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07/11/2018 14h:05 CET | Actualisé 07/11/2018 16h:13 CET

Initiative de Mohamed VI: Et si l'Algérie disait chiche!

Que faire de l’appel du roi du Maroc a un dialogue "direct et franc" ? Lui donner une chance bien sûr, même si immanquablement, de manière très pavlovienne, on aura des doutes sur sa "sincérité", voire on dénoncera une "manœuvre" venue dans un contexte algérien assez particulier

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Nous sommes en 2018 et le niveau des relations algéro-marocaines n’arrive même pas à revenir à celui d’avant 1994. Ce sont des relations franchement  “anormales” envenimées par la question du Sahara Occidental, sujet sur lequel les positions respectives ne permettent pas de compromis possible. C’est d’ailleurs un cercle vicieux dans lequel sont enfermés les deux régimes.

Il existait une voie réaliste qui consistait à laisser “l’Onu s’occuper du problème” et éviter qu’il ne devienne une entrave au développement des relations bilatérales et à une progression de l’Union Maghrébine. Cette voie réaliste n’a pas été empruntée.

Pendant de longues années, c’est Rabat qui a refusé de mettre de côté le problème du Sahara Occidental, arguant qu’il s’agissait d’une “question nationale” primordiale. Résultat, les relations bilatérales et l’UMA n’ont pas avancé d’un iota. Or, moins les relations bilatérales sont denses- pour ne pas dire hostiles -et plus on a tendance à s’enfermer dans des positions intransigeantes. Il y avait des pistes de solutions imaginables qui auraient pu être mise en œuvre si les deux pays avaient des relations consistantes. Avec des frontières fermées, on est loin de la construction d’un “commun” qui aurait pu inciter à faire dans l’imagination.

Ensuite, après des années de verrouillage marocain, ce fut au tour de l’Algérie de refuser la séparation du “sujet”  Sahara du reste des dossiers au nom de la nécessité de mettre à plat toutes les questions.

Finalement, Rabat et Alger arrivent à s’entendre sur une méthode sauf que cela ne se passe jamais au même moment. C’est dans cette partie de cache-cache interminable que l’idée maghrébine, actée il y a  60 ans - la conférence organisée de Tanger s’est déroulée du 27 au 30 avril 1958 - s’est étiolée.

 

La crispation de 1994

Pire,  plus aucun dialogue sérieux n’a été engagé,  après la grande crispation de 1994, année où l’ancien ministre de l’intérieur marocain, Driss Basri, a accusé, à tort, les services algériens d’être derrière un attentat à Marrakech. Avec pour conséquence l’instauration du visa par Rabat et une réplique en escalade par Alger qui a décidé d’appliquer la réciprocité et de surenchérir en fermant les frontières terrestres. 

Nous sommes aujourd’hui encore dans cette crispation, les relations entre les deux pays ne sont même plus revenues à ce qu’elles étaient avant. 1994, c’est pour reprendre un terme de football, la “mort subite” de l’UMA. 

La seule tentative, vite avortée, est venue, dans l’euphorie de la révolution tunisienne du président tunisien Moncef Marzouki qui a essayé de redonner vie à une idée vivace chez les populations mais peu populaire chez les dirigeants. Marzouki, issu du combat des droits de l’homme, a vite redécouvert que les Etats sont des facteurs bloquants et qu’ils ne sont même pas dans une approche pragmatique.

Défendre les cinq libertés – celles qui permettent aux maghrébins de circuler, de résider, de travailler, d’investir et de voter aux élections municipales- était tout simplement “révolutionnaire”. On mesure pourtant les synergies que cela aurait pu créer au Maghreb si ces libertés, simples, avaient été mises en œuvre depuis vingt ans ou plus. Sortir le Maghreb de l’année zéro, n’est pas une mince affaire.

Quand Mohamed VI lance sa “nouvelle initiative” - elle n’est pas nouvelle en soi, c’est une idée récurrente qui, on l’a dit, n’est jamais défendue au même moment par Alger et Rabat -on peut supposer plein de choses. Que c’est un exercice de communication -c’en est un indéniablement- qui permet de montrer qu’il a de “l’initiative” mais que c’est à Alger que l’on freine. C’est facile. La situation en Algérie ne permet pas actuellement “sauf improbable miracle” de s’engager dans un processus qui contraint de sortir de la routine confortable dans laquelle on est installé depuis des années.

 

Aller au-delà du cheveu de Mouaouiya

Certains soulèveront – qui peut le leur reprocher même si cela relève d’un réflexe pavlovien ? – la question de la “sincérité” de Mohamed VI ou non. Mais dans les affaires d’Etat, la “sincérité” n’est pas un élément primordial.  On peut répondre positivement à une initiative -cela n’engage à rien- pour en explorer la faisabilité.  Et puisqu’il s’agit de “communication”, ce serait ne pas en faire que de rejeter sans discussion la proposition. 

Régulièrement, à chaque fête nationale, les chefs d’Etat marocain et algérien s’envoient des messages pleins de fraternités et de vœux. C’est la routine diplomatique devenue le fameux cheveu de Mouaouiya qu’il s’agit de maintenir. Mais c’est d’un minimalisme affligeant.  On peut être des défenseurs acharnés du droit à l’autodétermination du peuple Sahraoui et ne pas considérer comme “normale” la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc.

Les “intentions” de Mohamed VI ne sont pas les plus importantes, ni ses gains médiatiques éventuels. L’Algérie serait plus avisée si elle disait “chiche”, allons-y. Peut-elle le faire ? Espérons-le.