MAGHREB
02/10/2014 13h:21 CET | Actualisé 25/03/2015 10h:24 CET

Tunisie: Entretien avec Kalthoum Kennou seule femme candidate à la Présidentielle 2014

fb/kalthoumkannou
Kalthoum Kennou, femme candidate à la présidentielle tunisienne

Parmi les 27 candidats à la Présidentielle tunisienne retenus par l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), une seule femme pointe son nez. Toujours opposée à Ben Ali et outrée par les candidatures de personnalités de l'ancien régime, la magistrate Kalthoum Kennou a un CV bien fourni et une langue bien pendue.

Dans un entretien accordé au HuffPost Maghreb, elle parle de la femme, de Moncef Marzouki et de son intransigeance vis-à-vis de la justice.

HuffPost Maghreb: Vous êtes la seule femme candidate à la Présidentielle retenue par l'ISIE. Pouvez-vous mieux représenter les intérêts des femmes qu'un candidat homme?

Kalthoum Kennou: Oui. Je suis femme, je connais les problèmes que rencontrent les femmes.

Qui sont?

Sur le plan politique, les partis dits progressistes parlent beaucoup d'égalité, mais on n'en voit rien dans la pratique. Il n'y a pas beaucoup de femmes têtes de liste aux législatives. Le discours n'est pas vraiment mise en application.

Au quotidien, beaucoup de femmes sont moins rémunérées pour un travail. Beaucoup de choses doivent changer dans les rapports hommes-femmes ou encore en termes d'éducation.

Socialement, le changement doit-il passer par les femmes ou par les hommes?

Par les deux, mais essentiellement par les femmes. Ca ne veut pas dire que les hommes n'ont pas un rôle à jouer. Et on peut également intervenir au niveau des lois. Dans la loi, l'enseignement est obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans. Chaque parent qui en empêche sa fille doit pouvoir être sanctionné par la loi. La loi doit intervenir et s'appliquer de manière rigoureuse.

Si c'est une femme, ce sera LA présidentE?

Oui, et je suis pour LA PrésidentE.

Quels vont être vos grands axes de campagne?

D'abord, rendre espoir à tous les Tunisiens. Ils ne croient plus que la Tunisie va s'améliorer, en termes économiques ou sécuritaires.

Et comment?

Je ne vais pas faire de promesses irréalisables. On a toujours promis des choses sans les réaliser. Il faut partir de la réalité, avoir l'avis des citoyens. Les projets doivent émaner de notre réalité et de nos moyens.

Quelle promesse est réalisable?

J'ai été dans des régions où on m'a dit: "On n'a pas besoin d'argent de l'Etat, on a besoin de réformes sur des secteurs déterminés". Ils m'ont convaincu qu'on peut résoudre certains problèmes économiques des régions frontalières avec une volonté politique.

Sur le plan sécuritaire, on pourrait par exemple changer les programmes éducatifs, ajoutant des chapitres traitant de la question de terrorisme, pour éviter que les jeunes soient attirés par ce genre d'idées. C'est préventif, et ça ne demande pas beaucoup d'argent.

Comment avoir de l'impact en tant que président(e)?

Certains disent que le président n'aura presque pas de prérogatives. Je dis non! Le président peut par exemple attirer l'attention sur des projets de loi non conforme à la Constitution ou à l'intérêt du pays. Si le président est vraiment compétent, il peut dire non.

Donc le président peut être un contre-pouvoir?

Tout à fait. Il doit être un contre-pouvoir.

Quel bilan faites-vous du passage du Président actuel Moncef Marzouki à Carthage?

Si j'étais d'accord avec lui, je ne me présenterais pas. Mais il n'a pas joué son rôle comme il faut, il n'a pas utilisé toutes ses prérogatives. Par moment, il aurait dû rappeler tout le monde aux droits de l'Homme, mais il n'a même pas réagi le 9 avril. Il réagit quand il a envie de réagir.

Il a par ailleurs gracié des prisonniers qui ont commis des crimes par la suite. Il n'a pas respecté les jugements.

Est-ce que l'Etat peut bafouer les droits de l'Homme au nom de la sécurité?

Non. Si on tolère d'abuser une fois, on abusera tout le temps. Si on a une loi, on l'applique, et sinon on fait tout pour la changer.

Marzouki a récemment dit qu'il devait en ce moment faire attention en parlant des forces de sécurité tunisiennes...

Tout est à critiquer. Pas un domaine n'échappe à la critique. On a le droit de critiquer l'exercice et le rendement de chaque institution. Il ne faut pas divulguer tous les détails de certains dossiers sécuritaires, mais il faut pouvoir critiquer le travail des policiers. Les syndicats de police défendent leurs intérêts, mais il faut aussi défendre l'intérêt général. Les policiers ne sont pas au dessus de la loi.

Il faut réformer toutes les institutions tunisiennes.

Avec quelles priorités?

Toutes en même temps. Commencer par la justice, oui, mais on ne peut pas avoir une bonne justice si la police fonctionne mal, si l'administration fonctionne mal.

Que pensez-vous de la loi 52?

Tout ce qui est loi touchant aux libertés, aux principes fondamentaux des droits de l'Homme, je suis contre. La loi 52 est une atteinte au droit du juge de juger en son âme et conscience. Lorsque je remplaçais une collègue juge d'enfants, je traitais le dossier d'un élève ayant consommé un peu de drogue. Je l'ai renvoyé à la garde de ses parents pour qu'ils veillent à sa bonne éducation. C'était le comble! Mais pour moi, j'étais avant tout tenue par l'intérêt du mineur. Il ne devait pas être empêché de finir ses études, au contraire.

Vous admirez Farhat Hached. Son fils est candidat.

Oui, il est candidat.

Il porte l'héritage de son père?

Non, il n'a rien à voir avec son père. C'est un cousin lointain, je le connais bien. Il n'a pas le droit d'utiliser le nom ou l'histoire de son père, qui est un martyr de tous les Tunisiens, pas uniquement de Noureddine Hached.

Quels sont vos objectifs?

Je veux gagner. Il faut que je gagne. Et je peux. Et puis, les autres candidats ont beaucoup de choses à se reprocher.

Vous n'avez pas énormément d'expérience politicienne. C'est un problème?

Le président ne doit pas être hésitant, il doit savoir trancher. Pour moi, le président n'est pas une seule personne. Il travaille avec des équipes, des gens qualifiés et indépendants. Pour moi, choisir ses collaborateurs, c'est très important. Et le président doit bien comprendre le terrain. J'en ai fait beaucoup, du terrain, et j'ai discuté avec des gens de nombreux secteurs différents.

Vous pourriez soutenir un autre candidat?

Non, pour le moment je ne soutiens que ma candidature.

LIRE AUSSI: Qui est Kalthoum Kennou? Portrait d'une femme qui veut donner l'exemple

Retrouvez les articles du HuffPost Maghreb sur notre page Facebook.