ALGÉRIE
22/03/2019 19h:31 CET

"Je n’arrive pas à croire que nous puissions manifester dans un tel esprit de joie"

Ghada Hamrouche pour le HuffPost Algérie

Il n’est pas encore 14h et une petite foule d’un millier de personnes s’est installée à la place du 1er mai en attendant la fin de la prière du vendredi. “Klitou leblad ya serakine”, hurle la foule, sous le regard indulgent des deux policiers qui tentent tant bien que mal d’assurer la circulation à l’entrée de la rue Mohamed Belouizdad.

En retrait et en compagnie de sa mère et de sa tante, Yasmine  brandit timidement une pancarte. Rien de bien originale, juste une grande feuille kraft sur laquelle elle a marqué au feutre bleu “Partez”, mais l’averse du début de journée ont fait perdre l’éclat à certaines lettres. “Je ne sais pas si on arrive à lire ce que j’ai écrit”, se lamente-t-elle. Sa mère tente de la rassurer.

“Ne t’inquiète pas, c’est encore lisible”. A 25 ans, Yasmina , étudiante à l’école vétérinaire d’El Harrach qui s’est toujours tenue à l’écart de la politique, car c’est “un monde de pourri”, ne rate plus aucune manifestation.

Aujourd’hui elle a tenue à ce que sa maman l’accompagne et assiste à “l’immense fête que vit le pays”, “je suis sidérée et je n’arrive pas à croire que nous puissions manifester dans un tel esprit de joie et de communion”.

La future vétérinaire qui fait partie de la génération qui n’a pas vécues les années de terrorisme mais a été marquée par les récits relatés par ses parents et par les vidéos qu’il lui est arrivée de voir, était sceptique par l’appel à manifester diffusé sur la toile.

Sa famille, qui craignait, également, que l’appel du vendredi ne soit une tentative des islamistes de revenir sur le devant de la scène politique. “J’avais peur du retour du FIS et le retour des années 90”, déclare la maman de Yasmina, qui préfère rester anonyme et exige à ce que sa famille ne soit pas identifiable dans le portrait de sa fille. “Vous comprenez on ne sait jamais ce qui peut se passer. Je reste traumatisée par les années du terrorisme”, explique la maman.

Au début, elle est venue par curiosité entrainée par une amie qui a insisté pour qu’elle l’accompagne. “Je n’ai pas honte de le dire, je ne me suis jamais sentie investie par ce qui se passe ici. Mon objectif, après l’obtention de mon diplôme était de partir le plus loin possible d’Algérie”, reconnaît-t-elle. Mais depuis la manifestation du 22 février et les images diffusées sur le net, elle se sent impliquée et se découvre une volonté de participer au mouvement qui parcourt le pays. “C’est un moment unique pour ma génération et pour mon pays. Je veux en faire partie et participer à la révolution en cours”, assume Yasmina.

Au loin, les premiers slogans contre le pouvoir se font entendre. La prière du vendredi vient de se terminer et des centaines de milliers de manifestants se dirigent vers la place du 1er Mai en direction de la Grande Poste.

 La famille de Yasmina rejoint la foule pour une nouvelle démonstration de force des algériens.