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02/05/2019 15h:44 CET | Actualisé 02/05/2019 15h:44 CET

Introduction du 5e volume, "Marcher !" de la série "Nous autres, éléments pour un manifeste de l'Algérie heureuse"

Ramzi Boudina / Reuters

“La dernière innocence et la dernière timidité. C’est dit. Ne pas porter au monde mes dégoûts et mes trahisons.
Allons ! La marche, le fardeau, le désert, l’ennui et la colère.
À qui me louer ? Quelle bête faut-il adorer ? Quelle sainte image attaque-t-on ? Quels cœurs briserai-je ? Quel mensonge dois-je tenir ? — Dans quel sens marcher ?”

“Une saison en enfer”, Arthur Rimbaud 

C’est le 20 mars dernier que Mohamed Magani m’a suggéré de faire un livre sur les évènements actuels. “Travailler !” venait de paraître, et nous étions engagés dans la préparation du 5ème volume de la série “Nous autres, éléments pour un manifeste de l’Algérie heureuse” intitulé “Lutter !” et dont la parution est prévue pour le premier trimestre de l’année 2020… J’en ai aussitôt parlé à Azeddine Guerfi, directeur des éditions Chihab (qui abritent “Nous autres” depuis 2016), qui m’a tout aussitôt donné son accord enthousiaste pour la réalisation du projet. 

Ce livre, c’est donc “Marcher !”. Il regroupe de nombreux acteurs et témoins de la révolution en cours. 

Des photographes, qui aujourd’hui constituent une avant-garde visuelle et documentaire du peuple en mouvement. Sabri Benalycherif, Ramzy Bensaadi, Houari Bouchenak, Youcef Krache, Khadidja Markemal, Fethi Sahraoui, Lydia Saidi, Arezki Tahar, Hocine Zaourar, nous donnent ici un aperçu de leur ample et constant travail de capture des vérités fugaces d’un événement sismique, d’une société en ébullition révolutionnaire. Leur apport est essentiel car ils mettent à jour, chacun avec son talent propre, la dimension esthétique du mouvement populaire. 

Dans le même moment, il y a ici aussi l’impossibilité de rendre compte de la toute-puissance de ces évènements et de la richesse incommensurable de l’intelligence et de la créativité du peuple, comme le dit le texte de Saïd Djaafer, “La photo que j’ai ratée”.

Dans ce volume, encore plus divers que les précédents, aussi bien dans la forme que dans le fond, on trouvera des éclairages utiles à l’appréhension de la révolution en cours ainsi que des éléments pour une réflexion sur l’avenir immédiat, des analyses juridiques, politiques, psychologiques, par Idris Terranti, Feriel Ait-Ouyahia, Mouanis Bekari, Mouloud Boumghar ou Tin Hinan El Kadi.

Akram Belkaïd se souvient des années 90, compare les situations et met en évidence les liens entre elles, les liens de la mémoire, les liens de l’expérience, les liens que tisse sans cesse la société, en silence souvent, mais sans cesser de marcher.

Dans ce livre, on voit aussi des sources et des affluents brûlants de ce grand fleuve d’aujourd’hui, majestueux de sagesse, de lucidité, de colère pacifique et de détermination, dans les textes de Farid Chaoui, de Maya Ouabadi, les propos de Mohamed Tadjadit recueillis par Lynda Abbou, ou encore le récit que lui fait Oulid el Bahdja de l’expérience de Ouled El Bahdja. 

Depuis l’île de la Réunion, Sami Benmehidi, entre Alger et Paris, Nedjib Sidi Moussa, entre Alger, Tazmalt et Berlin, Amel Ouaissa, nous donnent des témoignages émouvants de la symbiose, malgré l’exil, des Algériens, parties de la totalité de ce vaste mouvement populaire.

La poésie, qui est d’une certaine façon au cœur-même de “Nous autres” et de notre démarche morale, politique et intellectuelle, transparaît à travers tout l’ouvrage, mais elle s’affirme en tant que telle, à la fois éclatante et subtile, dans les textes de Salah Badis, de Meryem Belkaïd, de Rym Khene et de Mustapha Benfodil. 

Enfin, nous ne sommes pas peu fiers que ce volume de “Nous autres”, se rapprochant un peu plus des expressions émanant du mouvement populaire, sur les pancartes des manifestants, leurs slogans, leurs chants, réunisse, comme à l’occasion de “Travailler !” des textes et des photographies, mais aussi que les textes y figurent dans leurs différentes langues originales d’écriture, française, arabe, derja ou anglaise.