MAROC
18/01/2019 14h:25 CET

Jerada: 18 manifestants condamnés à des peines de prison allant de 2 à 4 ans

Parmi eux, trois militants connus à Jerada.

Youssef Boudlal / Reuters

JUSTICE - “Ce n’est pas une surprise! Après le verdict à l’encontre des militants du Hirak du Rif, l’Etat se dirige vers le durcissement de la censure”. C’est la lecture de la situation que Bachir Latrach, militant syndicaliste à Jerada, confie au HuffPost Maroc après l’énoncé du verdict, hier soir, par le tribunal de première instance d’Oujda à l’encontre des manifestants de Jerada.

Au total, 18 manifestants de la ville ont été condamnés à des peines allant de 2 ans avec sursis à 4 ans de prison ferme. La majorité, soit 10 d’entre eux, a écopé de la peine maximale, tandis que 4 autres ont écopé de 2 ans de prison ferme et un seul, qui serait un photographe, a, lui, été condamné à la peine avec sursis. A ces derniers, s’ajoutent 3 militants connus à Jerada: Mustapha Idânine, Amine Lamkallach et Aziz Boutchich. Ces derniers, des étudiants de l’Université d’Oujda, avaient été arrêtés et condamnés pour d’autres motifs bien avant ce procès. Mustapha Idânine avait été interpellé suite à un accident de la circulation datant du jeudi 8 mars 2018 et les deux autres pour insulte de fonctionnaires dans l’exercice de leur fonction.

“Nous n’avons pas compris pourquoi après avoir purgé une peine de 6 à 9 mois de prison, ils ont été maintenus en détention depuis, puis inculpés dans ce procès d’incitation à la protestation. Ils étaient, pourtant, en détention avant la manifestation objet du procès qui avait eu lieu le 14 mars”, déclare au HuffPost Maroc le président de la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Oujda, Ahmed Bousmaha. 

Insultes, incendie, dégradations de biens, violences, obstruction de la circulation... Plusieurs chefs d’inculpations ont été retenus contre les 18 manifestants, selon ces militants qui ont assisté au procès. “Il a duré près de cinq heures et a été marqué par les plaidoiries de la défense qui ont soulevé tous les dysfonctionnements du dossier en soulignant le cas des trois militants”, précise Bousmaha.

Au cours du procès, les détenus ont également pris la parole, nous indique Latrach soulignant que ces derniers ont défendu “leur droit de manifester pour leurs revendications légitimes”. “Il y avait une tension particulière en présence des familles des détenus, dont un père qui a dû être expulsé lorsqu’il s’est mis à crier durant l’audience en qualifiant le procès de mise en scène”, relate Latrach.

Seul recours, pour les condamnés: faire appel. “Leurs avocats comptent le faire”, assurent les deux militants. À l’AMDH, une réunion devra se tenir au sujet du verdict pour décider d’éventuelles démarches de protestation.

Jerada, pour rappel, est, depuis le décès de deux frères suite à l’effondrement d’une galerie clandestine d’extraction du charbon, en décembre 2017, en ébullition. La succession d’incidents similaires ayant coûté la vie à plusieurs des habitants de la ville attise à chaque fois la colère face à laquelle le gouvernement a répondu par des mesures. Mais le temps de leur mise en oeuvre use la patience des habitants.