ALGÉRIE
18/03/2018 17h:44 CET | Actualisé 18/03/2018 18h:28 CET

Iyad Ag Ghali, un terroriste aux multiples visages et usages

Coté officiel algérien, il n’y a pas, comme d’habitude, de réaction à ces affirmations-accusations.

AFP via Getty Images
Iyad Ag Ghali, l'homme le plus recherché au Sahel 

Dans les médias français, c’est “L’homme qui défie la France” ou “l’homme des Algériens”. Lui, c’est Iyad Ghali, l’ancien chef des Ansar Eddine qui refait parler de lui avec en filigrane une vieille accusation qui voudrait qu’il soit “protégé” ou le “protégé” des services algériens. 

Ce retour “médiatique” d’Iyad Ghali est lié à la situation troublée au nord Mali et dans le Sahel en général et aux difficultés rencontrées par les troupes françaises engagées dans l’opération Barkhane à venir à bout des groupes djihadistes.

 Recherché depuis la mise en échec par l’offensive djihadiste en 2013 à la suite de l’intervention française, Iyad ag Ghali est insaisissable et il est devenu au fil des jours et en raison de son parcours chaotique une véritable énigme.

La presse française a fait ces derniers mois un réel forcing pour faire passer “sa certitude” (ou celle des services français ?) que le chef djihadiste targui se trouve en Algérie.

 Les autorités françaises officielles refusent d’assumer cette accusation implicite: si Ag Ghali se trouve en Algérie, c’est que les autorités algériennes le protègent voire l’utilisent.

Le ministre français de l’Intérieur, Gérard Collomb, l’a exprimé nettement sur France 24 le 17 mars, selon les sites TSA et L’Est Républicain: les autorités travaillent sur du “concret” et non sur la rumeur.

Gérard Collomb a confirmé que la question a été abordée avec son homologue algérien lors sa visite en Algérie le 16 mars dernier. “Les Algériens, qui ont souffert du terrorisme, nous ont confirmé qu’il n’y a pas de terroristes chez eux”, a-t-il précisé. 

Depuis des semaines des médias français multiplient les analyses laissant clairement entendre  que le chef de Ansar Eddine se trouvait en Algérie.  On peut supposer que ces analyses sont, à défaut d’être validées par les autorités françaises, inspirées par les renseignements français.

Coté officiel algérien, il n’y a pas, comme d’habitude, de réaction à ces affirmations-accusations. 

Si les liens ont pu exister au début du parcours sinueux d’Iyad Ghali -qui a vécu à Tamanrasset à un certain moment -, il semble hautement improbable, estime un spécialiste algérien des questions sécuritaires, qu’ils aient pu résister à l’enlèvement et l’assassinat par la suite de trois diplomates algériens à Gao en 2012 par le Mujao, un groupe terroriste, qui reconnaissait l’autorité de Ag Ghali.

Dans les médias algériens, certains ont noté que l’affaire de l’enlèvement des diplomates à Gao était un grave ”échec” des services de renseignements algériens qui ont tablé sur des acteurs qui se sont avérés d’un poids négligeable.  Objectivement, “l’utilité” éventuelle d’Iyad Ghali dont les évolutions chaotiques traduisent probablement des allégeances multiples n’est d’aucune utilité pour les Algériens qui cherchent, pour leur propre intérêt, à stabiliser le nord du Mali frontalier. 

 Pour ce même spécialiste, les “accusations” directes ou “insidieuses” expriment davantage le “dépit ” des français de voir les Algériens refuser de s’engager dans des actions anti-djihadistes au Mali voire dans le Sahel.

 Iyad Ag Ghali, un chef rebelle devenu chef terroriste

En l’absence de réaction officielle algérienne, il y a sans doute une réaction officieuse qui s’est exprimée à travers des “sources sécuritaires” dans le journal El Khabar. Cette source cherche à dégonfler le poids d’Iyad Ghali dans l’équation sahélienne. Ag Ghali, laisse entendre cette source, n’est plus qu’un “second couteau” depuis qu’il a prêté allégeance en début 2017 à Djamel Okacha alias Abou Hammam.

Ces sources sécuritaires algériens chargées de la lutte contre le terrorisme, assurent que le chef terroriste de Ansar al Dine agit sous la direction d’Abou Hammam qui a pris le commandement d’une organisation où ont fusionné quatre groupe terroristes.

Mais, le spécialiste mauritanien des mouvements terroristes dans la région du Sahel, Mohamed Mahmoud Abou Almaaly, soutient que cette version est improbable. Pour lui c’est plutôt Yahia Abou Hammam qui active sous le commandement de Ag Ghali.

Dans un tweet publié hier soir, l’auteur du livre “Al Qaida et ses alliés dans l’Azawad”, Abou Almaaly, cite un post de Yahia Abou Hammam déclarant “le projet du G5 mort né”. Dans ce même tweet il évoque le terroriste algérien comme étant toujours le lieutenant de Ag Ghali.

 Un parcours qui donne le tournis

 Mais qui est cet homme qui semble faire courir La France et les pays du Sahel?

Selon les portraits dressés par les médias maliens, français et aussi arabes, Ag Ghali, né en 1958, est loin d’être un simple terroriste.

Dignitaire targui, il avait pris la tête de la révolte des Azawad et était devenu le symbole de ce mouvement indépendantiste au début des années 90.

Un leadership qui lui a valu le surnom du “renard du désert” par ses adeptes de l’époque et qui continuent à lui vouer, aujourd’hui, une admiration qui ne semble pas avoir été entachée par sa conversion au djihadisme au sein des organisations terroristes qui activent dans le Sahel.

 Ag Ghali, rapporte le quotidien algérien El Khabar dans sa livraison papier du 17 mars, avait travaillé dans les années 70 près de Bechar dans une entreprise pétrolière avant de suivre des études dans une zaouïa près de Tamanrasset.

Au début des années 80, il fait parties de troupes de gauchistes et de panarabistes formées par l’ancien dirigeant libyen Mouamar Kadhafi. Il rejoint ensuite une organisation palestinienne par la suite et part combattre Israël au Liban.

Il a aussi combattu aux côtés de la katiba al khadra de Libye  durant la guerre tachdo-libyenne avant de revenir dans sa région natale et d’intégrer le mouvement nationaliste des Touaregs. Il intègre mouvement indépendantiste des azawads et devient un héros de ce mouvement à partir de 1988.

Du consulat du Mali à Djeddah à Ansar Eddine

Après l’accord entre le gouvernement malien et les groupes indépendantistes des Azawads en 1996, Ag Ghali a été nommé par son pays, le Mali, consul à Djeddah en Arabie Saoudite. C’est là où sa connexion avec le salafisme jihadiste aurait pris naissance.

A son retour au Mali, Ghali se rebelle une nouvelle fois en 2011 mais cette fois-ci sous un nouvel étendard : celui  de l’internationale djihadiste. C’est ainsi qu’il scelle des accords avec Aqmi (Al Qaeda Maghreb) et la nébuleuse terroriste Al Qaeda. Il prêtera même allégeance au Mollah Haibat allah du mouvement des talibans.

L’opération militaire française Serval a bloqué son offensive vers Bamako. Il est est chassé du Mali, mais les services des pays qui planchent sur son dossier savent qu’il dispose toujours d’une capacité de nuisance.

Selon des journalistes libyens, Iyad ag Ghali jouirait de la protection des tribus du sud de la Libye notamment les Touaregs qui n’ont jamais rompu le serment de fidélité qu’ils avaeint prêté à feu Mouammar Kadhafi.

 

L’Algérie est-elle à nouveau l’objet de “pressions” via ces accusations afin de la pousser à passer outre sa doctrine de non intervention ne pas intervenir hors de ses frontières ? Certains spécialistes le pensent. Et si l’Algérie a accepté sans faire de vague l’intervention française – les avions français ont pu utiliser l’espace aérien - , elle n’en reste pas moins convaincue qu’une action purement militaire est sans lendemain au Mali.

A l’époque, l’Algérie soulignait que sans la résolution de l’équation targuie à travers un processus politique inclusif, l’intervention militaire serait sans lendemain. Cinq ans après le déclenchement de l’opération Serval, on ne peut pas dire que cette analyse est infondée.

 

 

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