MAROC
12/05/2019 14h:58 CET

Instagram a-t-il révolutionné notre manière de poser?

Les poses d'aujourd'hui sont souvent les mêmes qu'hier, mais leur signification a changé.

INSTAGRAM - Accroupi, sourire timide, yeux qui regardent le sol… Sur Instagram, les mêmes poses sont adoptées par de nombreux utilisateurs, à commencer par les influenceurs. Dernièrement, la presse étrangère a donné un nom à deux de ces pratiques: le “strandid” qui consiste à prendre une mèche de cheveux dans ses doigts, et le “schmile”, lorsque la personne sourit les yeux fermés ou qui regardent vers le bas.

Est-ce que ces poses face à la caméra ont évolué avec le réseau social? Il est facile de retrouver des postures identiques sur des peintures d’il y a plusieurs siècles. “Le fait de prendre une mèche de cheveux dans ses doigts près de son visage, c’est une pose que la littérature et la peinture ont déjà proposé comme porteuse d’une certaine sensualité”, rappelle le collectif de chercheurs de l’ARIP (Association de recherche sur l’image photographique), contacté par Le HuffPost. Le groupe prend en exemple une oeuvre de Dante Gabriel Rossetti, Lady Lilith (1866-1868), où la modèle prend une mèche de cheveux dans ses doigts. Une attitude qui ressemble parfaitement à ce que l’on retrouve aujourd’hui sur Instagram.

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Ambition said : « Give it a try »

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Pour le “schmile”, le collectif de chercheurs a aussi retrouvé des similitudes dans des peintures. La Vierge adorant l’hostie (1854) de Jean-Auguste-Dominique Ingres peut facilement être qualifiée d’ancêtre à la pose puisque la Vierge sourit légèrement en ayant le regard vers le bas. “Dans le “schmile”, c’est-à-dire “shut eyes and smile” (“fermer les yeux et sourire”), il est difficile de ne pas voir, quand le sourire n’est pas trop marqué, une évocation des représentations mariales dans la tradition chrétienne moderne”, analysent les chercheurs de l’association.

Des exemples de ce type, il peut y en avoir tous les jours. Dernièrement, c’est le fait d’être accroupi qui a été adopté par de nombreux instagrameurs. La pose n’a rien de nouveau puisqu’au début des années 2000, les rappeurs abusaient de cette posture sur leurs pochettes d’albums pour se donner l’air un peu plus dur, comme le rappelle Konbini.

 

L’ARIP met cependant en garde, ces attitudes n’ont sûrement pas les mêmes significations aujourd’hui. “Un geste n’a pas de signification stable dans l’espace et dans le temps. […] Les réseaux sociaux sont le lieu de stratégies qui tiennent plus du mimétisme que de la volonté de tenir un discours articulé. Il y a donc un sens à la prolifération de ces signes, alors que le sens de ces signes peine lui-même à être formulé clairement”, concluent-ils.