TUNISIE
05/02/2019 14h:08 CET

Iyed Dahmani: "Les révélations de l'enquête sur 'l'école' de Regueb sont choquantes"

“La loi sera appliquée fermement contre tous ceux qui accueillent les enfants de façon illégale” souligne-t-il.

“Les révélations relatives à ‘l’école’ coranique de Regueb sont extrêmement choquantes” confie le porte-parole du gouvernement Iyed Dahmani sur les ondes de Shems Fm.

La polémique autour de cette ”école” suspecte continue de faire tâche d’huile notamment après la confirmation de cas de viol et d’abus sexuel sur certains enfants. “C’est inacceptable!” martèle-t-il en évoquant les rebondissements en cascade dans cette affaire.

“L’école est obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans” poursuit-il en pointant du doigt la déscolarisation de ces derniers.  

159 plaintes à l’encontre d’associations illégales

D’après Dahmani, jusqu’à présent 159 plaintes ont été déposées par le gouvernement actuel contre des associations illégales y compris celle de “l’école” de Regueb. Cette dernière qui opère sous couvert d’une association a fait l’objet d’une décision de fermeture depuis novembre 2018.

Il explique qu’une plainte a été déposée à son encontre en novembre dernier et une décision préliminaire a été prise de suspendre ses activités. “Mais cette décision judiciaire n’a pas été respectée” regrette-t-il sans nier l’attitude laxiste des autorités concernées.

Le gouvernement sera ferme  

La politique du gouvernement est claire sur ce point, révèle Dahmani en soulignant le fait que la protection de l’enfance fait partie des priorités de l’État.

“La loi sera appliquée fermement contre tous ceux qui accueillent les enfants de façon illégale” lance-t-il en notant que des mesures judiciaires seront prises à leur encontre. 

“Que ce soit une association, une entreprise ou une personne physique... tous seront concernés par cette mesure” poursuit-il.

“Il est pourtant impossible de dissoudre immédiatement une association”  

Selon le décret-loi relatif à l’organisation des associations, la dissolution d’une association ne se fait pas directement. Plusieurs procédures et étapes précédent la décision finale. “C’est graduel” note Dahmani.

“Après que le gouvernement dépose une plainte, l’association en question reçoit un avertissement, puis une suspension pour un mois et enfin la dissolution” précise-t-il.

Il est à rappeler qu’en juillet 2014, le chef du gouvernement de l’époque, Mehdi Jomaâ annonçait la suspension des activités de 157 associations suspectées d’avoir des liens avec des organisations terroristes.

Cependant, l’utilisation de la loi n°52 du 13 juin 1975 donnant un pouvoir discrétionnaire au gouverneur avait créé un tollé, cette loi -souvent utilisée par le régime de Ben Ali- ayant été jugée liberticide par de nombreuses ONG et contraire au décret loi n°2011-88 du 24 Septembre 2011 relatif aux associations.

Les parents d’élèves de “l’école” de Regueb seront-ils poursuivis par la Justice? 

S’agissant des parents d’élèves de l’ ”école” de Regueb, Iyed Dahmani a fait savoir que c’est la justice qui tranchera sur le degré de leur responsabilité dans cette affaire. “S’il s’avère que les parents de ces enfants sont aussi impliqués dans leur persécution, ils seront, à leur tour, poursuivis en justice” note-il.

La notion “d’école coranique” n’existe même pas dans la loi tunisienne

D’après la ministre de la Femme, de la famille et de l’enfance, Neziha Laabidi, ils sont près de 47 mille enfants, âgés entre 4 et 5 ans, à être scolarisés dans des écoles coraniques publiques en Tunisie pourtant la “notion d’école coranique n’existe même pas dans la loi tunisienne”.

Dans une interview datant du mois de mars 2018, la ministre a pointé du doigt ce fléau qui ronge la société tunisienne. Elle a noté que ce phénomène ne cesse de se répandre en appelant les parents à plus de vigilance et à alerter les autorités en cas de doute.

Laabidi a, toutefois, souligné la nécessité de différencier entre les écoles coraniques anarchiques et les Kotebs, une institution réglementée par la loi et qui dépend du ministère des Affaires religieuses.

Contrairement aux écoles coraniques anarchiques, les Kotebs bénéficient d’un programme spécifique et précis et les enseignants sont formés à la pédagogie et à la psychologie.

L’éradication des écoles coraniques anarchiques est une mission compliquée

 

C’est, peut-être, la méconnaissance des institutions, des différents statuts et la dépendance à différents ministère qui laisse l’éradication des écoles coraniques anarchiques compliquée.

Pour les écoles privées c’est le ministère de l’Éducation qui doit agir, pour les Kotebs le ministère des Affaires Religieuses et pour les jardins d’enfants coraniques ouverts par des associations, c’est le Secrétaire d’État au Premier Ministère, ou toute personne ayant intérêt à agir, qui peut avertir de la situation, révèle Nawaat.

En effet, cerner les responsabilités et détecter les dépassements s’avèrent être une mission fragile. Les différents ministères se rejettent la faute. “L’État ne peut pas à lui seul combattre ce fléau” a martelé Neziha Laabidi en soulignant le rôle prépondérant des parents et de la société civile dans la lutte contre les écoles anarchiques. “Ces derniers doivent jouer leur rôle de garde-fou face à ce fléau”, a-t-elle poursuivi en indiquant que “des écoles anarchiques sont fermées quotidiennement”.  

L’affaire de l’ ”école” de Regueb a éclaté après la diffusion par la chaine El Hiwar Ettounsi d’un reportage sur une ”école” coranique anarchique ouverte dans la délégation de Regueb où séjournaient 42 enfants âgés entre 10 et 18 ans et 27 adultes âgés entre 18 et 35 ans partageant le même internat sans les moindres conditions de sécurité et d’hygiène. 

Ces derniers ont été victimes de maltraitance et d’exploitation dans des travaux agricoles et de bâtiment, déplore un communiqué du ministère de l’Intérieur. 

Ils seraient, également, endoctrinés puisqu’on y inculque des idées et des pratiques extrémistes.

À la suite de cette affaire, dans la soirée du lundi, le chef du gouvernement a décidé de limoger le gouverneur de Sidi Bouzid ainsi que le délégué de Regueb.

 

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