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28/10/2018 18h:18 CET | Actualisé 29/10/2018 11h:19 CET

Intelligence artificielle: nouvel ami ou ennemi de l’homme?

"La question du choix entre l’humain et la machine est tout sauf théorique. Et elle se pose pour un nombre croissant de secteurs d’activités".

ipopba via Getty Images

Et si un robot était capable de réaliser les tâches dont vous souhaiteriez vous exempter? Toutes ces actions répétitives, ennuyantes, sans valeur ajoutée, celles que vous faites par obligation… et s’il les faisait à votre place, avec rigueur, justesse, rapidement, partout, tout le temps, en totale autonomie et qu’il apprenait de ses propres erreurs et s’adaptait à vos préférences et habitudes? Accepteriez-vous de partager votre quotidien avec lui? Pour beaucoup, à tort ou à raison, c’est ça l’intelligence artificielle (IA). Mais connaissons-nous vraiment cette technologie qui, petit à petit, se fait une place dans nos vies?

Où en sommes-nous réellement en matière d’IA?

“HAL, ouvre la porte s’il te plaît”. À cette demande du spationaute pressé de sortir du vaisseau qu’elle administre, l’IA du film 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick oppose une résistance froide et obstinée. Non, elle n’ouvrira pas la porte. Nous sommes en 1968 quand le film sort et, déjà, alors que les ordinateurs ne sont guère plus que de puissantes machines à calculer, s’esquisse l’idée que travailler avec une machine intelligente ne soit pas une sinécure pour les humains. En l’occurrence, l’IA “HAL” mettra tout bonnement en danger la vie de l’équipage, poursuivant sa logique propre et faisant abstraction de tout ordre venu de ses partenaires de chair.

Cinquante ans plus tard, la crainte que la collaboration avec les IA puisse réserver de mauvaises surprises est toujours là. Mais elle est de nature bien plus prosaïque. Les IA de 2018 ont beau avoir atteint des niveaux de performance impressionnants, c’est moins leur autonomie de décision qui inquiète dans l’immédiat que leur capacité à accomplir des tâches jusqu’ici réservées aux seuls humains.

Une étude menée par PwC en Chine, en Allemagne, en Inde, au Royaume-Uni et aux États-Unis montre ainsi qu’une personne sur trois considère l’automatisation des tâches permises par les IA comme une menace pour l’emploi. 

Il faut dire que l’automatisation des années 2010 va bien plus loin que celle initiée dans les années 1970, sur les chaînes de montage industrielles. Il ne s’agit plus seulement de robots réalisant sans cesse les mêmes gestes, mais de machines désormais capables d’apprendre toutes seules – c’est le “machine learning” et sa variante la plus prometteuse, le “deep learning” – voire d’identifier elles-mêmes les caractéristiques qui seront utiles à leur apprentissage. Une IA n’est-elle pas la nouvelle championne du monde du jeu de go… après avoir appris ses subtilités toute seule, en quelques jours seulement? Google a également initié en mai 2017 son programme “AutoML”, pour “auto machine learning”: une intelligence artificielle conçue pour former d’autres intelligences artificielles.

Et pourtant… D’après Dominique Turcq, fondateur de l’institut Boostzone, spécialiste de la transformation des entreprises et auteur du livre “Le Management augmenté: faire face à la complexité”, “on est objectivement très loin” de l’ordinateur HAL du film de Stanley Kubrick.

3 niveaux d’interaction entre IA et humains

Il n’en reste pas moins que les IA actuelles sont susceptibles d’être extrêmement compétentes dans le domaine pour lequel elles sont programmées. 

Prenons les “chatbots” des plateformes de commerce en ligne. Ces IA sont relativement simples, sur le plan technologique. Mais leur capacité à allier reconnaissance vocale et reconnaissance de textes, ajoutée à leur capacité à extraire des informations instantanément à partir de très larges bases de données, les rend aptes à converser de manière aussi efficace, voire davantage, qu’un conseiller répondant à un client au téléphone.

Pour une entreprise s’interrogeant sur la manière d’organiser un service de relation client, et soucieuse de faire le meilleur compromis entre coût et qualité du service rendu, la question du choix entre l’humain et la machine est donc tout sauf théorique. Et cette question se pose pour un nombre croissant de secteurs d’activités.

Mais le choix n’a aucune raison d’être binaire. Il ne s’agit pas de faire avec ou sans l’humain, mais, en réalité, de déterminer quel type de relation construire entre l’humain et la machine.

Pour guider ce choix, il est utile de distinguer trois niveaux d’intelligence artificielle:

  • L’intelligence assistée qui permet aux personnes de faire mieux ce qu’elles font déjà. Une fonction que les logiciels de bureautique remplissent depuis de nombreuses années – les tableurs, en effectuant des calculs complexes à la place de l’utilisateur, n’augmentent-ils pas ses capacités de travail? Aujourd’hui, les IA vont bien plus loin: elles livrent des analyses à partir de collections de données, apprennent seules à automatiser des tâches récurrentes, optimisent des plannings, détectent automatiquement des erreurs… En résumé, elles assistent le travail humain, sans menacer l’emploi.

  • L’intelligence augmentée qui est le deuxième niveau d’IA, rend possible la création et la réalisation d’activités inenvisageables sans elles. Les plateformes collaboratives, par exemple, n’existeraient pas sans les programmes d’IA qui les sous-tendent: pas de gestion en temps réel de flottes de véhicules, d’échanges de biens ou de services en ligne entre des millions de particuliers sans de puissants algorithmes. Ce type d’IA, parce qu’il est au service de modèles économiques nouveaux en compétition avec les modèles économiques traditionnels, crée de nouvelles formes d’emploi en même temps qu’il détruit en partie les emplois liés aux anciens modèles.

  • L’intelligence autonome, enfin, désigne les machines qui peuvent agir indépendamment de l’homme. L’exemple technologiquement le plus abouti est celui des véhicules sans conducteurs, dont une quantité croissante de prototypes fonctionnels sont en cours de tests à travers le monde. Ce type d’IA n’en est en réalité qu’à ses débuts – mais tout indique qu’il va se développer de plus en plus dans les années qui viennent. Là aussi, la destruction de certains emplois peut aller de pair avec la création de nouvelles formes d’emplois. 

Une complémentarité IA-humain nécessaire  

L’IA est un outil de l’humain et ne doit jamais cesser de l’être. Ne pas l’oublier sera un grand défi de notre époque. Pour Jean-David Benassouli, associé responsable de l’activité Data & Analytics chez PwC, relativiser et ne pas se faire peur lorsqu’on parle d’IA est de mise. Il indique: “on met la barre très haut alors que l’IA ne va vraiment pas tout faire ni tout régler toute seule”.

En effet, plus les décisions seront prises par des algorithmes, plus un avis extérieur sera nécessaire. À ce jour, la technologie ne pense pas à proprement dit, elle analyse, synthétise et exécute. 

Par ailleurs, un modèle évolue sans cesse, comme un contexte. N’importe quel événement extérieur peut rendre le modèle caduque et faire prendre de mauvaises décisions si l’on ne change rien dans l’algorithme. Faire du modèle une sorte de boîte noire intouchable revient en outre à se limiter à lui. Un individu s’améliore notamment grâce aux feedbacks des autres, appliquons cela au modèle sans lui vouer une confiance aveugle, sans quoi on risque de ne plus chercher à le perfectionner.

La place de l’humain dans ce monde chaque jour un peu plus digitalisé est le vrai sujet de la question de la transformation numérique. Une chose est sûre: même si l’homme évolue beaucoup moins vite que la technologie, le progrès technologique doit se faire pour et par l’humain.