LES BLOGS
22/10/2018 09h:16 CET | Actualisé 22/10/2018 09h:16 CET

J'ai regardé pour vous: Capharnaüm de Nadine Labaki

C’est un mélodrame intense, émouvant et qui nous laisse un goût amer des jours après l’avoir vu.

Misérabilisme, manque de subtilité et un déjà-vu agaçant. c’est ce que certains critiques écriront sur ce film. Pourtant, Capharnaüm porte bien son nom. un bric-à-brac de plusieurs problématiques condensées en 2h30 de visionnage.

Capharnaüm veut dire un lieu enfermant plusieurs objets en désordre. c’est aussi une référence à un village de pêcheurs de l’ancienne province de Galilée, sur la rive nord-ouest du lac de Tibériade au nord de la Palestine.

Une histoire touchante:

C’est un mélodrame intense, émouvant et qui nous laisse un goût amer des jours après l’avoir vu. Nadine Labaki revient avec un troisième film sur un sujet sérieux. Faire un enfant, un acte parfois irréfléchi et toujours irréfragable. L’histoire commence au tribunal: Zain est un enfant qui porte plainte contre ses parents parce qu’ils l’ont eu . Lucide, il a conscience du monde et a conscience de sa situation. C’est un enfant au visage grave et anxiogène. Il a la posture d’un adulte. Il porte la responsabilité du monde sur ses épaules et il a développé des mécanismes de survie en concordance avec son milieu. Circonspect, dur, débrouillard et insolent, il reste un enfant et on ne l’oublie pas.

On s’est tous demandé un jour pourquoi les gens nécessiteux font beaucoup d’enfants. Ce film donne une réponse. Il pousse la réflexion sur les enfants à naitre et la responsabilité des parents vis-à-vis de leur progéniture.

Une prestation époustouflante des acteurs

La réalisatrice nous confie avoir procédé à un casting sauvage. Elle a pioché les acteurs dans la rue et elle a mélé la fiction à la réalité en adaptant le scénario aux improvisations des acteurs, à leur propre vécu. On ignore si les acteurs ont incarné les personnages avec brio parce qu’ils sont talentueux ou parce que leur vécu est très similaire à l’histoire qu’ils nous racontent.

Lorsque Nadine Labaki montre la lune, l’imbécile regarde le doigt

Après “Caramel” et “Maintenant on va où”, Nadine Labaki revient avec un film engagé. Réalisatrice confirmée, elle ne prend aucun risque avec le choix du sujet. La recette de “Slumdog millionnaire” marche, Nadine Labaki l’a bien compris. En outre, elle commet un acte militant et elle a le mérite de porter la cause des mineurs isolés à l’attention du grand public. Ce film manque parfois de subtilité et c’est ce qui fait sa singularité. Le message est explicite, pertinent et tragique. Il nous vient de la bouche d’un enfant et on se serait cru à la cérémonie d’un prix Nobel. Capharnaüm semble sous estimer un public averti mais vulgarise un sujet lourd et parfois inaccessible à un spectateur profane, c’est ce que Labaki appelle “le pouvoir du cinéma”, ce mythe qui devient parfois réalité et qui chamboule le destin d’une personne.

Le miracle “Capharnaüm”

Capharnaüm a fait pencher la balance pour Zain Al rafeea, l’acteur qui a incarné Zain dans le film. Dans la vraie vie, Zain est un réfugié syrien qui vit au Liban dans des conditions atroces. Il a eu la chance de porter cette histoire sur le grand écran et a obtenu le droit d’asile en Norvège pour lui et pour toute sa famille. Son talent est indiscutable et il aura un grand avenir devant lui. Le revers de la médaille est le cas de Cedra Izam, l’actrice qui a incarné la sœur de zain “Sahar”. Elle n’a pas eu la chance de son collègue. elle vit toujours dans une situation précaire et jusque là, on n’a pas pu la sauver des rues de Beyrouth. Le cinéma a un certain pouvoir mais il a aussi ses limites.

Capharnaüm est aussi un hommage au Liban, ce pays qui a reçu plus d’un million et demi de réfugiés syriens et palestiniens après 2011- ce qui représente un tiers de sa population- et qui se trouve dans une situation économique critique avec 37% des foyers qui vivent sous le seuil de pauvreté (chiffre datant de 2015).

Capharnaüm remporte le prix œcuménique du Jury au festival de Cannes et représentera le Liban dans la compétition officielle des oscars en 2019 pour le meilleur film en langue étrangère.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.