MAROC
09/02/2019 14h:42 CET

Juan Guaido n'exclut pas une intervention militaire américaine pour renverser Maduro

Reconnaissant une "question très polémique", Juan Guaido s'est dit prêt à faire "tout ce qui est possible".

CARLOS GARCIA RAWLINS / REUTERS
Juan Guaido n'exclut pas une intervention militaire américaine au Venezuela.

VENEZUELA - L’opposant Juan Guaido, reconnu comme président intérimaire du Venezuela par une quarantaine de pays -Etats-Unis en tête-, s’est dit vendredi 8 février prêt à tout pour chasser Nicolas Maduro du pouvoir, sans exclure de façon claire l’option d’une intervention militaire américaine.

Lors d’un entretien accordé à l’AFP, l’opposant numéro 1 de Nicolas Maduro a répondu à la question de savoir si sa “main ne tremblerait pas devant la possibilité d’autoriser une intervention militaire des Etats-Unis”.

“Nous ferons tout ce qui est nécessaire, tout ce que nous devons faire pour sauver des vies humaines, pour que des enfants cessent de mourir”, a alors répondu Juan Guaido. Reconnaissant cependant que l’intervention d’une puissance étrangère était une “question très polémique”, il a affirmé qu’“en faisant usage de notre souveraineté, en exerçant nos prérogatives, nous ferons le nécessaire.”

“Nous allons faire tout ce qui a le coût social le moins élevé, qui génère de la gouvernabilité et de la stabilité pour pouvoir répondre à l’urgence”, a-t-il ajouté. “Ce que fait Maduro, c’est tenter d’avoir un ennemi extérieur, tenter de créer une cause commune avec une partie de la gauche mondiale. Mais ce n’est pas une question de gauche ou de droite, c’est une question d’humanité, et nous ferons tout ce que nous pourrons de manière souveraine, autonome, pour parvenir à la fin de l’usurpation (de Nicolas Maduro, ndlr), au gouvernement de transition et à des élections libres”.

Une première cargaison d’aide humanitaire envoyée par les Etats-Unis est arrivée jeudi dans la ville colombienne de Cucuta, à la frontière avec le Venezuela, en réponse à l’appel de l’opposant, désormais reconnu par une quarantaine de pays, Etats-Unis en tête. Mais sa distribution s’annonce compliquée, le président Nicolas Maduro ayant promis de bloquer l’entrée de toute aide étrangère.

“Le Venezuela ne va pas tolérer le show de la prétendue aide humanitaire, car nous ne sommes pas des mendiants”, a déclaré Maduro, accusant une nouvelle fois cette aide d’être un cheval de Troie des Etats-Unis pour intervenir militairement dans le pays pétrolier.

Le Venezuela, en proie à la plus grave crise économique de son histoire récente, est frappé par d’importantes pénuries de nourriture, de médicaments et de nombreux produits de base. Plus de deux millions de personnes ont fui le pays depuis 2015.

“Soldat, on compte sur toi”

A Cucuta, ville frontière entre la Colombie et le Venezuela, devant un entrepôt où de la nourriture et des médicaments attendent d’être distribués, le député vénézuélien d’opposition Lester Toledo, nommé coordinateur international de l’aide d’urgence par Juan Guaido, a expliqué qu’il s’agissait des “premières gouttes” avant “un tsunami d’aide humanitaire”.

Sur place, ce premier chargement a été réceptionné par l’Unité nationale de gestion des risques de catastrophes (UNGRD), l’organisme officiel colombien chargé des secours, qui a précisé dans un communiqué qu’il se limitait à recevoir l’aide et à l’entreposer à Cucuta. D’autres cargaisons sont attendues dans les “prochains jours”, selon l’UNGRD. A celles-ci doivent s’ajouter celles qui seront stockées au Brésil et sur une île des Caraïbes encore à déterminer.

“D’autres centres de collecte vont voir le jour au Brésil. Une fois tous les centres en place, va s’ouvrir la seconde phase, celle de l’entrée” de l’aide au Venezuela, a assuré Juan Guaido dans un “message aux Vénézuéliens” aux allures d’allocution présidentielle diffusé vendredi sur YouTube.

L’inconnue reste la réaction de l’armée vénézuélienne, soutien déterminant de Nicolas Maduro, alors que des militaires vénézuéliens bloquent depuis jeudi le pont frontalier de Tienditas. Des migrants rassemblés à Cucuta espèrent que les militaires vont céder et laisser passer les convois face à la désespérance de leurs compatriotes. “Ami soldat, on compte sur toi”, brandit l’un d’eux en manifestant pacifiquement près du pont.

Malgré la profonde crise que traverse le pays, un navire de l’armée vénézuélienne est arrivé vendredi matin à La Havane pour livrer 100 tonnes d’aide humanitaire à Cuba, récemment frappé par une tornade qui a fait six morts et 200 blessés.

Cet article a initialement été publié sur le HuffPost France.