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17/09/2019 18h:49 CET | Actualisé 18/09/2019 14h:22 CET

Kais Saied: La campagne du silence

La première erreur, c’est de considérer de Kais Saied n’a pas fait de campagne .

Muhammad Hamed / Reuters
Le candidat à l'élection présidentielle Kais Saied, silencieux face aux micros tendus devant lui.

Sans affiches, sans financement, une “non” campagne. 

C’est la partie visible de l’iceberg, mais comment influence-t-on le digital si nous ne sommes pas visibles avec du contenu, graphique, vidéos, outils...?

Peut-on toucher la masse sans lui parler? Sans communiquer? 

La première erreur, c’est de considérer que Kais Saied n’a pas fait de campagne.

Kais Saied a réalisé, consciemment ou pas, une campagne très innovante en matière de communication et d’influence digitale.

Nous avons analysé plus de 2000 groupes internes de soutien à Kais Saied, des milliers de jeunes organisés pour la plupart spontanément, avec un seul mot d’ordre: rien ne sort au public.

Les EDL (éléments de langages), les posts, les graphiques de jeunes amateurs sortent de ces groupes, dans les pages.

Les barricades se sont transformées en pages, les flyers en posts, les porte-à-porte en messages, un air de commune de Paris version digitale.

Qui a fait gagner un professeur contre le chef du gouvernement, le président de l’assemblée et le ministre de la Défense? Une véritable armée numérique spontanée mais organisée.

Cette technique a été utilisée sur Telegram, Whatsapp... bref, tous les outils que les 18/35 ans utilisent. 

La vidéo de Kais Saied lors du débat était la plus partagée sur les réseaux.

Pendant que les autres candidats embauchaient des soldats numériques à 20 dinars la journée pour insulter leurs adversaires ou faire leur éloge sur leur propres pages, eux sillonnaient les réseaux pour faire la promo de leur candidat.

Le refus du candidat de passer dans les médias a d’ailleurs irrité certains journalistes.

Suite à un post sur Instagram de Sami Fehri, où il a mentionné Kais Saied, une grande campagne de désabonnement de la chaîne Elhiwar a été lancée. 

Le résultat est juste impressionnant: à peine moins de 45.000 abonnés en deux heures de temps.

Le terrain était vide, le mot d’ordre était simple, dominer les grandes pages, là où il y avait la masse. 

Une génération mélangée de gauche, de droite, extrémiste, tolérante; des opposés, tout le monde s’est mis dans cette campagne de “dégagisme” . 

Une génération qui déteste tout ce qui ne lui ressemble pas, tous ceux qui l’a dénigré pendant des années.

Kais Saied et son équipe ont bel et bien fait une campagne -spontanée ou pas, je ne sais pas- mais une campagne innovante, en matière d’output: La campagne du silence.

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