ALGÉRIE
29/11/2018 12h:56 CET

Kamel Bouakkaz: "J'ai senti que c'était une mise en scène"

Kamel Bouakkaz a raconté son passage à la prison d’El Harrach à Alger, affirmant avoir senti que les images, diffusées par Ennahar TV et largement critiquées, de son arrivée au tribunal de Sidi Mhammed à Alger étaient “une mise en scène”.

Libéré il y a 4 jours, le comédien Kamel Bouakkaz est revenu, dans un émouvant entretien publié mercredi 28 novembre par El Khabar, sur sa détention durant plus d’un mois et sur l’affaire dans laquelle il est poursuivi.

Visiblement affecté, en larmes par moments, l’acteur a raconté son passage à la prison d’El Harrach à Alger, affirmant avoir senti que les images, diffusées par Ennahar TV et largement critiquées, de son arrivée au tribunal de Sidi Mhammed à Alger étaient “une mise en scène”.

Kamel Bouakkaz a été mis sous mandat de dépôt le 21 octobre, tout comme l’ancien footballeur Fodhil Dob et le journaliste Adlane Mellah. Selon lui, l’affaire de “chantage”, de “diffamation” et de “menaces”, entre autres, en relation avec le blogueur “Amir DZ” et dans laquelle ils sont poursuivies, a été fabriquée de toute pièce. 

“J’ai fait du cinéma toute ma vie, je n’ai jamais été face à 40 caméras. C’est beau, sortir menotté devant 40 caméras qui filment”, a-t-il ironisé. 

“Tu sens qu’il y avait de la mise en scène, “ramène-le par ici. On ne le voit pas bien, on refait ça”. Tu imagines? C’est bien, on est sorti en riant. On s’est entendu sur ça parce qu’on n’a rien fait”, s’est-il indigné. 

“Il a juste manqué [que les caméras] nous accompagnent à l’intérieur. Ils ont filmé de l’extérieur. C’est étrange de voir des personnes avec un tel degré de sauvagerie”, a-t-il surenchéri.

Sur sa relation avec le lanceur d’alertes Amir DZ basé en France, Kamel Bouakkaz affirme avoir été direct avec les gendarmes: “Je leur ai dit que je lui parle sur Whatsapp tous les jours. “Comment vas-tu? comment va le pays?”. Il aime bien ma fille, la plus jeune, je la lui passe des fois. Il me passe des harragas algériens et je leur parle des fois. C’est tout”.

 

“Ils devaient trouver une raison” 

 

Il a indiqué que les gendarmes l’ont accusé d’avoir touché de l’argent de la part de certaines personnes, d’avoir donné 700 000 DA au père d’Amir DZ, d’avoir rencontré son frère Houari Boukhars, également arrêté dans le cadre de cette affaire. Des accusations que le comédien a nié en bloc. 

L’acteur a expliqué aussi que les gendarmes lui ont ordonné de remettre son téléphone pour qu’il soit examiné, chose qu’il a accepté en leur indiquant qu’ils vont trouver un message où il a insulté quelqu’un. “Je ne nierai jamais ça”, a ajouté M. Bouakkaz.

 

La suite est étonnante. Les gendarmes, selon le comédien, ont contacté la personne en question et lui ont demandé de déposer plainte contre lui. 

“Il fallait qu’il y ait une histoire avec Kamel Bouakkaz dedans, je l’ai compris comme ça”, a lancé l’artiste. 

“Je me suis rendu [chez les gendarmes] pour quelque chose. Ils ne l’ont pas trouvée. Ils devaient trouver une raison alors ils m’ont collé ça”, a-t-il ajouté.

Ne perdant pas son sens de la vanne, le comédien qui s’est notamment fait connaitre au début des années 2000 grâce à des sketchs avec Salah Ougrout a entamé le récit de son passage à la prison d’El Harrach: “Quand tu arrives en prison, la première chose c’est le coiffeur. Regarde la coupe”, a-t-il ironisé.

“Ce qui est bien en prison, tu ne paies rien, tout est gratuit”, a ajouté M. Bouakkaz.

Mais l’amertume de l’expérience est vite revenue: “Au début je n’ai pas cru que j’étais en prison. Je m’attendais à ce que quelqu’un vienne et me dise que c’est juste une blague. Finalement, c’était la réalité”. 

“Là où j’ai pleuré le plus, c’était au moment où d’habitude j’accompagnais mes enfants à l’école”, a confié M. Bouakkaz. 

“J’ai pleuré chaque jour parce que j’ai ressenti de l’injustice”, a-t-il ajouté. Exprimant sa frustration devant une affaire qu’il juge fabriquée, Kamel Bouakkaz a affirmé: “Jusqu’à ce moment, je n’ai pas compris pourquoi j’ai été arrêté, ni pourquoi j’ai été libéré”.

Et d’ajouter: “Je veux savoir pourquoi ils ont voulu m’impliquer de n’importe quelle manière”.