ALGÉRIE
16/09/2019 10h:10 CET

Incarcération de 24 manifestants: les avocats se retirent pour ne pas “cautionner l’arbitraire”

Placement en mandat de dépôt de 24 manifestants, dimanche, par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’Hamed.

Réseau de lutte contre la répression/FB
Rassemblement au tribunal Sidi M'Hamed en solidarité avec les détenus d'opinion

A la suite du placement en mandat de dépôt de 24 manifestants, dimanche, par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’Hamed, les avocats ont annoncé, dans un communiqué, qu’ils se retirent pour ne pas “cautionner des pratiques arbitraires”.

Le communiqué du collectif des avocats souligne que le pays vit depuis 7 mois un Hirak populaire où le comportement des citoyens a été marqué par “le pacifisme, la civilité et la cohésion entre les différentes composantes de la société”. 

A l’opposé, notent les avocats, l’attitude du pouvoir a été marquée par l’utilisation de l’arsenal de “la répression et de l’instrumentalisation des institutions, dont celle de la justice dont le rôle constitutionnel est de défendre les droits et les libertés et de garantir à chacun et à tous la jouissance de leur droits et de leur liberté en toute indépendance, neutralité et équité”.

 

Réseau de lutte contre la répression/fb
Communiqué des avocats

 

Le collectif des avocats souligne que la tendance répressive “s’est aggravée notamment dans les affaires des détentions d’opinion du hirak du vendredi 30 , au nombre de 24 qui ont été présentés aujourd’hui (dimanche, ndlr) au niveau de tribunal de Sidi M’hamed...”. Ils sont poursuivis pour “incitation et atteinte à la sécurité et à l’unité du pays, slogans et banderoles de nature à porter atteinte à l’intérêt national conformément aux articles 79 et 96 du code pénal. “

Le retrait, seul recours face à l’arbitraire

Les avocats qui sont des partenaires essentiels du fonctionnement de l’institution judiciaire ont décidé de se retirer pour ne pas cautionner ce qu’ils considèrent comme une grave dérive. Le collectif de la défense” du fait qu’il est un partenaire essentiel et constitutionnel et en conformité avec la noble mission d’avocat, et après avoir constaté une série de dépassements et de violations, informe l’opinion publique qu’il ne peut cautionner ces pratiques arbitraires qu’il dénonce avec vigueur et annonce son retrait pour exprimer son profond rejet”.

L’article 79 du code pénal prévoit pour “l’atteinte à l‘intégrité du territoire national” une peine de un à 10 ans de prison. L’article qui se rapporte à la diffusion de “ tracts, bulletins et papillons de nature à nuire à l‘intérêt national” prévoit des peines de 6 mois à trois ans de prison. Dans le cas ou ces tracts sont “d’origine ou d’inspiration étrangère”, la peine peut aller jusqu’à 5 ans de prison.

Le recours à ces dispositions pour poursuivre les manifestants du hirak dont le comportement pacifique suscite l’admiration générale et qui ont constamment rejeté toute ingérence étrangère est si excessif que les avocats n’ont plus eu de recours que de se retirer pour ne pas participer à ce qu’ils considèrent comme des dépassements et des violations.