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13/02/2019 08h:29 CET | Actualisé 13/02/2019 08h:29 CET

J’ai regardé pour vous: "Porto Farina" d’Ibrahim Ltaïef

Le dernier enfant d’Ibrahim Ltaïef ne mériterait pas un commentaire, pourtant, il y a des choses à dire.

Huffpost MG

Porto Farina est une suggestion. Ibrahim Ltaïef revient avec une comédie haute en couleur en caressant du bout des doigts des sujets consistants avec beaucoup de légèreté. Du despotisme de la figure paternelle à la question de la bâtardise, de l’adoption, de l’infertilité et de la polygamie, tout en suggérant... furtivement l’homosexualité féminine de deux personnages phares du film, l’auteur de Visa ne se risque pas à la confrontation. La seule polémique suscitée auprès des cinéphiles au sujet de Porto Farina est un non-lieu épuisant. Pour cause, les passionnés du cinéma tunisien se désintéressent de la comédie ou trouvent le genre trop léger et pas à la hauteur de la réflexion. Le dernier enfant d’Ibrahim Ltaïef ne mériterait pas un commentaire, pourtant, il y a des choses à dire.

Caricatural, le réalisateur dessine le portrait d’une famille sclérosée par l’autorité du patriarche (interprété par Mohamed Idriss), imbu de sa personne et ne mâchant pas ses mots. Le retour du fils immigré Ali (incarné par Mohamed Ali Ben Jemaa) à l’occasion de son mariage avec sa cousine Sarah (Asma Othmani), n’arrange pas les choses. Tout se fait et se défait au cours de cette cérémonie. Les désaccords, les commentaires acerbes et les réflexions malicieuses font leur chemin jusqu’aux oreilles des voisins curieux et voyeuristes. Ali est déjà en couple avec une française n’ayant pas pu enfanter, mais décide de prendre pour épouse sa cousine, épris de désamour pour lui. Que faire pour gâcher ce mariage? Sarah et son “amie” (incarnée par la sublime Najwa Zouhir) complotent pour en finir avec cette mascarade, puis, se retrouvent dans un lit, en cuillère, l’une contre l’autre. Mais cette scène passe comme une lettre à la poste, parce qu’Ibrahim Ltaïef a eu le génie de flirter avec des sujets sensibles sans trop en dire. C’est au spectateur de prêter attention et de tirer ses propres conclusions. Mais il n’en a pas réellement l’envie. Il est là pour rire et il ne rigole que peu.

Décalée, la force de Porto Farina est dans ce dialogue solidement construit et la direction d’acteurs parfaitement maitrisée, sans parler du décor pensé dans les moindres détails. Entre les marinières des pécheurs du port de Ghar El Melh et les déguisements de la tante artiste (interprétée par Wajiha Jandoubi) en Frida Kahlo ou Hbiba Msika, on se perd du côté des costumes. On n’était pas au courant qu’en 2019, les habitantes de Porto Farina s’habillaient comme des gitanes… Absurde!

Alors, de ce film, on sort avec un sourire éphémère et une brève pensée pour l’équipe… qui a tourné pendant des semaines pour produire un long métrage jeté aux oubliettes aussitôt vu.

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