand elles prennent leurs bus, sur le chemin du travail... Qu’elles soient voilées, non voilées, mariées ou non, jeunes ou moins jeunes, la rue est devenue une jungle et elles sont toutes des proies”, se désole la jeune femme.

DR

“Mon premier essai pour le projet Kayna était à Safi, avec l’aide de quelques amis. S’en est suivie une seconde édition pilote à Moukrissate, un petit village entre Chefchaouen et Ouazzane. Après ces deux expériences qui m’ont aidé à mieux connaitre le terrain, Kayna était lancée. Le premier événement qui marque le coup d’envoi du mouvement s’est tenu à Rabat, en juin 2018. En plein Ramadan, une quarantaine de femmes ont ainsi marché côte à côte de la forêt du Hilton, jusqu’à plage des Oudayas (environ 9km), avant de prendre le ftour toutes ensembles sur la plage”, se souvient la fondatrice.

Supporté et financé depuis peu par l’ambassade de France au Maroc, pour trois autres éditions, à Essaouira, Oujda et Meknès, le mouvement tiendra bientôt un cycle de conférences baptisé “Ana Kayna f l’espace public” (littéralement ‘je suis présente dans l’espace public’), pour débattre de ces questions et annoncer les prochaines éditions de Kayna. Une révolution est en marche.