LES BLOGS
05/07/2019 18h:23 CET | Actualisé 05/07/2019 18h:23 CET

Interdiction du port du niqab dans les institutions publiques: Mesurette électoraliste ou direction idéologique?

Pour des raisons sécuritaires, soit. Mais à ce moment là, c’est dans les lieux publics qu’il aurait fallu interdire le niqab et non dans les institutions

FETHI BELAID via Getty Images

Quelque soit la direction idéologique que l’on prend, cette décision prise ce vendredi 5 Juillet, visant a interdire le port du niqab dans les institutions publiques, est une “mesurette”.

C’est plutôt une mesure de campagne, que de gouvernant.

Une interdiction limitée au motif incohérent

Pour des raisons sécuritaires, soit. Mais à ce moment là, c’est dans les lieux publics qu’il aurait fallu interdire le niqab et non dans les institutions. Car le risque terroriste lié à ce vêtement n’apparait pas chez les salariés d’une entreprise publique ou bien chez les touristes du Moyen-Orient.

L’explosion kamikaze n’est jamais spontanée, elle est préméditée.

Le fait de limiter l’interdiction uniquement aux institutions publiques n’aura aucune incidence sur la lutte contre le terrorisme, mais peut-être que cela aura un poids sur la lutte contre le radicalisme. Mais dans ce cas, c’est une direction idéologique que l’on prend, qui reste limitée.

Laïcité stricte ou laïcité libérale

La définition de la laïcité peut se résumer à deux courants qui sont symbolisés par plusieurs pays occidentaux:

  • La laïcité stricte, c’est l’idée que l’Etat doit intervenir pour limiter l’influence religieuse sur la sphère publique. L’Etat doit donc placer les valeurs républicaines au dessus des valeurs religieuses. On retrouve l’application idéologique de cette dernière, notamment en France, où les signes religieux ostentatoires sont interdits dans plusieurs lieux publics. L’objectif étant que les radicalisées n’en radicalisent pas plus. 

  • la laïcité libérale, c’est une autre vision du rapport de la religion à l’Etat qui se caractérise par l’absence, c’est-à-dire, que l’Etat n’intervient absolument pas dans la moindre affaire religieuse. Il n’interdit pas, n’oblige pas, ne finance pas et n’exerce aucune politique publique en fonction des cultes. C’est la vision anglo-saxonne, même si elle tend à disparaitre. La conséquence de cette dernière, c’est que la question religieuse est donc souvent débattue sous d’autres formes, notamment l’immigration, comme l’on a pu le voir aux Etats-Unis.

En aucun cas, la Tunisie a réfléchi à la direction qu’elle veut prendre.

Car si cette mesure prise par Youssef Chahed tend à diriger la vision politique vers une laïcité stricte, il y a la encore beaucoup de vides à combler:

Pourquoi continuons nous d’interdire aux non-jeûneurs de déjeuner dans un café pendant le Ramadan? Pourquoi certaines lois sur les minorités sont faites à partir d’une vision religieuse? Pourquoi y a t-il encore un ministre des Affaires religieuses?

Cette loi inclut une responsabilité: Si l’Etat veut être aussi interventionniste au sujet de laïcité, il doit pouvoir étendre ses interventions à d’autres sphères que le rapport entre culte et sécurité. 

Il doit pouvoir aussi réguler le rapport entre liberté de conscience et culte.

Timing

Quelques questionnements sur le timing de cette décision: jour de signature du décret appellent les Tunisiens à voter par le président de la République mais surtout pendant la semaine où le peuple exige rapidement une Cour constitutionnelle. Cette circulaire va-t-elle être suivie d’un texte de loi parlementaire? Si c’est la cas, va-t-on de nouveau bousculer le calendrier parlementaire?

Autant de questions qui méritent d’être posées, d’autant plus qu’une telle initiative avait été présentée par plusieurs députés du bloc parlementaire “Al Horra” en 2016 à l’Assemblée des représentants du peuple avant de finir dans les tiroirs de l’ARP.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.