ALGÉRIE
30/09/2018 15h:39 CET | Actualisé 30/09/2018 17h:52 CET

"جسر الجزائر", le pont qui réconcilie la baie d’Alger et ses habitants

En septembre 2017, Sihem et Nacym partagent sur les réseaux sociaux le projet "جسرالجزائر”.

Les architectes Sihem et Nacym Baghli
Sihem et Nacym Baghli concepteurs du pont dAlger

Rêver grand, rêver fous, rêver futuriste, pour une architecture d’Alger esthétique, mais aussi une architecture citoyenne, qui prend en considération les préoccupations des habitants et leurs bien-être. Ce sont les valeurs que véhicule le projet ”جسرالجزائر”.

Un pont qui traverse la baie d’Alger d’El marsa à Bab El Oued, imaginé par le couple d’architectes Sihem et Nacym Baghli.

“L’idée du pont d’Alger dépasse le simple ouvrage d’art, d’acier et de béton, il s’agit de symboliser ce franchissement comme une matrice, un moyen de rassembler, de partager, et d’échanger. Cette matrice est ici pour accompagner et porter le développement futur d’Alger”, souligne le couple d’architectes.

Comment? ”جسرالجزائر” sera en forme de “Y”. Son point de départ sera  El Marsa (Tamenfoust), passera par le Jardin d’Essai et finira à Bab El Oued. Trois Îles flottantes seront parsemées autour du pont. Elles constitueront des haltes de loisirs avec différentes activités et permettront également aux visiteurs d’admirer le panorama qui s’offrira à eux.

Une vision “humaniste” de l’architecture

Sihem et Nacym Baghli, tous deux architectes de formation, pilotent depuis plusieurs années des projets de construction pour une clientèle privée et publique. Leur vision de l’architecture est particulière. Ils pratiquent leur métier avec passion et humanité. Ils voient dans chaque projet qu’il réalise un héritage pour les générations futures.

Cette philosophie prend tout son sens dans le projet ”جسرالجزائر”, (le pont d’Alger.) Pour le couple cette entreprise est plus un projet de société qu’une œuvre architecturale.

Le pont d’Alger répond à différente problématiques selon ses concepteurs. Ils estiment que la baie d’Alger est enclavée et que le côté Est de la ville a plusieurs potentialités mais reste inaccessible à ses habitants.

La génèse d’une idée

Ce projet pour Sihem et Nacym est né lors d’une rencontre qui remonte à 2009. Cette année-là, ils décident d’envoyer un courrier au célèbre architecte et urbaniste néerlandais, Rem Koolhaas. Dans cette lettre, ils évoquent leur ville Alger dans sa dimension urbaine, architecturale, sociale et sociétale.

“Rem Koolhaas est une sommité mondiale nous lui avons écrit pour lui faire part de nos préoccupations concernant notre ville sans attendre de réponse de sa part. Dans ce courrier il y avait un croquis de la baie d’Alger avec une ligne qui la traverse, sur le long de cette ligne nous avons marqué des points d’interrogation” précise Nacym.

Quelques jours plus tard, Sihem et Nacym reçoivent une réponse de Rem Koolhaas qui les invite à venir le visiter. Une rencontre que le couple n’oubliera pas d’aussitôt et qui a donné naissance à une belle inspiration pour le projet.

Le couple commence à travailler sur le croquis présenté à Rem Koolhaas, après cette rencontre. De 2009 à 2017, ”جسرالجزائر” prend forme. Le simple croquis mûrit et devient un projet viable, que Sihem et Nacym rendent public en septembre 2017.

Un pont pour les Algériens

Dès le départ les deux architectes ont imaginé ”جسرالجزائر” comme étant un projet collaboratif où chacun peut apporter une pierre à l’édifice. En septembre 2017, ils décident de le rendre public et le partage sur les réseaux sociaux. ”جسرالجزائر” créé l’engouement parmi les internautes, et suscite de vives réactions.

“Le but était que chacun s’accapare le projet et l’interprète comme il le souhaite. C’est pourquoi on a insisté en disant que c’est un projet transversal et pluridisciplinaire. L’architecte est là pour piloter certains aspects du projet mais chaque citoyen peut apporter sa contribution” ajoutent-ils.

Professionnels du secteur, représentants de la société civile, ou simples citoyens ”جسرالجزائر” intéresse un grand public et chacun y va de son impression, en partant de ses propres préoccupations. Certains voyaient en ”جسرالجزائر” une manière de désengorger la ville d’Alger, d’autres le qualifiaient de projet “utopique” ou encore de “viaduc du futur ”…etc.

Toute cette agitation attire l’attention des médias et ensuite des pouvoirs publics. Sihem et Nacym sont reçus par le Wali d’Alger Abdelkader Zoukh, qui voit en ce projet une ambition citoyenne et leur accorde son soutien moral.

Mieux encore, ”جسرالجزائر” a, par la suite, été retenu dans le cadre de la rencontre Algérie Smart City. ”جسرالجزائر” est exposé pour la première fois concrètement au grand public, comme étant une initiative civile privée.

جسرالجزائر” est désormais connu de tous. Une nouvelle étape vient consolider le projet le concours international d’idées “Agiers 20XX” qui fait appel à la contribution de tous pour la suite du projet.

Pour Sihem et Nacym Baghli, au-delà du projet urbain ou technique, ”جسرالجزائر” c’est avant tout une vision, un projet de société qui permettra de rassembler les Algérois autour de leur baie, de les réconcilier avec la mer, dans le souci permanent d’un meilleur vivre-ensemble.