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10/05/2019 16h:14 CET | Actualisé 10/05/2019 17h:52 CET

Issad Rebrab, Louiza Hanoune, les libertés séquestrées

Ghada Hamrouche pour le HuffPost Algérie

Deux personnalités de premier plan dans la vie économique et politique du pays sont incarcérées : Isaad Rrebrab l’industriel et Louisa Hanoune la responsable d’un parti politique. Consternation et condamnation imprègnent les réactions nombreuses dans l’opinion publique. Le pouvoir en place affiche ouvertement son mépris de la justice et des libertés dans un contexte de déploiement d’un puissant mouvement populaire revendiquant l’éradication d’un régime autoritaire et l’instauration d’un Etat de droit.  A travers ces deux incarcérations, deux libertés fondamentales sont bafouées, la liberté économique et la liberté d’opinion.

La liberté économique niée

Les mésaventures de l’industriel Rrebrab avec le Ministre des travaux publics, la Direction des ports et les Douanes sont connues. Tout a été déployé par ces institutions pour empêcher l’implantation de nouvelles usines dont l’intérêt pour le pays ne fait aucun doute. Le pouvoir de l’ère Bouteflika a sciemment bloqué cet investisseur sans même donner ses motifs. L’arbitraire le plus total a ainsi remplacé l’indispensable argumentation économique. Que pouvait-il opposer aux prévisions de création de richesses et d’emplois ? Que pouvait-il opposer aux prévisions de satisfaction du marché national et d’exportation ? Que pouvait-il opposer à l’innovation technologique et à la formation scientifique et technique portées par les projets industriels bloqués ? Que leur crasse esprit de clan, sectaire, leur négation de la liberté économique.

Les pouvoirs exorbitants de l’Administration

Ce qui ressort du conflit qui a opposé l’industriel Rebrab et les différentes institutions administratives, c’est l’étendue de leurs pouvoirs et l’absence ou l’inefficacité des moyens de recours à l’arbitrage. C’est ce qui caractérise l’Etat autoritaire qui règne par l’arbitraire. Alors que l’espoir d’un déblocage de ces investissements productifs perçait avec le puissant mouvement populaire qui a poussé vers la sortie le clan Bouteflika, le pouvoir en place, fait procéder à l’incarcération d’Isaad REBRAB portant un coup dommageable aux projets industriels projetés. Les motifs d’inculpation affichés paraissent de la chicanerie eu égard aux bénéfices économiques escomptés. Ils sont une négation de la liberté économique sans laquelle notre pays ne peut espérer  affronter efficacement la grave crise économique latente. Pourtant, un esprit patriotique pragmatique se serait posé la question : où est l’intérêt du pays, dans la réalisation de ces investissements ou dans leur interdiction? La réponse est d’une telle évidence que les promoteurs de l’opération judiciaire font dans la démagogie. Ils montrent dans tous les cas qu’ils ne portent pas les orientations économiques susceptibles de sortir le pays de la crise.

Une législation de l’économie dirigée.

Le bilan économique du pays met en cause le système aggravé par le clan Bouteflika de l’économie étatisée à outrance et favorisant l’affairisme de connivence. En effet, c’est l’hyper étatisation de l’économie qui permet à du personnel situé aux différents échelons de l’Administration d’accorder des autorisations selon des affinités politiques ou claniques. L’efficacité et la croissance économiques ne sont pas leurs paramètres d’évaluation. Ce personnel politique et administratif est plus soucieux de servir les intérêts des tenants du pouvoir et de leurs affidés. De toutes les façons, ils doivent leur place à leur allégeance à ce pouvoir. Leur gestion du bien d’apparence collective qu’est la propriété d’Etat est souvent privative. Pourquoi s’intéresseraient-ils à l’efficacité économique puisque leurs avantages dépendent de leur docilité et de leur soumission. Les déficits et les pertes sont compensés par des subventions et des « assainissements financiers ». Pendant ce temps, les investisseurs, ceux qui veulent mettre leur propriété privée, leur capital au service de la croissance économique et de la création d’emplois subissent les pires entraves. Leurs capacités d’initiative, leur goût du risque et leur esprit d’innovation se heurtent à une législation de l’économie  centralisée, bureaucratisé et démobilisatrice. C’est l’espoir du mouvement populaire de voir consacrer la liberté économique dans l’Etat de droit. L’incarcération de l’industriel Isaad REBRAB est illégitime et est symboliquement la marque de l’ancien régime. C’est pourquoi les partisans de l’Etat de droit doivent clamer haut et fort : LIBERER ISAAD REBRAB.

La liberté d’opinion bafouée.

L’incarcération de Louisa Hanoune, responsable de parti politique symbolise la négation de la liberté d’opinion. Ceci doit être hautement proclamé d’autant que la liberté d’opinion n’est pas sélective. Sinon, c’est le sectarisme dévastateur qui prend le dessus et cela n’est pas du tout bon pour la défense de cette liberté. Nul ne doit se rendre complice d’actes liberticides. Le secrétariat du Bureau politique du Parti de Mme Hanoune a raison de faire appel dans son communiqué « à ceux qui partagent ou non nos positions » pour condamner cette grave atteinte aux libertés. Aucune divergence d’opinion n’autorise le silence. Pour l’instant, seul le cérémonial judiciaire suggère les motifs d’inculpation de la dirigeante politique : le tribunal militaire, la chronologie des incarcérations par ce même tribunal. Ce qui ne manque pas de susciter l’inquiétude car il est difficile de considérer que Mme Hanoune dispose d’une autre “arme”  que son opinion.

Une législation d’exception en temps de paix ?

Est-ce une instrumentalisation du code de justice militaire et du code pénal à des fins liberticides ? Dans ce cas, l’arbitraire est total. On conçoit difficilement le “complot militaire” contre “l’autorité du commandant d’une formation militaire”, selon l’article 284 du code de justice militaire. Au sens strict de cet article, peut-on assimiler, le changement justifié ou pas, de la composition de l’état-major de l’armée à une “atteinte à l’autorité d’un chef militaire”? De même que le recours aux articles 77 et 78 du code pénal impliquerait Mme Hanoune dans un “attentat” et un “complot”. L’attentat est juridiquement un acte de violence. Si ce n’était les circonstances tragiques, on en sourirait. Le complot est défini juridiquement comme  une association d’individus visant à commettre un attentat, un acte violent. Il est bien entendu que ce ne sont pas les intentions mais les actes matériels qui fondent cette accusation. L’opinion publique retiendra difficilement ces accusations contre une femme responsable d’un parti politique. Une législation à la formulation ambigüe et aux relents militaristes sert de support à la répression de la liberté d’opinion. A ceux qui retiennent certaines positions politiques de soutien de Mme HANOUN à Bouteflika pour cautionner cette inculpation, il faut rappeler que la liberté d’opinion n’est pas sélective. Il est vrai que Mme Hanoune avait elle-même dérogé à ce principe lorsqu’elle demandait le jugement de personnalités politiques « coupables » de propositions  économiques qualifiées de « libérales ». Mais le devoir de tous ceux qui veulent promouvoir les libertés individuelles dans notre pays est de clamer haut et fort : LIBERER LOUISA HANOUNE.

Ainsi dans le dur combat pacifique pour les libertés et la démocratie, par le hasard des événements, les partisans des libertés fondamentales se trouvent réunis autour de la revendication de libération de deux personnalités au profil politique  distinct, un capitaliste investisseur dans la production et l’innovation technologique et une femme politique de la gauche anticapitaliste. C’est ce qui fait la grandeur et l’humanisme de la philosophie politique des libertés individuelles.