ALGÉRIE
06/08/2019 15h:47 CET

Karim Younes s’accroche aux formes : “Nous avons parlé avec le 1er responsable du pays! ”

L’ancien président du parlement, Karim Younes, feint d’ignorer ce qui fait la réalité du pouvoir en Algérie, l’armée, et s’accroche à la prééminence formelle d’un chef d’Etat par intérim, très contesté. Comme une envie de croire, qui est très peu partagée.

Ahmed Sahara pour le HuffPost Algérie

M Karim Younes, le coordinateur du panel, “l’instance nationale du dialogue et de la médiation”, s’est livré mardi, à l’émission “offshore” de Radio M, à un grand exercice d’équilibriste. Vivement critiqué par une bonne partie du “Hirak”,  l’ancien président de l’APN, veut continuer à croire à sa mission, pour trouver une solution de sortie de crise. 

Il a annoncé le début des consultations le 7 Août, avec des “représentants du hirak”, dont il a refusé de dévoiler les noms. “Vous les découvrirez demain lors des rencontres », a-t-il affirmé. En réalité et selon nos informations, M Karim Younes n’a pas été associé à l’organisation des consultations de demain. C’est une commission du panel qui s’est chargée de mettre en place la rencontre avec les “représentants du hirak”.

Pourtant, avant même la rencontre du 7 Août, la décision du procureur de Annaba de requérir 10 ans de prison ferme à l’encontre d’un manifestant pacifique arrêté lors des manifestations du vendredi pour avoir brandi le drapeau berbère, plombe l’action  du panel des personnalités, déjà fortement malmené par la rue. 

Ce réquisitoire qui a suscité l’indignation générale sur les réseaux sociaux n’améliore pas le crédit du panel déjà fortement malmené par le rejet du chef de l’armée des mesures d’apaisement réclamées par le panel comme préalable à leur mission. Le réquisitoire est tellement outrancier qu’il a suscité un moment de colère chez Karim Younes: “au moment où on essaye de calmer les choses, voilà un procureur qui veut mettre de l’huile sur le feu », s’est-il exclamé avant d’ajouter: “ J’ai bon espoir que le manifestant soit relâché et puisse fêter l’aïd auprès des siens.”.

Le panel a essuyé plusieurs camouflets de la part de personnalités qui ont refusé de les rejoindre mais Karim Younes ne se décourage pas: “Nous continuerons à travailler et à recevoir tous ceux qui veulent nous faire des propositions. On va même entrer en contact avec ceux qui ont refusé de nous rejoindre. On ira s’il le faut chez eux pour écouter leurs suggestions. »

Le panel a enregistré les refus cette semaine de l’organisation des moudjahidines et des Oulémas de les rejoindre et a perdu deux poids lourds, Azzedine Benaissa et surtout Smail Lalmas, qui ont préféré se retirer. Ce dernier a prédit l’échec de la mission. «La réussite du panel repose sur l’adhésion populaire. Or, ce n’est pas le cas », a-t-il déclaré à El Watan.  

L’ancien président de l’APN continue de marteler qu’il n’a pas abandonné le préalable des mesures d’apaisement, mais il se refuse cependant de commenter la déclaration du chef d’État-major et véritable patron du pays, Ahmed Gaïd Salah qui l’a refusé sans ambages.  Il avait en effet fustigé “la méthode imposant des préalables allant jusqu’aux diktats. De telles méthodes et thèses sont catégoriquement rejetées”.

Karim Younes semble persister à jouer sur les formes en assurant que le panel a “discuté avec le chef de l’Etat qui est le 1er responsable du pays. Lors de notre rencontre, il nous a donné des assurances en ce sens”. 

Une assertion qui a peu de chance de convaincre dans une situation où le chef de l’Etat par intérim pèse de peu de poids face au chef de l’armée dont la présence politico-médiatique en fait pratiquement le seul décideur et le seul communicateur politique. Karim Younes persiste à jouer sur les formes alors que le fond est… vert comme la tenue de Gaïd Salah.