TUNISIE
05/11/2018 16h:15 CET | Actualisé 05/11/2018 16h:33 CET

JCC-"Weldi": Quand Mohamed Ben Attia questionne la vie de couple

Ben Attia questionne cet ordinaire de manière pudique et épurée. Son cinéma se rapproche de celui de certains producteurs du film: les frères Dardenne.

Weldi/facebook

Projeté à la Quinzaine des réalisateurs en marge du Festival de Cannes, et en compétition officielle aux JCC 2018, “Weldi” (Mon cher enfant) est le deuxième long-métrage du Tunisien Mohamed Ben Attia après son film à succès national et international “Nhebek Hedi” (2016).

Le film raconte l’histoire de Riadh, joué par Mohamed Dhrif, agent portuaire sur le point de prendre sa retraite, et sa femme Nazli, interprétée par Mouna Mejri, professeur enseignant en dehors de Tunis et amenée à faire des allers-retours entre Tunis et là où elle travaille. 

Le couple a un seul enfant, Sami ( joué par Zakaria Ben Ayed). Alors que leur fils s’apprête à passer son bac, il est pris par des migraines répétitives. Les parents s’inquiétant pour leur fils, Riadh emmène son fils consulter différents médecins. Un jour, cette vie plus ou moins tranquille bascule complètement: Sami quitte le domicile familial en laissant une note informant ses parents qu’il a rejoint les rangs de Daech en Syrie. Commence désormais la recherche tourmentée de ce fils perdu. 

Comment cet enfant a-t-il pu être embrigadé au point de rejoindre Daech alors que rien d’apparent ne le présageait? Comment les parents n’ont-ils rien vu? L’itinéraire de la recherche révèle quelques mensonges et plusieurs points d’interrogations. En cela, l’histoire embrasse celle de certaines familles tunisiennes qui ont fait face à un départ surprise de leur enfant dans les zones de conflit.

Le film ne s’étale pas pourtant sur le processus de radicalisation, ni à ses manifestations, mais plutôt au cheminement des parents après le départ de leur unique enfant. Que vont-ils faire après tant de sacrifices pour leur fils? Quelle vie mènera ce couple, se trouvant subitement seul? Et si l’enfant était l’unique ciment de leur union? Mohamed Ben Attia ne s’intéresse pas tant au départ mais à “l’après départ”, à ceux qui attendent, quand s’entremêlent résignation, douleurs, espoirs et doutes. Et là, on s’attend à une mère en sanglots et à un père résigné, mais c’est loin d’être le cas.

 

Non, Weldi, n’est pas un film sur les djihadistes de Daech, ni sur le terrorisme. Le parti pris de Ben Attia est clair, sa caméra est focalisée sur les parents. On retrouve la même empreinte que Mohamed Ben Attia avait laissée dans “Nhebek Hedi”, elle est certes moins manifeste, mais non moins fortement présente: les liens familiaux, le sens de la famille, du couple.

Le départ de Sami révèle et exacerbe cette tension à peine apparente, refoulée, dans cette famille “ordinaire”. Ben Attia questionne cet ordinaire de manière pudique et épurée. Son cinéma se rapproche de celui de certains producteurs du film: les frères Dardenne.

Quant aux acteurs, ils se sont prêtés allègrement à son jeu. Peu présent sur les écrans, Mohamed Dhrif signe un retour remarquable. Son personnage est touchant et d’un réalisme convaincant.

Dans le cadre des JCC 2018, vous pouvez retrouver le film:

- Au cinéma le Colisée le mercredi 07 novembre à 15h00

- Au théâtre des régions à la Cité de la Culture, le jeudi 08 novembre à 18h30

- À Alhambra au Zéphyr à la Marsa, le vendredi 09 novembre à 18h30

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