TUNISIE
09/04/2019 14h:22 CET | Actualisé 09/04/2019 14h:30 CET

Jazz à Carthage: Un festival qui perdure malgré les difficultés

"Difficile de savoir si l’année prochaine, on sera toujours là".

Mehdi HRZ pour Jazz à Carthage

Du 4 au 14 avril, 30 artistes, dont 13 tunisiens, investissent les scènes du festival Jazz à Carthage, dans son 14e épisode. “Les scènes”, car la programmation du festival s’étend sur plusieurs endroits.

C’est à Alhambra Zéphyr que le festival s’annonce le 4 avril, dans le cadre d’un partenariat avec la municipalité de La Marsa.

Les deux soirées du 5 et 6 avril ont été organisées dans la salle de l’Acropolium de Carthage, “Pour se remémorer les débuts du festival il y a 14 ans, en 2005 et 2006”, souligne le Directeur de Jazz à Carthage, Mourad Mathari, au HuffPost Tunisie.

C'est un retour aux sourcesMourad Mathari

C’est ensuite au centre ville de Tunis, plus exactement à l’Institut Français de Tunisie (IFT), que la manifestation se poursuit, avec deux soirées inédites.

Tout d’abord, précise Mourad Mathari, “un concert très jazz, très technique, de très bonne qualité, de très grande facture artistique”, avec le duo Bumcello (Interview à venir sur le HuffPost Tunisie), “et un concert beaucoup plus festif, avec les artistes algériens, Djam, qui sera très ‘chaabi’, reggae, afro, un mélange très intéressant, et je pense que le public tunisien apprécie ce genre de musique”. (N.D.L.R c’est ce soir, 9 avril, à 20h).

Parallèlement, Jazz à Carthage a pensé à tout le monde, des soirées sont organisées tous les soirs au Kafichanta, Gammarth, “pour les gens prêts à faire la fête après les concerts”.

Lire aussi :Quelles nouveautés pour la 14ème édition de Jazz à Carthage? La réponse du directeur du Festival

La deuxième partie de l’épisode 14 de Jazz à Carthage se poursuivra au Pavillon, la salle Versailles. C’est le “main stage, qui accueillera des spectacles de très haute facture”, comme Kimberose, Sly Johnson, Hooverphonic, Charlie Winston, pour n’en citer que quelques uns, dont certains sont déjà sold-out.

“L’esprit de l’épisode 14 est de retenir le niveau de qualité, auquel notre fidèle public est habitué, autour de la musique jazz, mais pas que, c’est un festival ouvert à tous les genres”, assure le Directeur de Jazz à Carthage.

Un festival qui perdure, malgré les difficultés

La situation politique et économique du pays, le pouvoir d’achat du tunisien, les procédures administratives, autant de facteurs qui rendent l’organisation, de telles manifestations, difficile.

 

Chaque année, on repart à zéroMourad Mathari

 

Cette année, Jazz à Carthage n’a pas pu bénéficier du FODEC (Fonds de Développement de la Compétitivité du Tourisme). La demande a été refusée ”à la dernière minute”, affirme le Directeur du festival. Selon lui, les décideurs ont estimé que le festival n’attirait pas les touristes. “Chaque année, nous diffusons des after-movies, où on voit pourtant beaucoup d’étrangers. Leur présence, on peut même la constater sur les lieux du festival”.

Mais pour Mourad Mathari, qu’on refuse d’octroyer des subventions est une chose, qu’on annonce le refus avant quelques semaines du début du festival en est une autre. “En janvier, nous avions déjà défini la programmation, nous avons invité les artistes et réservé les billets d’avion, tout cela ne se fait pas en 24h”.

Il relève les incohérences du système et la complexité de la démarche qui rendent difficile l’organisation de telles manifestations culturelles privées, énumérant les procédures administratives pénibles, notamment pour se procurer les autorisations, mais aussi, concernant le paiement de taxes au préalable.

Et ce n’est pas réservé qu’au secteur culturel, c’est une désorganisation qui touche à toutes les activités.

“C’est incohérent, le ministère de la Culture nous demande de payer des taxes avant même d’avoir payé les artistes, ce qui pour le ministère des Finances est illogique, puisqu’on n’a pas encore enregistré de dettes envers l’Etat”, a-t-il soutenu.

Quant à inviter des artistes étrangers, il continue : “C’est prohibé. Comme si on allait importer des boites de munitions, ou du pétrole”.

“Pourtant, des artistes de renommée internationale que nous avons invité, ont fait la promotion de la Tunisie sur leurs réseaux sociaux, en postant photos et vidéos de leur séjour ici”, a-t-il rappelé.

Et de continuer “Nous leur offrons un produit fini et nous avons besoin du soutien de l’administration, pour nous aider à maintenir des prix de billets accessibles aux tunisiens, vu la situation du pays”.

En effet, les cachets des artistes étrangers est le même pour la Tunisie que pour des pays européens. Néanmoins, en comparant les prix des billets, que les gens paient pour assister au concert, il y a une grande différence, parfois d’une centaine d’euros. Dans ce cas, “on est pénalisé. Il faudrait vendre des billets à 300 dinars tunisiens, et les vendre tous, ce qui est impossible”, souligne le Directeur de Jazz à Carthage.

“L’Etat doit soutenir les événements de qualité. Il y en a Sousse, à Tozeur, à Djerba, à Tabarka, etc. Il faudrait créer un portail, faire la promotion de ces régions à l’étranger. Pourquoi continuent-ils à hésiter, à réfléchir ou à refuser?”, se demande-t-il.  

C'est grâce à ce public qui nous suit chaque année qu’on essaye de nous battre pour maintenir la manifestation. On continuera à se battre aussi longtemps qu'on le pourra !Mourad Mathari

“Difficile de savoir si l’année prochaine, on sera toujours là”, révèle le Directeur du festival. “Nous avons les mains liées. Mais on continuera à se battre aussi longtemps qu’on le pourra !”, conclut-il.

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