TUNISIE
30/05/2018 11h:58 CET

Interview du dessinateur tunisien Lotfi Ben Sassi après la sortie en France de son livre "Je suis arabe mais je me soigne"

Autodérision est le maître-mot du recueil.

Editions Orients / Lotfi Ben Sassi

L’humour intelligent et l’autodérision ont toujours été les atouts du célèbre dessinateur Tunisien, Lotfi Ben Sassi, qualifié par certains de “Plantu tunisien”.

Connu pour ses caricatures du quotidien La Presse, ou encore par sa série les Bokbok publiée dans le magazine hebdomadaire du même journal, Lotfi Ben Sassi ne cesse d’innover par son humour et ses caricatures légères et tout à fait amusantes.

Après son recueil de caricatures “La femme est l’avenir de l’homme”, voilà que son deuxième recueil intitulé “Je suis arabe mais je me soigne”, dont l’autodérision est le maître-mot, parait également en France.

Lotfi Ben Sassi
La couverture de "Je suis arabe mais je me soigne" de Lotfi Ben Sassi

L’ouvrage de 58 pages, publié par les Editions Orients, traite de l’image des arabes dans le monde, leur mode de vie caractéristique, les stéréotypes qui circulent souvent à leur sujet, constituant ainsi un concentré d’autocritiques, tout en faisant passer des messages pour le moins pertinents.

Lotfi Ben Sassi
Avant-propos du livre

Agréablement présentées, les caricatures de Lotfi Ben Sassi abordent tous les stéréotypes, les vieilles blagues, les habitudes et les clichés communs à tous les arabes, ou presque.

Cette simplicité par laquelle il transmet ses messages témoigne d’un grand talent d’observation et de communication, arrivant à transformer une situation banale en de l’humour recherché.

Lotfi Ben Sassi
Lotfi Ben Sassi

Ce maître de l’humour dessiné se livre dans une interview au HuffPost Tunisie, et revient sur son nouvel ouvrage, ainsi que sur son nouveau bouquin intitulé “Mendialisation”, qui sortira ce samedi 2 juin 2018, aux éditions Edito.

Lotfi Ben Sassi
La couverture de "Mendialisation" de Lotfi Ben Sassi

 

HuffPost Tunisie : Parlez-nous de votre nouveau livre “Je suis arabe mais je me soigne”. De quoi parle-t-il essentiellement?

Lotfi Ben Sassi : “Je suis arabe mais je me soigne” dit sans équivoque qu’être arabe est une maladie qu’il faut soigner.

Là , je n’invente rien: nous sommes les derniers en tout, nous sommes bannis par tous. Notre image s’est collée au terrorisme, à la pauvreté et au sous-développement. Ceux qui ont de l’argent parmi les Arabes, l’utilisent soit pour financer le terrorisme ou encore pour les projets les plus fous, voire les plus pervers.

Tout ce qu’il y a dans ce bouquin, tous les Arabes le disent entre eux, tout bas, partout et tous les jours.

Moi je l’ai écrit et dessiné et je n’ai rien inventé : j’ai tout puisé dans ce que j’ai vécu, dans la réalité et l’actualité.

Il existe trois “races” d’Arabes : les Maghrébins qui n’ont pas le pétrole qui coule à flot et qui sont les plus pauvres. Les Arabes du Golfe dont les excès sont légendaires et les Arabes qui vivent en Europe dont une minorité de délinquants et de malappris souille l’image de toute une majorité sans problèmes.

Tous doivent se soigner.

L’autocritique et l’autodérision est le début du remède.

Quelle différence en termes de liberté y a-t-il entre vos livres post-révolution comme “avec ou sans visas” et les deux recueils que vous avez publiés après 2011? Avez-vous changé les sujets abordés?

Avant et après, sont deux mondes différents.

Avant, la censure était systématique et institutionnalisée. Il fallait tout insinuer, tout dire entre les lignes.

Après, changement de programme: nous sommes libres et c’est un nouveau métier qu’il faut exercer. Oser était un exploit. Maintenant il faut oser dans la créativité.

Braver l’interdit était suffisant. Aujourd’hui, en plus de braver l’interdit, il faut faire preuve de créativité.

Jusqu’où pourrait aller la dérision dans vos caricatures? Iriez-vous jusqu’à faire de l’humour noir comme certains journaux satiriques?

Au fait, l’humour destiné à faire rire c’est comme la musique destinée à faire danser.

L’humour a changé d’optique: aujourd’hui, il est beaucoup plus destiné à faire réfléchir qu’à faire rire. D’ailleurs, on ne dit plus faire de l’humour, mais faire de l’esprit.

L’humour d’il y a un siècle, comme “le concert du pétomane” qui faisait tordre de rire, ne fait plus recette. La tendance naturelle de l’humour vire au noir de nos jours.

J’essaie donc de faire de l’humour noir. J’essaie de faire dans le sarcastique.

J’espère pousser le bouchon dans ce sens. Si “by the Way” j’arrive à faire rire, c’est tant mieux, mais ce n’est pas mon but premier.

Quels sont vos projets pour l’avenir?

Mes projets pour l’avenir? Écrire encore plus de livres.

Déjà, il y a un nouveau livre qui va sortir cette semaine : “Mendialisation”, aux éditions Edito, qui parle des mendiants issus de la mondialisation ( fermeture d’usines, mort de la production générée par l’invasion des marchandises chinoise etc. )

Il est tout en couleurs, dessiné au pinceau et à l’aquarelle. C’est une nouvelle expérience que j’entreprends.

Je réfléchis déjà au bouquin que je vais faire juste après.

Entre temps, il y a en ce moment la parution en France d’une nouvelle édition de “Je suis arabe mais je me soigne”, aux éditions Orients.

Il est maintenant dans toutes les librairies françaises. C’est le second bouquin que j’édite en France. J’espère rester sur ce rythme : un nouveau bouquin tous les deux mois.

Retrouvez quelques dessins de “Je suis arabe mais je me soigne” dans le diaporama ci-dessous.

Galerie photoQuelques dessins du nouveau recueil "Je suis arabe mais je me soigne" du caricaturiste tunisien Lotfi Ben Sassi Voyez les images

 

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