MAROC
20/06/2019 17h:51 CET

Journée mondiale des réfugiés: "Le Maroc a ratifié des conventions qu'il n'a jamais exécutées", selon l'AMDH

"Même ceux qui détiennent une reconnaissance de l’Etat ne sont pas autorisés au regroupement familial".

Youssef Boudlal / Reuters

RÉFUGIÉS - Entre engagements et réalité, l’écart se creuse. “Le Maroc a ratifié la convention de Genève de 1951, relative au statut des réfugiés, et il a aussi adhéré protocole du droit du réfugié de 1967. Mais à ce jour, il n’existe aucune loi au Maroc sur l’asile”. La militante des droits de l’Homme et vice-présidente de l’Association marocaine des droits humain (AMDH), Khadija Ainani, fait le point au HuffPost Maroc sur le traitement de la question des réfugiés au Maroc à l’occasion de la journée mondiale des réfugiés, célébrée le 20 juin de chaque année.

Dans son constat, elle se dit déçue par “les chiffres très limités des réfugiés reconnus par l’État ne dépassant pas une dizaine de personnes”. Une reconnaissance qui passe, actuellement, uniquement par le bureau du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), précise la militante.Et pour cause, “le Maroc n’accorde plus de régularisation depuis la suspension du Bureau des réfugiés et apatrides (BRA) qui relève du ministère en charge de la migration”, regrette-t-elle. 

Syriens, Subsahariens, ces réfugiés se retrouvent souvent dans la communauté des migrants dans les régions du nord ou de l’oriental, indique Khadija Ainani, expliquant que cet état des lieux ne permet pas de disposer de données sur leur nombre au Maroc. “Et étant donné qu’il n’y a qu’un seul bureau du HCR au Maroc, situé à Rabat, pour plusieurs d’entre eux, ce n’est pas évident de faire le déplacement afin de déposer une demande d’asile”, assure-t-elle. Et d’ajouter que ce n’est pas seulement la distance mais aussi “la lenteur de traitement des dossiers” qui dissuade les réfugiés de déposer un dossier. “Cela prend six mois ou plus, attendre tout ce temps est difficile pour un réfugié”, soutient-elle. 

Mais au delà de ces problèmes, le plus grand souci, aux yeux de Khadija Ainani, reste “l’absence de toute protection légale du réfugié au Maroc”. “C’est ce qui empêche le plus cette catégorie de venir tenter un dépôt de dossier au HCR”, affirme-t-elle. Un vide juridique qui impacte négativement sur la situation sociale et économique dans laquelle se retrouvent les réfugiés au Maroc. “Le HCR accorde des aides et les associations apportent aussi leurs contributions selon leurs moyens, mais cela relève du provisoire pour les réfugiés”, déplore la militante. 

S’insurgeant contre cette situation, l’AMDH a publié un communiqué, ce jeudi, dans lequel elle rappelle au Maroc “son engagement international et humain à protéger les réfugiés et respecter leurs droits politiques”. L’association estime qu’il s’agit désormais d’“un devoir” envers cette catégorie du moment que des conventions ont été scellées dans ce sens. “Le but n’est pas de ratifier ces conventions internationales, mais de les rendre effectives notamment par la voie législative”, martèle la vice-présidente de l’AMDH. Et de souligner que “le Maroc avait annoncé en 2013 qu’il y aura une loi sur la migration et une autre sur l’asile, sauf qu’aucune n’a vu le jour”, constate amèrement la militante des droits humains. 

Le Maroc venait, à l’époque, en effet, de lancer une nouvelle politique migratoire visant à instaurer une approche humaine dans le traitement de la question. “Dans la pratique, cela devait permettre aux réfugiés demandeurs d’asile de disposer d’une protection effective. Les migrants et les réfugiés sont confrontés aux mêmes difficultés dont la liberté de circulation, l’accès au marché du travail, aux services de santé et à la scolarisation des enfants”, souligne-t-elle, fustigeant “le manque de volonté politique à régler cette situation”. “Aujourd’hui, même ceux qui détiennent une reconnaissance de l’Etat ne sont autorisés au regroupement familial”, fait-elle remarquer pour souligner l’ampleur d’une situation qui, à ses yeux, n’aura que trop duré.