MAROC
09/08/2018 14h:30 CET | Actualisé 10/08/2018 09h:37 CET

Jeunesse du Maroc: Le CESE appelle à réagir aux difficultés par une nouvelle initiative

Une grande partie des jeunes souffre de précarité.

Anass Bachar / EyeEm via Getty Images

RAPPORT - Constat négatif. Notre jeunesse, si elle alimente l’actualité, souffre en silence et ne fait toujours pas l’objet d’une vision claire des objectifs à atteindre. C’est le Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui l’atteste dans un rapport qu’il vient de publier. 

Dans ce dernier, le CESE souligne que, contrairement à leur proportion démographique “qui donne au pays une opportunité unique pour le développement économique et social”, les jeunes souffrent d’obstacles à différents niveaux. “Aujourd’hui encore, l’accès à un emploi décent, à une éducation de qualité et à des soins de santé reste difficile pour une grande part de la jeunesse de notre pays”, fait remarquer le conseil de Nizar Baraka. 

La jeunesse ne trouve pas de place économiquement et socialement sur le plan concret. Ses perspectives “pour influencer l’orientation des politiques publiques” relèvent d’une illusion “l’empêchant ainsi de devenir une force motrice majeure du développement du pays”.

Décrochage scolaire et frustration

Le CESE souligne qu’une grande partie des jeunes souffre de précarité. “Jeunes exclus, ‘ni ni’, ceux qui connaissent des difficultés, ceux dont le désir d’entreprendre est freiné, ceux qui n’ont pas eu droit à une enfance épanouie…”, liste le rapport. Et de préciser que cette catégorie représente près du tiers de la population marocaine, de 15 à 34 ans. “Ils sont restés, pour la plupart, en marge de la croissance économique soutenue qu’a connue le pays au cours des dix dernières années, sans bénéficier équitablement des progrès économiques induits par cette dynamique de croissance”, constate le CESE.

Ainsi, sur l’accès aux services publics de base, le CESE évoque le décrochage et les déperditions scolaires, mais aussi les inégalités entre offres publiques et privées. Il ajoute, dans ce volet éducatif, également, le problème de l’orientation des jeunes vers des études non productives pour leur avenir et qui “continuent à constituer des entraves au droit à l’éducation pour tous et à toutes les échelles territoriales”. Résultat: des diplômés chômeurs souffrant “de frustration”.

Au volet santé, le diagnostic du CESE est tout aussi négatif. Il relève “qu’en plus des disparités dans l’accès aux soins de base et à des soins de santé de qualité, un certain nombre de préoccupations majeures persistent”. Et parmi celles-ci, le rapport met l’accent sur les fléaux de l’addiction aux drogues, le tabagisme, le suicide… Quant à la santé mentale, elle “demeure un véritable problème de santé publique”.

Une politique nationale “stérile”

Un état des lieux que “l’absence d’une approche globale et intégrée” risque de perpétuer. Le rapport met le doigt sur une politique nationale stérile dont les objectifs s’avèrent difficiles, si ce n’est impossibles à atteindre. “Un important sentiment de défiance de la part des intéressés” se nourrit alors de cette situation pour prendre corps et “s’accentuer, avec des impacts négatifs et encore insuffisamment mesurés sur la cohésion sociale”.

De cause à effet, les jeunes marocains, fait remarquer le CESE, ne participent pratiquement pas à la vie civique, et consacrent la plupart de leur temps à des activités personnelles ou en groupe. Ce qui traduit sans nul doute une crise de confiance, prévient le conseil, insistant sur la quasi absence des jeunes des formes traditionnelles de participation politique, réduisant leur participation à 1% d’adhésion à un parti politique ou à un syndicat. 

Pour le CESE, tous les facteurs exposent désormais les jeunes marocains “aux foyers de la délinquance, de la criminalité, de l’extrémisme, auxquels s’ajoute leur souhait grandissant de tenter leur chance en quête de nouvelles opportunités à l’étranger”. Une rage qui s’exprime, entre autres, à travers la participation des jeunes aux manifestations sociales, convaincus de “l’incapacité du modèle de développement en place à répondre à leurs besoins et ambitions”.

Investir dans la jeunesse devient à présent un défi qu’il faut relever de toute urgence. Le CESE insiste sur des politiques publiques de jeunesse, affirmant la nécessité de faire de cette catégorie un axe majeur et commun au sein “des dynamiques actuelles de changement et vecteur potentiel dans le processus de création de la richesse”.

Une nouvelle initiative en 3 axes

Dans  la vie publique et les institutions, les jeunes doivent se retrouver. Le CESE estime le temps venu de lancer une nouvelle initiative intégrée. Il y propose en priorité “la restauration de la confiance de la jeunesse marocaine” affirmant “le nécessaire renforcement du lien social, dans une société désormais à majorité urbaine et informée”. Le CESE rappelle que les jeunes marocains d’aujourd’hui représentent une nouvelle génération. Ils sont “plus attentifs aux valeurs universelles, à la liberté, aspirent à plus de justice et de droit au sens le plus large du terme”, décrit le rapport. Des changement auxquels les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont pour beaucoup. “A ce changement radical de la demande des jeunes, doit correspondre un changement tout aussi profond de l’offre”. Le CESE estime que les jeunes ont besoin d’“une offre crédible”.

Trois axes: participation effective des jeunes dans la prise de décision, équité et égalité des chances et gouvernance cohérente et intégrée au niveau national et territorial. Ce sont les orientations du guide que propose le CESE pour atteindre l’objectif général d’“assurer un développement inclusif de la jeunesse”.  Pour y arriver, des actions et des mesures sont à mettre en place “dans une démarche interactive”. Le CESE considère que la réussite de cette démarche reste tributaire de “l’adhésion de tous, dans le cadre d’un nouveau pacte de confiance, favorisant la libération et la canalisation de l’énergie de la jeunesse”.

Le conseil de Nizar Baraka compte sur “un nouvel élan à l’action politique envers le monde des jeunes” ou tout programme d’action et défini de façon concertée. Et aux trois axes, il joint trois moyens, à commencer par des actions d’intégration transsectorielle. Celles-ci portent sur la prise en considération des questions liées à la jeunesse dans l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques et des actions relatives, entre autres, à l’éducation, l’emploi ou la santé.

Le second moyen s’articule autour d’actions spécifiques en faveur de la jeunesse. Ces actions devront être destinées à encourager la participation notamment à la société civile, aux activités bénévoles et à la créativité. 

Le troisième, lui, porte sur “un modèle de gouvernance” où l’action de la jeunesse devra être au coeur de l’action.

Plusieurs secteurs du gouvernement sont concernés. Le CESE en définit neuf dans lesquels la jeunesse représente un thème transversal intégré. Le conseil les invite à faire “converger les actions portées par la politique nationale de la jeunesse, avec d’autres dimensions stratégiques relevant d’autres tutelles, dont l’emploi, la santé”. Ainsi, un cadre directeur pourra être mis en place “pour définir des orientations claires, forger une vision au bénéfice de tous les jeunes et mobiliser et coordonner une action interministérielle en ce sens”.