TUNISIE
07/12/2018 13h:17 CET

Jugeant le bilan de son parti "mauvais": Néji Jalloul s'excuse auprès des électeurs de Nidaa Tounes et des Tunisiens

“En ma qualité de membre fondateur du parti, Nidaa Tounes, je veux m’excuser auprès des Tunisiens. Le bilan n’est pas très bon, il est même mauvais”

Le directeur général de l’Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES) et membre fondateur de Nidaa Tounes, Néji Jalloul a présenté, vendredi, ses excuses au peuple tunisien et aux électeurs de son parti après le bilan jugé “mauvais” de son parti lors des quatre dernières années au pouvoir.

Interrogé sur le dernier sondage Sigma Conseil/Le Maghreb sur les intentions de vote aux prochaines législatives qui mettent Ennahdha largement vainqueur, Néji Jalloul estime que c’est normal: “Ennahdha est un parti structuré, qui a plus de 40 ans d’existence, qui a sa base; mais la politique c’est avant tout un bilan de ce qu’on a fait quand nous sommes au pouvoir”.

Coalisé au pouvoir avec Ennahdha, Néji Jalloul affirme que Nidaa Tounes doit prendre ses responsabilités: “En ma qualité de membre fondateur du parti, Nidaa Tounes, je veux m’excuser auprès des Tunisiens. Le bilan n’est pas très bon, il est même mauvais” a-t-il expliqué.

Selon lui, la coalition avec Ennahdha devait permettre d’appliquer le programme politique de Nidaa Tounes, “mais nous ne l’avons pas fait. Il faut donc s’excuser vis-à-vis de nos électeurs”.

Cependant, selon lui, les résultats de sondages politiques à ce moment sont fantaisistes: “Il est beaucoup trop tôt” dit-il, expliquant que dans la situation actuelle du pays, les résultats peuvent très vite basculer. 

Il faut revoir le pouvoir d’achat des Tunisiens

Interrogé sur la crise qui ébranle le secteur de l’éducation et notamment celle relative aux enseignants, le directeur général de l’ITES, estime que celle-ci est liée au pouvoir d’achat.

“Le problème est que le pouvoir d’achat du Tunisien a baissé de 40% et que la partie qui a été la plus impactée est la classe moyenne dont font partie les enseignants” a-t-il affirmé, n’excluant pas aussi les problèmes structurels qui touchent l’institution éducative.

Pour lui, la a solution, “c’est le dialogue national, comme j’ai voulu le faire (...) Ce dialogue ne doit pas concerner seulement la situation éducative ou pédagogique. Il doit concerner la situation de l’éducateur, de l’enseignant (...) il doit être économique et social” notamment dans un contexte de hausse excessive des prix citant de nombreux exemples:

Depuis 2010:

- le prix du couscous, des pâtes, du lait a augmenté de 100%,

- le mouton de 115%,

- la sardine de 128%,

- la lessive en poudre de 147%,

- le cartable de 318%,

- le cahier de 106%,

- le charbon de 206%,

- le dentifrice de 122%,

- les oeufs de 118%,

- les tomates 116%,

- le transport public 100% dont 13% rien qu’en 2018.

- le billet de cinéma de 266%.

“47% des fonctionnaires finissent leur salaire le 15 du mois” a-t-il fustigé mettant en relief l’endettement des familles tunisiennes dont près de 60% recourent à des crédits pour subvenir à leurs besoins.

“Aujourd’hui, les Tunisiens ont les plus bas salaires du bassin méditerranée. Il y a un véritable problème: Nous avons 1 million 700 mille pauvres pour 11 millions d’habitants” martèle-t-il.

Interrogé sur la masse salariale des fonctionnaires publics qui plombe le budget de l’État, Néji Jalloul fulmine: “Est-ce le problème des fonctionnaires s’il y a eu des recrutements anarchiques depuis la révolution? Que ceux qui ont pris ces décisions prennent leur responsabilité!”

Une situation économique qui appelle à la violence 

Avançant les chiffres de la hausse de la criminalité en Tunisie, le directeur de l’ITES, la lie aux difficultés économiques des Tunisiens.

“Sur les 10 derniers mois de 2018, selon la Garde nationale, les agressions physiques ont augmenté de 21%, les agressions familiales et contre l’enfance ont augmenté de 51%, les crimes liés à la santé ont augmenté de 29%, les agressions contre les forces de l’ordre ont augmenté de 18%” énumère-t-il, ajoutant que ce fléau touche aujourd’hui également les mineurs: “Il y a une hausse de près de 73% des crimes commis par des mineurs durant les 10 premiers mois de 2018″.

“Quel est le rôle de l’État? C’est la sécurité du citoyen. Or aujourd’hui, je dis qu’il y a un terrorisme quotidien: les braquages, les meurtres...” fustige-t-il avant de conclure: “Le citoyen ne sent plus en sécurité...ça donne un tableau noir mais les solutions existent” dont notamment le fameux dialogue national économique et social, qu’il préconise.

 

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