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19/03/2019 16h:44 CET | Actualisé 19/03/2019 16h:44 CET

Je m’en fous, Meriem m’aime !

Ramzi Boudina / Reuters

Des post-its autour du visage de Maurice Audin dont les mains ont brodé des mots aussi lumineux que la crête de la vague prête à crier nos rêves. C’est un havre qui psalmodie leurs couplets de vérité, leurs messages politiques et leurs déclarations d’amour: “je m’en fous, Meriem m’aime”, a écrit un étudiant.

Un message qui sauve des interdits cognés par une bigoterie desséchée. La rue n’acceptera plus les faux semblants. Elle a formé un brasier aux creux de nos mémoires et il reste du souffle dans les poumons. Ces messages qualifient le pouvoir, le jugent, nomment les trahisons, construisent du consensus, réclament une deuxième République, quelquefois une Constituante.

Les graphistes* ne sont pas en reste dans ces manifestations Silmya.

Le groupe LMNT et leurs magnifiques calligraphies sont déposées, taguées dans les rues d’Alger et on peut les retrouver sur le site Kolyoum avec d’autres designers dont le talentueux Lyes Karbouai. Yasser Ameur et son “l’homme jaune” qui travaille depuis des années dans les rues, les cafés et qui dénonce par cette couleur le mensonge, le pays qui a enfanté un homme malade. Dans sa dernière oeuvre il nous décrit un Bouteflika qui hésite à sortir de son cadre .

Le reporter-photographe Nadjib Bouznad dans sa page Coup d’oeil 3likoum, chronique la société entre instantanés et compositions et c’est tout naturellement qu’il a photographié Silmiya, le Hirak du 22 février  2019. C’est une Algérie contemporaine, qu’il nous a toujours donné à voir. Il a convoqué le bruit de son pays sans fard et avec combien de poésie.

Youcef Krache, l’artiste met en scène des espaces et des personnages urbains et convoque le noir et blanc dans une esthétique quasi-politique. Il nous parle dans cette photo, qui a fait la une d’un magazine, du vide dans cette salle où le cadre de Bouteflika est seul, accroché sur des murs décrépis. Tout y est statique dans cette scène, lui qui photographie souvent le mouvement des corps.

Drifa Mezenner nous offre des vidéos, nous filme avec émotion et talent l’éclosion de l’Algérie comme une fête immense, où le vert, le blanc et le rouge colorent les rues, où les rires des jeunes filles illuminent les places.

Ce mois de février a fouillé et balayé nos mélancolies des blessures et du chagrin rangés dans ce non-lieu où le silence et l’étouffement régnaient depuis trop longtemps. Aujourd’hui, on peut chercher le ciel trop bleu et le nuage à qui sourire, ramasser les mouchoirs mouillés; voici la saison de l’allégresse et de la grâce .

Les heures accoudées devant l’ordinateur balancent lentement leurs vertiges et me précipite ailleurs, dans un patio sous un figuier, un jour d’été. Vos bouches remuent la poussière des années 90, crachent et lavent l’amertume de ces jours passés pendant que Abdi L’Bandi ou Raja Meziane chantent dans les enceintes.

(*): L’Algérie au présent, entre résistances et changements  aux éditions IRMC-Karthala à paraitre début avril, un ouvrage collectif sous la direction de l’historienne Karima Dirèche