MAROC
09/05/2018 13h:00 CET | Actualisé 09/05/2018 13h:17 CET

Islam de France: Une tribune appelle les musulmans à organiser leur religion

"Et si on consultait les musulmans sur les questions qui les concernent en premier lieu?"

DOMINIQUE FAGET via Getty Images

RELIGION - Une tribune publiée ce mercredi 9 mai dans Le Monde, et signée Marwan Muhammad, appelle les musulmans de France à organiser leur religion. L’ancien directeur du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) y annonce le lancement d’une consultation des musulmans afin de mieux les représenter et de “poser les fondations d’une relation constructive avec l’Etat”. 

Vu comme une figure du militantisme musulman par ses partisans et comme un défenseur d’un islam politique et radical par ses détracteurs, l’homme de 39 ans d’origine égyptienne prend les devants. “Après plusieurs générations, les musulmans n’ont toujours pas d’instance représentative d’ampleur nationale qui soit à la hauteur des enjeux de notre temps”, affirme-t-il, évoquant une “paralysie totale” et un “débat inexistant”. Le ton est donné: les musulmans de France se sont trop longtemps accommodés de cette situation, une solution doit être trouvée.

“Est-ce que le moment est venu, pour tous les musulmans, de prendre leur destin en main et de s’organiser selon leurs choix? (...) Et si on consultait les musulmans sur les questions qui les concernent en premier lieu?”, s’interroge Marwan Muhammad. 

Il propose pour cela de mettre en place une organisation qui inclurait femmes et jeunes musulmans, “toutes les sensibilités présentes au sein des communautés musulmanes” et qui allierait “légitimité de terrain et expertises thématiques, pour répondre aux besoins réels des fidèles”. 

L’islam de France en chantier 

Cette tribune peut être interprétée comme une réponse à Emmanuel Macron qui avait annoncé en février dernier, dans un entretien avec le Journal du dimanche, vouloir “poser des jalons au premier semestre 2018 sur l’organisation de l’islam de France” en phase avec les principes fondateurs de la République française. 

“Les présidents et les gouvernements se succèdent, mais le constat demeure: la façon dont l’Etat se comporte avec les citoyens de confession musulmane reste bloquée dans un autre temps, dans un autre siècle”, estime pour sa part Muhammad, qui dénonce “la redoutable constance” avec laquelle la France cherche ”à contrôler toute forme d’organisation des musulmans”.

La pierre est également jetée sur les interférences des pays étrangers comme l’Algérie, le Maroc et la Turquie, tour à tour promus à la tête du Conseil français du culte musulman (CFCM) à “l’interminable déshérence” et dont “les musulmans, agacés, lassés puis désabusés, ont fini par ne plus rien attendre”. 

D’autre part, en avril dernier, un “Manifeste contre le nouvel-antisémitisme” rédigé par Philipe Val, ancien directeur du journal satirique Charlie Hebdo et signé par 300 personnalités française dont Nicolas Sarkozy, Manuel Valls et Alain Finkielkraut, entre autres, avait lancé un pavé dans la mare.

Le texte faisait une association entre islam et antisémitisme et dénonçait “la radicalisation islamiste” à l’origine d’une ”épuration ethnique à bas bruit” de la communauté juive parisienne. 

Le manifeste avait été fermement condamné par les représentants de l’islam en France qui y voient un “procès injuste et délirant”, selon les termes de la Grande Mosquée de Paris, instruit aux Français musulmans. Le président de l’Observatoire national contre l’islamophobie, Abdallah Zekri, avait souligné un débat “nauséabond et funeste” sur l’islam et appelé les signataires de la tribune à cesser “d’accabler l’islam et les musulmans”.