MAGHREB
03/09/2013 15h:46 CET | Actualisé 03/09/2013 19h:10 CET

Syrie: L'International Crisis Group s'oppose fortement à toute intervention militaire

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La Syrie

Alors que la possibilité de frappes militaires contre le régime syrien se fait de plus en plus précise, le célèbre think tank International crisis group s’est exprimé sur la question.

A travers un communiqué publié dimanche 1er septembre 2013, le groupe de réflexion rappelle les conséquences probables d’une telle opération. Des frappes militaires en Syrie seraient, selon eux, diamétralement opposées aux intérêts du peuple syrien dont le bien-être ne pourra être assuré que par l'instauration d’un cessez-le-feu et une transition politique faisant consensus.

Les conséquences d’une intervention militaire en Syrie

Crisis Group commence par établir une liste d'observations générales sur la situation en Syrie:

  • Pas de consensus international possible en raison du précédent irakien.
  • Si le régime devait se battre pour sa survie, la menace d’une intervention ne pèsera pas lourd dans la décision d’utiliser des armes chimiques. De plus, des éléments de l’opposition peuvent être tentés d’utiliser de telles armes et d’en accuser le régime afin de provoquer une nouvelle intervention américaine.
  • Cela pourrait exacerber la violence en Syrie si le régime décide de se venger sur les rebelles ou sur les zones qu’ils tiennent tandis que ces derniers peuvent chercher à prendre avantage de la situation pour gagner du terrain.
  • Risque d’escalade internationale possible mais peu probable en raison des conséquences encourues.
  • L'intervention militaire peut ne pas avoir d’impact sur l’équilibre des forces sur le terrain, le régime peut tourner cette action à son avantage en mobilisant sur le sentiment anti-occidental et anti-impérialiste.

Comme le rappelle Crisis Group, la seule solution possible au conflit reste politique. Ce faisant, la principale question concernant une intervention est de savoir si après cela une reprise des négociations diplomatiques serait encore possible, ce qui est peu probable.

La solution sera politique ou ne sera pas

La responsabilité des Etats-Unis, selon Crisis Group, est d’essayer d’optimiser les chances d’une percée diplomatique ce qui exige un double effort qui manque jusqu’à présent: proposer un compromis politique réaliste et se rapprocher véritablement de la Russie et de l’Iran.

Selon eux, les Etats-Unis devraient faire une proposition basée sur les éléments suivants:

  1. Il est impératif de mettre fin à cette guerre. L’escalade, l’instabilité régionale et sa dimension internationale ne servent l’intérêt de personne.
  2. La seule issue est politique. Cela exige des concessions importantes et une baisse des exigences de toutes les parties. La seule issue viable est un compromis qui protège les intérêts de tous les groupes syriens et reflète plutôt que modifie l’équilibre stratégique régional.
  3. La crise syrienne constitue une occasion importante de tester la capacité des Etats-Unis et de la République islamique d’Iran à travailler ensemble sur les questions régionales pour rétablir la stabilité.
  4. Une issue politique viable en Syrie ne peut voir la direction actuelle rester indéfiniment au pouvoir, mais quoiqu’il en soit, les Etats-Unis peuvent se montrer flexibles en ce qui concerne le calendrier et les modalités spécifiques.
  5. Les Etats-Unis tiennent à éviter l’effondrement de l’Etat syrien et le vide politique qui en résulterait. L’objectif devrait donc être une transition qui s’appuie sur les institutions existantes plutôt que sur leur remplacement. Notamment en ce qui concerne l’armée.
  6. La priorité doit être de veiller à ce qu’aucun élément de la société syrienne ne soit la cible de représailles, de discrimination ou de marginalisation dans le contexte d’un arrangement négocié.

Le think tank recommande de s’appuyer sur ces propositions pour une nouvelle mission de médiation de la part de l’envoyé de l’ONU et de la Ligue arabe, Lakdhar Brahimi, qui doit amener à un accord pour un deuxième volet de la conférence de Genève.

Les débats sur la possibilité et les modalités de frappes militaires ont éclipsé ce qui devrait être la préoccupation principale de la communauté internationale à savoir comment redynamiser la recherche d’une solution politique. C’est à l’aune de ce critère que devrait être jugée la possibilité d’une frappe contre le régime syrien.