TUNISIE
02/10/2019 11h:06 CET

Jamal Khashoggi est mort il y a un an, ce que l'on sait sur l'implication de MBS

Mohammed Ben Salman a nié avoir ordonné l'assassinat du journaliste, mais en a "assumé la responsabilité en tant que dirigeant de l’Arabie saoudite”.

Anadolu Agency via Getty Images

KHASHOGGI - Une affaire effroyable émaillée de zones d’ombre, même douze mois plus tard. Voilà tout juste un an que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi a été assassiné au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul alors qu’il allait récupérer des documents en vue de son mariage avec Hatice Cengiz. Cette dernière se recueille avec des proches du journaliste ce mercredi 2 octobre, devant le consulat à 13h14 précises (heure à laquelle il a passé les portes du bâtiment sans jamais revenir), pour honorer sa mémoire. 

Alors que de nombreux éléments de l’enquête ont été révélés sur cet épouvantable assassinat, des interrogations demeurent sans réponse. Où est le corps de Jamal Khashoggi? Qui a vraiment commandité son meurtre? Quel rôle a réellement joué Mohammed Ben Salman?

À cette question, le prince héritier a (de nouveau) nié dimanche 29 septembre sur la chaîne américaine CBS avoir ordonné l’assassinat du journaliste. Il s’est contenté d’en assumer “la responsabilité en tant que dirigeant de l’Arabie saoudite”: “J’assume l’entière responsabilité parce que cela s’est déroulé sous mon règne”. Il a assuré n’avoir eu connaissance des faits qu’après coup. Pourtant, les éléments de l’enquête tendent à prouver le contraire. Le HuffPost fait le point.

Qui a tué Jamal Khashoggi? 

Les auteurs de l’acte en lui-même ont été partiellement identifiés et sont jugés depuis l’ouverture du procès à huis-clos le 3 janvier. Le journaliste a été tué dans le consulat saoudien d’Istanbul, truffé de micros. Des enregistrements de son assassinat ont donc été trouvés et publiés en juin dans un rapport glaçant de l’ONU. Dans ces documents, ont peut entendre le journaliste se faire tuer, découper à la scie électrique, mais aussi entendre parler ses bourreaux avant, pendant et après leur crime. Selon l’enquête, 15 personnes auraient été impliquées, mais à ce jour, la justice n’en a inculpé que onze et réclamé la peine de mort pour cinq d’entre elles.

Parmi les personnes identifiées:

- Salah Tubaigi, médecin légiste responsable de la médecine légale au département de la sécurité générale d’Arabie saoudite, président de l’ordre saoudien des médecins légistes et membre de l’association saoudienne de médecine légale. On l’entend dans les enregistrements. Ce serait lui qui a découpé morceau par morceau le corps du journaliste, selon Helena Kennedy, avocate britannique qui a participé à l’enquête de l’ONU et a écouté un enregistrement fourni par les autorités turques.

- Maher Mutreb, conseiller du prince héritier Mohammed Ben Salman et titulaire d’un passeport diplomatique. On l’entend notamment demander si “l’animal sacrificiel” est arrivé, puis parler avec Jamal Khashoggi jusqu’à sa mort.

 - Saoud al-Qahtani, conseiller royal et confident du prince héritier. Reuters affirme qu’il aurait supervisé les opérations via Skype et aurait demandé aux membres du commando de lui apporter la tête de Khashoggi. Un procureur turc a émis un mandat d’arrêt contre lui. Il a également été limogé par Ryad. Il est absent du procès. Il n’est pas apparu publiquement depuis l’assassinat, ce qui suscite des spéculations sur son sort. Selon le Mirror, il aurait pu être empoisonné.

Les autres membres du commando sont des agents de la garde royale, des membres de forces spéciales, des services secrets ou encore de l’armée de l’air saoudienne. 

Et MBS dans tout ça?

La présence de ces proches du prince héritier a mis en lumière la propre implication de ce dernier dans cette affaire. Le 16 novembre, la CIA a même conclu que le prince héritier avait commandité l’assassinat. Le 13 décembre, le Sénat a adopté une résolution tenant MBS pour “responsable”.

Ryad a pourtant dès le début tenté de noyer le poisson à de multiples reprises: l’Arabie Saoudite a assuré dans un premier temps que le journaliste était sorti vivant du consulat, avant de revenir sur cette déclaration et dire qu’il avait été tué lors d’une “rixe à coups de poing”. Enfin, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir a annoncé qu’il avait été en réalité victime d’un “meurtre” lors d’une “opération non autorisée”, dont MBS n’était “pas informé”.

Une version corroborée par la justice saoudienne qui a innocenté le prince héritier, jugeant qu’il était étranger à cette affaire. 

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