TUNISIE
01/02/2019 21h:57 CET

Instagram fait remonter le livre "Le Mur Invisible" en tête des ventes Amazon

Une chronique littéraire improvisée de l'illustratrice Diglee a déchaîné les passions pour "Le Mur Invisible" et fait sortir son auteure de l'anonymat.

Diglee via Instagram

LIVRE- L'influence au service de la culture. Depuis quelques jours, les ventes du livre "Le Mur Invisible", de Marlen Haushofer affolent les libraires et les sites de vente en ligne. Une renaissance inattendue pour son auteure, que l'on doit au conseil lecture de l'illustratrice Diglee à sa communauté d'abonnés.

Au détour des rayons livres de la Fnac de Lyon, Maureen Wingrove ("Diglee", de son nom d'artiste) a été attirée par la couverture d'un livre mentionné en "coup de cœur". Submergée à la lecture d'une page de l'ouvrage, sélectionnée au hasard, la jeune femme repart avec l'ouvrage... et ne le repose plus, quatre jours durant.

Ce livre qui la happe? "Le Mur invisible", de l'Autrichienne Marlen Haushofer. Publié en 1963, le roman est le récit de survie d'une jeune femme prise au piège d'un "mur invisible" qui s'est mystérieusement érigé dans la forêt pendant la nuit. Dans l'incapacité de le franchir, elle découvre que tout ce qui se trouve de l'autre côté est demeuré immobile, comme pétrifié. Protégée de ce mal inconnu mais prisonnière du mur -à la fois son sauveur et son bourreau-, elle se retrouve coupée de tout contact humain. Avec les animaux pour seule compagnie, elle est dès lors livrée à ses souvenirs et à ses réflexions.

Bouleversée par ce récit singulier et poétique, ode à la nature et conte philosophique, Diglee porte son coup de cœur dans sa story Instagram le 15 janvier, où elle improvise une chronique littéraire passionnée pour son imposante communauté de 46.000 abonnés. Au cours de cette lecture intense -qu'elle qualifie de "prouesse littéraire"- l'illustratrice avoue avoir pleuré deux, "presque trois", fois. "Je n'oublierai jamais ce livre" conclue-t-elle, encore émue de cette odyssée solitaire, dont elle est ressortie "totalement brisée".

J'ai dû attendre un jour avant de faire ma chronique de ce livre, tellement il m'a secouée. Je vous l'ai déjà dit en Story, mais pour celleux qui l'ont loupée,voilà ce qui s'est passé. Au cours d'une balade à la Fnac je suis tombée sur ce roman dont je ne savais rien: la couverture m'a attirée (et le fait que ce soit une autrice) et j'ai lu une page au hasard. Les larmes me sont montées immédiatement. J'ai rapidement parcouru le dos, mais je savais déjà qu'en rentrant, j'allais le lire. Résultat: quatre jours de lecture avide. Ce livre est une fine réflexion sur l'humain, sur la guerre, sur la nature, sur la solitude, sur le silence, sur les animaux... et il est si dur à décrire! Le pitch: une femme part en vacances à la forêt chez des amis. Mais un matin, un mur invisible s'est érigé dans la forêt, et tout ce qui est de l'autre côté du mur semble mort. Elle se retrouve donc seule, sans savoir ce qui s'est passé, accompagnée d'un chien qui n'est pas le sien. Commence la survie... et la liberté, aussi. • C'est indescriptible parce que le ton oscille entre tension, angoisse, et plénitude, douceur, sérénité. J'avais envie de franchir le papier et d'être avec elle dans cette clairière. Je ne pensais QU'À ÇA, nuit et jour. Le texte date de 1963 et porte les stigmates d'une époque qui craint l'arme nucléaire. La peur d'une arme nouvelle, qui détruirait le monde, palpite en filigrane. La menace plane, qui ternit la douceur d'une vie au rythme des saisons et de la lumière. • Bref: c'est une sorte de mélange entre « La Route » de Mc Carthy et « Walden, la vie dans les bois »de Thoreau... mais écrit par une femme. Et ça ajoute à la puissance du récit parce qu'en plus, ça brise les codes du genre. Pas d'homme protecteur ou de femmes faire valoir. La figure de l'ermite est revisitée. • Je sais déjà que jamais, jamais je n'oublierai cette lecture. Elle m'a meurtrie, elle m'a nourrie, elle m'a marquée au fer. Impossible d'enchaîner tout de suite, je suis encore trop remuée. . Bon sang, lisez ce livre! (Il y a aussi eu un film Allemand qui paraît-il, vaut le détour!) . . #digleelectures2019 #lemurinvisible

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Un engouement inattendu

En quête de la même expérience, nombre de curieux se sont rués dès le lendemain chez leur libraire (d'ailleurs probablement étonnés de voir un tel regain d'intérêt pour un ouvrage datant de 1963). "Jusqu'à la story de Diglee, les ventes du livre 'Le Mur Invisible' ont toujours été stables: son édition de poche, sortie en 1992, s'écoulait à hauteur de 200 à 400 exemplaires par mois", précise Actes Sud.

Une constance récemment -et rapidement- perturbée: en deux semaines, l'illustratrice annonce avoir reçu pas moins de mille messages de la part de ses abonnés (de photos du livre entre leurs mains aux retours de lecture), mais aussi de libraires, qui révèlent commander des exemplaires pour faire correspondre l'offre à la soudaine hausse de la demande.

Numéro 1 des ventes en littérature allemande sur Amazon -situation accentuée par son indisponibilité dans de nombreuses librairies- "Le Mur Invisible" s'avère également en rupture de stock chez son éditeur Actes Sud. Contactée par nos services, la maison d'édition se veut rassurante et réactive: 5.000 exemplaires sont en cours de réimpression et seront disponibles dès le 6 février. De quoi contenter les désirs de lecture non assouvis.

Une prescription d'un genre nouveau

Un engouement qui met l'amoureuse des livres particulièrement en joie, mais qui symbolise surtout la montée d'une promotion d'un nouvel ordre. "La recommandation, étape essentielle de la chaîne du livre, emprunte habituellement les canaux classiques de la télévision et de la presse écrite" explique Pauline Migeon, en charge de la communication digitale chez Actes Sud. "Mais la promotion de livres émerge rarement sur les réseaux sociaux".

De quoi souligner l'unicité du phénomène "Le Mur Invisible" qui, on peut l'espérer, ne restera pas isolé.

Nous avons toutes et tous participé à notre manière à faire revivre une femme oubliée. Et quel meilleur moyen d'être vivante que celui d'être lue par des centaines de personnes au même moment?

Le livre de cette autrice paru en 1953 connaît une nouvelle popularité depuis que la dessinatrice Diglee en a parlé dans sa story Instagram.