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24/01/2019 11h:51 CET | Actualisé 24/01/2019 11h:51 CET

Je ne suis pas candidat !

NurPhoto via Getty Images

“Le Ministère de l’Intérieur informe que dans le cadre de l’organisation des élections présidentielles du 18 avril 2019, le bilan provisoire de la remise des formulaires de souscription individuelles pour les postulants à la candidature à l’élection de la Présidence de la République, arrêté ce jour Mardi 22  janvier 2019 à 17 heures, se présente comme suit :

(61) lettres d’intention de candidature ont été déposées au siège du Ministère.

-          (11) lettres d’intention émanant  de présidents de partis politiques.

-          (50) lettres d’intention introduites par des prétendants indépendants. 

Les concernés ont pu bénéficier des quotas de formulaires de souscription, en application des dispositions légales en vigueur et les opérations se poursuivent au fur et à mesure que les demandes soient formulées”.

C’est par ce communiqué laconique, et comportant des fautes d’orthographe pour le moins indigne de l’institution,  que le ministère de l’intérieur informe les citoyens algériens de la bonne organisation du prochain scrutin, pourtant qualifié récemment par Sidi Saïd, le patron de l’UGTA comme une “simple formalité”. Et pour une fois on ne peut que lui donner raison pour cette “franchise républicaine”.

61 candidats dont des habitués connus (Ali Benflis, Rachid Nekkaz, Ali Faouzi Rebaïne, Tahar Missoum..), de nouvelles têtes symbolisant l’espoir (Ali Ghediri, le général à la retraite déjà dans le collimateur du général Gaid Salah) et quelques hurluberlus venus seuls ou en famille retirer les fameux formulaires sous l’œil pathétique des TV poubelles dont le rôle semble être défini par le pouvoir en place : amuser la galerie avec des déclarations à l’emporte pièce largement relayées dans les réseaux sociaux comme celle de Nassira. “Je n’ai pas de niveau, mais je me présente. Je veux aider le pays et les jeunes pour qu’ils travaillent et qu’ils mangent, assure-t-elle. Nos jeunes se perdent dans la rivière et dans la mer”. 

Dans la rivière et dans la mer ! Hiya be edhat !

Certes, l’écrasante majorité n’aura pas les signatures nécessaires pour se porter candidat à cette élection.  Le tri sera vite fait et on se retrouvera rapidement avec presque les mêmes pour revivre un remake de 2014 ! 

Même le général Ghediri, le nouvel”espoir de l’Algérie”,  n’est pas assuré d’avoir le soutien des élus qui seront forcément sous contrôle. Certes, son émouvant constat publié en novembre dernier dans les colonnes d’El Watan  dénote d’une réalité incontestable  lorsqu’il déclare que “La démocratie, pourtant consacrée pour la énième fois dans la loi fondamentale, n’a jamais été en aussi net recul. Le peuple boude les institutions, raille ses gouvernants et, de plus en plus, perd toute confiance en son Etat. Il lui tourne le dos… Ainsi, la fracture entre la population et ses dirigeants se creuse chaque jour davantage, conséquence évidente d’une légitimité à acquérir et d’une méfiance à bannir”.

Sauf qu’un constat de la situation, aussi réaliste soit il, n’est pas un programme ! Ce peuple qui “boude” les institutions a besoin du concret sur tous les sujets qui le préoccupent : état de nos finances, libertés individuelles, politique agricole, éducative, sanitaire, commerciale, industrielle, chômage, corruption, logement…. Et c’est ce concret qui semble manquer à beaucoup de prétendants se drapant, pour la plupart dans des discours généralistes ressassés à outrance. 

Les médias nous arrosent d’informations sur les alliances et contre alliances qui se dessinent entre candidats et partis. Entre candidats pas entre programmes !  Situation ubuesque !

En 2015, votre serviteur écrivait :

″À la terrible erreur d’avoir institué le multipartisme dans un pays non préparé à ce système, il s’est rajouté une erreur non moins condamnable, celle de diviser et d’affaiblir toute opposition crédible au régime. En établissant, en 1988, une démocratie demi-portion, le gouvernement Chadli de l’époque, a créé un mélange détonnant qui ne pouvait conduire qu’au chaos actuel. Quelle signification donner à la démocratie dans un pays où la femme a un statut médiéval, où le nombre de chômeurs -sans aucune indemnisation- croît de manière vertigineuse, où le coût de la vie a été multiplié par 10 en quelques années et où le système éducatif est une fabrique de “désespérés” ? Et quand, dans le même temps, on voit fleurir des fortunes colossales issues de la contrebande, de la corruption et des détournements de deniers publics.

Dans ce drame que vit ce pays, il est encore des voix crétines, qui croient que l’Algérie peut s’en sortir avec un Président assis entouré par des rapaces debout qui attendent patiemment leur heure.

Le principal problème de l’Algérie actuelle ne réside pas uniquement dans la difficulté de choisir un modèle de société. Sans négliger les aspects “identitaires”, le problème fondamental de l’Algérie reste avant tout économique et culturel. Aucune idéologie ne fera produire plus de lait à une vache, plus de tomates à un champ, plus de tracteurs à une usine. Une simple décision technique importante vaut mieux que tous les congrès de tous les partis actuels réunis.

Lorsqu’on aura compris cela, on pourra parler de multipartisme... Pas avant ! Or, le malheur de l’Algérie réside dans le fait que, si les politiques ne sont pas suffisamment nourris de connaissances, les technocrates sont désespérément apolitiques. Le salut ne pourra venir pourtant que de leur prise de conscience de cet état de fait et de leur union pour sauver du désastre un peuple qui a déjà assez souffert”.

Je maintiens plus que jamais cette humeur en lui rajoutant juste cette citation détournée:  “Le Pouvoir fait semblant d’organiser des élections présidentielles, le peuple fait semblant de s’y intéresser”.  

Et le 18 avril prochain, il fera aussi semblant d’aller voter confirmant notre adage
”من عندي ومن عندك تنطبع و من عندي وحدي تنقطع”.