MAROC
27/08/2019 16h:04 CET

Incendies de l'Amazonie: Pourquoi les feux de forêt en Afrique subsaharienne n'ont rien à voir

Certes, le deuxième "poumon vert" de la planète se trouve dans cette zone. Mais la nature et les causes des incendies diffèrent totalement de ceux de la forêt amazonienne.

INTERNATIONAL - “La forêt brûle également en Afrique subsaharienne”. Alors que les incendies en Amazonie se sont invités au G7, Emmanuel Macron a aussi fait part de son inquiétude sur des feux sur le continent africain ce lundi 26 août. Sauf que comme l’expliquent les spécialistes, les deux situations ne sont pas vraiment comparables.

Avant le tweet du président de la République, c’est une carte de la Nasa abondamment relayée ces derniers jours qui a provoqué de nombreuses réactions. Elle montre en rouge incandescent la zone des départs de feu qui prennent le coeur du continent en écharpe, du Gabon à l’Angola, de l’Atlantique à l’Océan indien. Des internautes se sont alors indignés du fait que cette situation passait complètement inaperçue, contrairement aux incendies de la forêt amazonienne.

NASA

“Nous sommes en train d’examiner la possibilité de lancer (en Afrique subsaharienne, ndlr) une initiative similaire à celle que nous venons d’annoncer pour l’Amazonie”, a pour sa part tweeté le président français Emmanuel Macron, alors que les pays du G7 veulent débloquer d’urgence 20 millions de dollarspour envoyer des avions bombardiers d’eau lutter contre les incendies de forêts en Amérique du Sud.

L’inquiétude du président français est légitime. La forêt du bassin du Congo est communément comparée au “deuxième poumon vert” de la planète, après l’Amazonie. Elle couvre une superficie d’environ 2 millions de km2 sur plusieurs pays, dont une moitié en RDC, et le reste dans les pays voisins, au Gabon, au Cameroun et en Centrafrique. Comme l’Amazonie, les forêts du bassin du fleuve Congo absorbent des tonnes de CO2 dans leurs arbres et  tourbières. Elles sont des sanctuaires d’espèces en voie de disparition (éléphants des forêts, grands singes...).

Mais alors que la préservation des forêts s’est imposée comme un sujet majeur ces derniers jours, les scientifiques appellent à la prudence.

Des incendies aux causes différentes

Tout d’abord, les feux observés en Afrique sur les cartes de la Nasa ne sont pas dans la zone de la forêt du Congo, “mais plutôt en Angola, en Zambie etc”, relève Guillaume Lescuyer, spécialiste de l’Afrique centrale au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

Ensuite, la nature et les causes de ces incendies diffèrent de ceux en Amazonie. Ces feux sont ordinaires en cette fin de saison sèche, a indiqué le ministère angolais de l’Environnement: “Il se trouve qu’à cette époque de l’année, dans plusieurs régions de notre pays, il y a des incendies provoqués par les agriculteurs en phase de préparation des terres, en raison de la proximité de la saison des pluies”. Dans un communiqué, l’Angola s’est ensuite agacé des comparaisons hâtives avec le Brésil, “qui peuvent conduire à une dramatisation de la situation, et une désinformation des esprits les plus imprudents”. 

“La forêt brûle en Afrique mais pas pour les mêmes causes”, détaille Tosi Mpanu Mpanu, ambassadeur et négociateur climat pour la RDC aux conférences climat des Nations unies. “En Amazonie, la forêt brûle essentiellement à cause de la sécheresse et du changement climatique. Mais en Afrique centrale, c’est essentiellement dû aux techniques agricoles”, poursuit-il.

Une déforestation bien réelle malgré tout

Pratique millénaire et artisanale, aux antipodes des cultures intensives de soja au Brésil, l’agriculture itinérante sur brûlis est la première cause de la déforestation.

 En RDC, où seulement 9% de la population a accès à l’électricité, les communautés villageoises n’ont que le bois pour faire bouillir la marmite. “Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100”, s’est inquiété la semaine dernière le président congolais Félix Tshisekedi.

Aux risques d’incendies, s’ajoutent la déforestation qui menace les essences (Okoumé du Gabon, Afrormosia de la RDC...) et l’exploitation des ressources naturelles (pétrole et mines).

“On estime que le couvert forestier de la RDC est passé de 67% à 54% du territoire entre 2003 et 2018. La déforestation est réelle”, reprend Tosi Mpanu Mpanu, “monsieur climat” de la RDC aux réunions annuelles des COP. “La RDC a pris un engagement international de stabiliser son couvert forestier à 63,5% de son territoire (2,3 millions de km2 au total). Et l’on est en train de perdre ce combat-là”, regrette-t-il.

Les pays ont mis en œuvre des politiques de préservation de l’environnement. Le Gabon affirme que ses 13 parcs nationaux préservent 11% de son territoire.

La RDC a officiellement décrété un moratoire sur l’octroi de nouvelles concessions forestières aux industriels du bois. “Mais le code forestier permet la coupe artisanale. Il y a beaucoup d’opérateurs, les Chinois pour ne pas les citer, qui donnent de l’argent pour pouvoir utiliser le permis de coupe des communautés villageoises”, déplore le négociateur climat pour la RDC.

“Nous devons protéger ces forêts qui sont encore largement intactes, et arrêter la dégradation de la forêt équatoriale pour des raisons industrielles ou démographiques”, résume le chargé des campagnes de Greenpeace en Afrique centrale, Philippe Verbelen.

Cet article a initialement été publié sur le HuffPost France.