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30/10/2019 09h:17 CET | Actualisé 30/10/2019 09h:17 CET

Joker…la carte qui vaut double

J’ai vu un film controversé, inachevé…un véritable remue-méninge émotionnel et intellectuel

Youtube/Joker le film
Joker

Je l’ai vu…

J’ai vu Joker…

J’ai vu ce que le cinéma peut faire de plus philosophique…

J’ai vu ce que l’acteur-génie peut faire de plus performant…

J’ai vu ce que le scénariste peut faire de plus génésiaque…

J’ai vu ce que le réalisateur peut faire de plus chaotique…

J’ai vu ce que le récit peut faire de plus paradoxal…

J’ai vu un personnage, que je n’ai pas reconnu…pourtant si familier, si récurrent, si reconnaissable…Un personnage, toujours dans l’ombre d’un héros, seul, unique, omniprésent…Ce héros beau, riche, fort, bienfaiteur, altruiste, défenseur de l’opprimé…Ce héros que la fiction américaine, culturellement obnubilée par la création du héros qu’il soit un ‘man’ super, un ‘man’ chauve-souris, un ‘man’ araignée…a toujours masqué, mystifié, sacralisé, élevé au rang d’intouchable, ressuscité de ses cendres après des morts successives…

J’ai vu un personnage, que je n’ai pas reconnu…mais tellement connu pour être le super-vilain, le méga-méchant, l’hyper-cruel…emprisonné dans sa laideur, sa lâcheté, sa violence, sa cruauté…que le cinéma américain a manipulé, tout au long de son histoire moderne, comme une marionnette exagérant ses traits, ses fou-rires, ses gesticulations, afin de l’opposer en tout point à ce héros, le légendaire, le mythique…

Mais, j’ai vu un homme, que j’ai reconnu…l’incompris, le malchanceux, le trahi, le naïf, le joyeuxmalheureux, le décalé, le handicapé, le fidèle, le bienveillant, le malmené, l’écorché vif… J’ai vu un homme, que j’ai reconnu…au corps frêle, asséché, désarticulé, vidé, esquinté, mutilé …au mental épuisé, torturé…au comportement timide, saccadé, bipolaire…à la démarche clownesque, intempestive, honteuse, rasant les murs…mais mu par cet espoir incongru, incompatible, inconcevable, irrationnel…celui de devenir ce comique connu…de toucher du bout des doigts cette célébrité riche…

J’ai vu un homme, que j’ai reconnu…que la société, impitoyable, apathique, malveillante, ignore, méprise, ridiculise, au point de le transformer à son tour en criminel, méchant, insensible aux autres, dépourvu d’émotions…mais mu désormais par ce désespoir revigorant, puissant et transcendant…

J’ai vu un homme, que j’ai reconnu…un anti-héros devenu héros…malgré lui…par la force des choses…ces choses que l’on appelle aléas, qui brusquement et sans prévenir, répondent miraculeusement aux exigences d’une masse avide de démonstration de force, de puissance avérée, de sang, de chaos et d’anarchie…

J’ai vu des larmes que j’ai reconnues…celles d’un clown malheureux cherchant sans succès à faire rire les autres, à répandre la joie autour de lui, qui dégoulinent sur ce masque de maquillage déformant son visage, lui octroyant un faux-sourire trompeur, cachant cette personnalité frustrée et tourmentée…qui se mêlent enfin aux éclaboussures de sang, symbole de sa nouvelle toute puissance clownesque…

J’ai vu des hallucinations que j’ai reconnues…celles d’un être que le bonheur a fui inlassablement, depuis son enfance…et qui n’a trouvé refuge que dans son imaginaire, devenu vite réalité…pour lui seul… 

J’ai vu un film controversé, inachevé…un véritable remue-méninge émotionnel et intellectuel…car jonché de questions aussi embarrassantes que philosophiques…

Est-ce que l’homme peut légitimer le personnage ? Est-ce que le clown ignoré peut légitimer le Joker intronisé ? Est-ce qu’un rêve inaccessible peut légitimer une réalité sordide ?

J’ai vu un Joachim Phoenix tellement aérien, tellement artistique, tellement exubérant, et simplement...heureux…sur ces marches de Gotham…que le spectateur peut, dangereusement, répondre oui…

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