TUNISIE
02/08/2018 15h:06 CET

Kairouan: Quand la sécheresse ravage toute une région et provoque l'exode de la population

La sécheresse n’est plus une menace mais une réalité.

AFP Contributor via Getty Images
Des pigeons survolent le réservoir sec du barrage El-Haouareb en Tunisie, situé près de Kairouan. 

À la région de Aïn Boumra dans la délégation de Sebikha à Kairouan, la sécheresse n’est plus une menace mais une réalité amère pour les habitants de cette zone. Les trois dernières années ont été particulièrement difficile pour eux, rapporte Mosaïque Fm. 

Victimes de coupures de l’eau potable, les habitants voient également leur agriculture mourir, faute d’eau. 

Face la persistance de cet état de fait, de plus en plus d’habitants ont choisi l’exode, en quête de terres plus fertiles. (vidéo ci-dessous) 

La cause de ce désastre est la sécheresse du barrage de Nabhana qui alimentait toute la région. La réserve en eau de ce barrage n’est que de deux mètres cubes, une quantité insuffisante pour l’agriculture de la région. 

À l’heure actuelle, les autorités ont essayé de trouver des solutions immédiates à travers le déblocage d’allocation de 1500 millimes pour chaque arbre concernant les agriculteurs. Ces derniers sont aussi appelés à changer la nature de leur agriculture en misant sur celle qui ne nécessite pas beaucoup d’eau, a affirmé Abdejellil Afli, le délégué régional du développent agricole à Mosaïque Fm. 

Entre-temps, la sécheresse du barrage de Nabhana causera des problèmes de coupure d’eau potable récurrent dans les gouvernorats de Sousse, Monastir, Kairounan et Mahdia puisque la distribution d’eau potable dans cette zone en dépend. 

Un problème structurel

Pour Raoudha Gafrej, professeure universitaire à l’Institut Supérieur des sciences biologiques appliquées de Tunis et Alaa Marzougui, coordinateur de l’Observatoire tunisien de l’eau, et membre de l’association “Nomad08” sise à Redeyef, la problématique de l’eau en Tunisie est due à une pluviométrie défaillante ces dernières années, mais “aussi et surtout à un problème sérieux de gestion et de gouvernance des ressources en eau, favorisant les solutions de raccommodage et les demi-mesures, qui sont loin de régler le problème de l’eau (potable et irrigation)”. 

“Avec 419 m3 par habitant/an, la Tunisie est en situation de pénurie d’eau absolue, une situation chronique qui a été accentuée ces dernières années par les effets des changements climatiques, l’augmentation des besoins mais également par la dégradation et la vétusté des infrastructures de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE) et des infrastructures d’irrigation et de transfert de l’eau, générant des pertes d’eau s’élevant à près de 30% des quantités transférées. D’après les données fournies par la SONEDE, 42% de ses conduites sont vieilles de plus de 25 années et doivent impérativement être remplacées”, estime-t-elle. 

L’alternative de dessalement de l’eau de mer présentée comme une solution est “un investissement très couteux qui pourrait être remplacé, du moins pour les 10 années à venir, par la récupération des pertes d’eau enregistrées au niveau des conduites de la SONEDE”, avance-t-elle. 

Tout en alertant sur l’épuisement des ressources en eau en Afrique du nord, la Banque mondiale préconise également une meilleure gestion des ressources moyennant les technologies et le recyclage des eaux usées collectées. Une option jusqu’à maintenant sous-exploitée. 

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