MAROC
04/06/2018 17h:23 CET | Actualisé 04/06/2018 17h:41 CET

Jordanie: la grogne populaire pousse le Premier ministre à la démission

Suite aux plus importantes manifestations dans le royaume hachémite depuis 2011

Xinhua News Agency via Getty Images

INTERNATIONAL - Le Premier ministre jordanien Hani Al-Mulqi a déposé sa démission ce lundi 4 juin après avoir été l’élément déclencheur, depuis plusieurs jours, d’une vague de manifestations contre son projet de loi prévoyant une augmentation des impôts sur les salaires les plus modestes et des hausses des prix du carburant et de l’électricité. 

À la tête du gouvernement jordanien depuis mai 2016, Hani Al-Mulqi a été contraint de quitter ses fonctions après avoir vu sa politique sociale contestée, depuis mercredi par des milliers de Jordaniens, selon une source gouvernementale reprise par l’AFP. “Le premier ministre Hani Al-Mulqi a présenté cet après-midi sa démission au roi, qui l’a reçu au palais royal à Amman (...) et l’a acceptée”, indique cette source anonyme, qui ajoute que le roi Abdallah a parallèlement désigné le ministre de l’éducation Omar Al-Razzaz, un ancien économiste de la Banque mondiale, pour former un nouveau gouvernement. 

Un projet de loi fiscale vivement contesté 

Ledit projet prévoit une augmentation d’au moins 5% des impôts pour les particuliers, ciblant les personnes ayant un salaire annuel de 8.000 dinars jordaniens (environ 107.060 DH) et plaçant ainsi les classes populaires et moyennes en première ligne. Les impôts des entreprises devraient, quant à eux, passer de 20% à 40%. 

Sans ressources particulières et dépendante d’aides principalement américaines, la Jordanie a été pressée par le FMI de trouver des solutions pour relancer l’économie du pays en échange d’une aide financière. Un “matraquage fiscal” qui n’est pas du goût de la population, ni de la principale fédération syndicale qui reproche au Premier ministre d’être à la solde d’institutions financières internationales. Le gouvernement rétorque par des chiffres, affirmant que seulement 4 à 5% des Jordaniens payent des impôts sur le revenu, un faible taux qui ne permet pas de réduire la dette publique. 

En 2016, le FMI avait ainsi approuvé un prêt de 723 millions de dollars sur trois ans pour le royaume hachémite en échange de réformes structurelles à Amman, qui doit réduire progressivement sa dette publique à 77% du PIB d’ici 2021, contre 94% en 2015, selon l’AFP. 

La Jordanie craint pour sa stabilité 

“Écoute-nous, Mulqi, le peuple jordanien ne s’agenouillera pas” ou encore “le peuple veut la chute du gouvernement” font partie des slogans scandés par près de 5.000 protestataires rassemblés devant les bureaux du Premier ministre à Amman, dimanche 3 juin au soir, pour réclamer son départ. Ces manifestations sont les plus importantes dans le pays depuis 2011. 

Routes bloquées, voitures brûlées, interventions policières... La grogne populaire fait rage dans plusieurs villes du pays depuis près d’une semaine. Si l’agitation sociale se poursuit au royaume hachémite, cela pourrait, selon certains observateurs, mettre en danger la stabilité politique du pays dont le roi Abdallah est un pilier.

Ce dernier a été vivement critiqué par les manifestants qui lui reprochent son manque de réactivité face au mouvement de contestations. Le souverain avait appelé samedi soir à un “dialogue national global et raisonnable à propos du projet de loi sur l’impôt sur le revenu” avant d’estimer qu’il est “injuste que le citoyen paie seul les conséquences des réformes fiscales”.

Rare pays au Moyen-Orient à profiter d’un climat politique immuable, ces protestations pourraient être une porte ouverte au parti islamiste proche des Frères musulmans et aux forces de l’opposition.