LES BLOGS
19/12/2015 05h:40 CET | Actualisé 19/12/2015 05h:40 CET

Jessica Jones, nous t'attendions.

Il faudra bien évidemment veiller à ce qu'il y ait une application réelle de la loi, à ce que les femmes ne craignent pas de porter plainte et se sentent suffisamment protégées et soutenues pour le faire. Donner la force et le courage aux victimes de faire face à leurs bourreaux qui trop longtemps se sont crus tout puissants et intouchables. Nous n'avons pas sa force, mais le courage dont fait preuve Jessica Jones, nous l'avons toutes en nous quand la loi le permet.

Facebook Marvel's Jessica Jones

Un jour que je jouais avec un petit garçon de six ans, est venu le moment très important de choisir le super héros que chacun de nous allait incarner. "Moi je serai Ironman" m'a très vite dit le petit bonhomme sans hésiter une seule seconde. Après un court instant de réflexion, j'ai à mon tour choisi Hulk. Oui, l'incroyable Hulk est mon héros Marvel préféré. Entendons-nous bien, je ne suis pas non plus une grande spécialiste du sujet. Je n'ai jamais lu les Comics Marvel et je me contente de voir quelques films ici et là, notamment la série des Avengers.

J'ai néanmoins grandi avec Bill Bixbie alias David Banner, et je me souviens parfaitement, comme tous les Algériens qui regardaient assidument la série télévisée, de son regard mélancolique, de la petite musique à la fin de chaque épisode alors qu'il reprenait sa route, des chemises et les pantalons légendaires portés par l'inoubliable Lou Ferrigno alias Hulk. J'étais je crois très sensible à la colère du docteur, mais c'est une toute autre histoire.

Un peu surpris par mon choix, mais faisant preuve d'une ouverture d'esprit et d'une mansuétude dont seuls les enfants sont capables, Mini Ironman a fini par me répondre avec beaucoup de gentillesse et de douceur : "oui, bien sûr, c'est pas grave. Tu peux être un garçon."

Sa réponse, quand j'y repense m'émeut encore aujourd'hui. Au-delà du fait que ce petit garçon avait déjà compris, ce que beaucoup ont du mal à saisir, à savoir la différence entre "sexe" et "gender" - ce qui mériterait en soi aussi un autre billet- il me rappelait à sa façon qu'il y avait assez peu de figures féminines de la culture pop auxquelles je pouvais m'identifier.

Jessica Jones est en effet la première héroïne Marvel qui est bel et bien au centre des aventures. créée au début des années 2000 dans la série Alias, elle est désormais à l'initiative de Melissa Rosenberg, la protagoniste d'une excellente série télévisée produite par Netflix et diffusée en streaming depuis le 20 novembre dernier.

Il y avait bien eu jadis, dans les années 90, Buffy, la chasseuse de vampires et je dois avouer qu'elle avait constitué dans ma petite existence, une véritable révolution. J'ai depuis pris un peu d'âge et c'est peut-être justement pour cela que je suis encore plus sensible à la question de la présence de femmes dans les séries et les films.

Et plus encore à la nécessité d'avoir des séries avec une protagoniste féminine indépendante et autonome, tentant contre vents et marrées de mener sa vie comme elle l'entend. On est loin d'être saturés de tels personnages et pour cause, le monde est loin de considérer que les femmes ont elles aussi, comme l'a bien mieux dit Simone avant moi, leur part à jouer.

Quand elle apparaît, dans les premiers épisodes de la série, Jessica Jones est une détective privée aux méthodes peu orthodoxes mais efficaces. Evidemment elle a des supers pouvoirs : une force exceptionnelle et la capacité de sauter haut et loin (sans pour autant voler, mais on sent bien que cela ne saurait tarder).

La belle actrice Krysten Ritter, adopte pour son rôle un look punk entre ses débardeurs, ses jeans moulants, ses bottes et ses vestes en cuire. Je ne la remercierai jamais assez d'avoir gardé ses longs poils bruns aux bras que l'on voit distinctement dans au moins deux gros plans, comme un rappel à qui veut bien l'entendre que c'en est plus qu'assez des diktats esthétiques que l'on impose aux femmes.

Il faut bien l'admettre, Jessica est assez antipathique au premier abord mais on comprend assez vite qu'elle se relève comme elle le peut d'un traumatisme ou pour parler comme les Américains elle souffre de PTSD, Post Traumatic Stress-Disorder (avec l'accent s'il vous plaît). Dans son appartement newyorkais miteux, elle boit plus que de raison. Tient à distance ses amis, notamment son amie d'enfance Trish qui anime une émission de radio et qui a été une enfant-star.

Elle rencontre un homme, Luke Cage, fort comme un lion et en réalité incassable (littéralement) et joué par Mike Colter qui incarne également Lemond Bishop dans l'excellente série The Good Wife qui mériterait aussi quelques lignes. Le spectateur est plein d'espoir, Jessica en tombe amoureuse (et vous pouvez me croire, il y a de quoi) mais elle est psychologiquement incapable de se lier à quiconque.

Elle se concentre alors exclusivement sur son travail de détective, souvent au bénéfice d'une avocate sans scrupules, campée par la magnifique Carrie-Anne Moss, celle même qui jouait Trinity dans la trilogie Matrix, autre personnage féminin de talent qui elle a aussi fait date mais dont la principale raison d'être était de tomber amoureuse de "l'élu" - comprendre le vrai héros.

Pour revenir à Jessica, car c'est bien d'elle qu'il s'agit, il est donc très vite clair qu'elle est en grande détresse et on le serait à moins. Le responsable : Kilgrave. Vous conviendrez comme Jessica le note à plusieurs reprises combien son nom est ridicule, mais l'homme a des pouvoirs maléfiques. Il capable de contrôler les esprits et d'obtenir de ses victimes ce que bon lui semble.

Pouvoirs dont il use et abuse. Jessica Jones a été son jouet pendant plusieurs mois. Il l'a soumise, déguisée en poupée (ah ! l'éternelle et insupportable scène de la robe achetée et délicatement posée sur le lit pour qu'elle soit portée au dîner) et violentée à sa guise. Il l'a obligé à garder le sourire en toute circonstance (la femme trophée) et l'a bien évidemment transformée en objet sexuel pour satisfaire tous ses fantasmes. On est au-delà de toute violence physique et symbolique puisque la victime n'a aucun moyen de résister ou de se défendre.

Puis, un jour, Jessica a échappé à son contrôle.

Kilgrave n'a alors de cesse que de tenter de la soumettre à nouveau. Bien que David Tennant réussit à insuffler au fur et à mesure des épisodes une dimension à la fois cruelle et grotesque au personnage de Kilgrave qui tente de convaincre Jessica que toutes ses actions sont guidées par son amour pour elle, le spectateur n'est pas dupe.

Kilgrave n'agit aucunement par amour mais par pur sadisme et volonté de puissance. Il désire quelque chose et il considère que cette chose lui est due. Une femme se refuse à lui et ne se plie pas à sa volonté, il va donc s'efforcer de démolir son existence. Des siècles de domination masculine se jouent ainsi sous nos yeux et on n'est plus qu'heureux de voir les pouvoirs mais aussi les amis de Jessica Jones lui permettre d'abord de surmonter sa peur, puis de résister et de combattre le monstre.

Mais on ne peut s'empêcher de penser tout au long de cette première saison que dans la vraie vie, la nôtre, celle où personne n'a véritablement de pouvoirs surnaturels ni pour échapper à la justice ni pour se faire justice, l'arme la plus redoutable contre la violence faite aux femmes, reste être avant tout la loi.

On se doit donc, malgré un contexte politique qui ne pousse point à l'optimisme, de saluer l'adoption récente par le sénat algérien d'une loi contre les violences faites aux femmes. Ce texte qui doit renforcer les peines contre les auteurs de violences physiques et symboliques était bloqué au Parlement malgré son adoption à l'Assemblée nationale algérienne au mois de mars. Il entre désormais en vigueur.

Il faudra bien évidemment veiller à ce qu'il y ait une application réelle de la loi, à ce que les femmes ne craignent pas de porter plainte et se sentent suffisamment protégées et soutenues pour le faire. Donner la force et le courage aux victimes de faire face à leurs bourreaux qui trop longtemps se sont crus tout puissants et intouchables. Nous n'avons pas sa force, mais le courage dont fait preuve Jessica Jones, nous l'avons toutes en nous quand la loi le permet.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.