TUNISIE
15/03/2019 12h:19 CET | Actualisé 15/03/2019 13h:04 CET

Indignation après l'interdiction de diffusion de deux émissions sur la mort des nouveau-nés à Tunis

La diffusion porterait préjudice à l'enquête selon la Justice.

Facebook / Hamza Belloumi

POLÉMIQUE - Le juge d’instruction du dixième bureau du tribunal de première instance de Tunis a rendu jeudi deux décisions interdisant l’émission télévisée “les quatre vérités” sur la chaîne privée Elhiwar Ettounsi portant sur la mort de plusieurs nouveau-nés dans une maternité à Tunis, et la rediffusion du programme “50-50″ de la chaîne privée Carthage+ sur la même affaire.

Les décisions d’interdiction de diffusion sont motivées par le fait que le traitement médiatique dans l’instruction en cours dans cette affaire sans autorisation préalable aurait pour effet de nuire à l’intégrité de l’investigation, enfreint aux principes de la confidentialité de l’enquête pénale, constituerait une ingérence dans le cours de la justice, et serait contraire aux dispositions de l’article 109 de la Constitution qui interdit toute ingérence dans la justice.

 

Le SNJT dénonce une atteinte à la liberté de la presse

Pour sa part, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) s’est déclaré “choqué” par la décision de suspendre une partie du programme des “quatre vérités” par le juge d’instruction. Il a estimé que cela constituait “un dangereux précédent qui compromettrait les acquis de la liberté d’expression et de la presse après la révolution et présage du retour de la tyrannie, de la mise au pas et de l’instrumentalisation de la justice au service du pouvoir exécutif”.

Le SNJT affirme que “la décision était une violation explicite de la Constitution de 2014 qui stipule dans son chapitre 31 que “la liberté d’opinion, d’expression, de média et de publication est garantie et qu’on ne peut pas exercer un contrôle préalable sur ces libertés”.

Le syndicat a indiqué que l’interdiction de la rediffusion de l’émission 50/50 sur Carthage +, “n’était qu’une couverture d’une décision politique visant à empêcher le débat sur une affaire d’opinion publique que l’autorité cherchait à masquer, à en contrôler les détails et à empêcher les médias de s’acquitter de leur rôle d’enquête et de supervision, ce qui renforce les soupçons sur les causes réelles du drame de la mort des nourrissons”.

 

Le syndicat a appelé tous les journalistes et les institutions médiatiques ”à ne pas se soumettre aux tentatives visant à mettre au pas les médias et à les ramener à la tyrannie afin de pouvoir jouer leur rôle naturel en éclairant l’opinion publique”, exigeant de toutes les composantes de l’autorité judiciaire ”à se conformer à la loi avec neutralité et indépendance et à ne se soumettre à aucun dictat qui affaiblirait la confiance des citoyens aspirant à une justice indépendante qui œuvre à la défense des droits et des libertés, au premier rang desquels la liberté d’expression et de la presse”.

Le ministère public s’est engagé à enquêter sur un certain nombre d’affaires portant sur la mort d’un groupe de nourrissons dans des circonstances mystérieuses et suspectes à la suite de leur admission au service de réanimation du Centre d’obstétrique et de gynécologie de Tunis du 6 au 8 mars, rappelle-t-on.

Le centre de maternité de l’hôpital Rabta a enregistré jeudi 7 et vendredi 8 mars 11 décès parmi les nouveau-nés, avant que le nombre de morts atteigne 12, selon le ministère de la Santé qui a aussitôt ordonné l’ouverture d’une enquête.

Le présentateur de l’émission ”étonné” par cette décision

De son côté, le présentateur de l’émission “Les quatre vérités”, Hamza Belloumi, qui a annoncé la nouvelle sur sa page Facebook, a exprimé son étonnement de la décision du juge d’instruction, ajoutant que “l’affaire est loin d’être finie...”.

Belloumi explique au début de l’émission diffusée hier, que son enquête n’a jamais enfreint le secret de l’instruction, mais que, dit-il, “les informations avaient été recueillies d’une manière purement journalistique.”

Invité dans l’émission de Tounes Al Yawm, Belloumi explique qu’il a reçu la décision d’interdiction seulement deux heures avant la diffusion, ce qui ne lui a pas donné le temps de contester la décision auprès de la justice.

“Je considère que de telles décisions représentent une menace à la liberté d’expression.” a-t-il encore ajouté.

“Tout le monde a parlé de cette affaire, tous les médias en ont parlé, mais lorsqu’il a été question de l’émission Les 4 Vérités, on a brandit l’entrave à l’enquête.” déplore-t-il

Le syndicat général de l’information dénonce ...

Le syndicat général de l’information relevant de l’UGTT, a également dénoncé la décision du juge d’instruction.

Dans un communiqué rendu public, celui-ci estime que l’ingérence de la Justice dans la publication de l’information et l’interdiction de la diffusion de reportages télévisés ne font que confirmer la mise au pas de la liberté de l’information.

”La justice doit se défaire de ces pratiques. La décision du juge d’instruction touche au principe essentiel de la liberté de l’information et constitue un grave précédant dans la Tunisie post-révolution (...) ” lit-on dans le texte du communiqué.

Le syndicat appelle, dans ce sens, les structures de la profession et ceux de la Justice à ouvrir un dialogue sérieux consacrant aussi bien la liberté des médias que l’indépendance de la Justice en tant que deux piliers de la réussite de la révolution tunisienne, loin de toute instrumentalisation.

”Cette mesure n’est rien d’autre qu’un black-out médiatique que nous refusons et qui porte préjudice à l’indépendance de la Justice et à l’essence même du processus démocratique ”, estime le syndicat.

Le syndicat général de l’information a appelé tous les journalistes à défendre leur droit à une presse libre loin de toute censure, pression et instrumentalisation surtout à l’approche des échéances électorale, mettant en garde les tentatives de certains d’utiliser les médias pour servir leurs propres agendas.

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