TUNISIE
03/06/2019 17h:29 CET | Actualisé 03/06/2019 17h:37 CET

Imed Alibi: Retour sur une carrière sans frontières

Une mixture ethnique, mélodique.

Federico Drigo

“Il n’y a pas de frontières dans la musique et l’écoute”, ces mots de Imed Alibi traduisent à la perfection sa vision pour son Art et l’ouverture de sa musique sur les genres différents qu’il interprète. Des mots qui content son chemin, sa musique et sa personne. Car c’est aussi par l’engagement qu’il manifeste pour des questions humanistes, qui touchent le monde entier, qu’on le reconnaît. “L’engagement, oui. Mais pas dans le sens qu’on utilise de nos jours, où les clichés s’emmêlent. L’engagement est un travail de tous les jours”, souligne-t-il au HuffPost Tunisie.

Directeur artistique de la 6e édition des Journées Musicales de Carthage (JMC), prévue du 11 au 18 octobre 2019, Imed Alibi est aussi le premier artiste tunisien à avoir été sélectionné à la troisième édition du Marché des arts performatifs de l’Atlantique Sud (MAPAS), où il se produira, mais assistera également à des réunions d’affaires avec des programmateurs du monde entier, et ce du 10 au 14 juillet, sur l’île de Tenerife.

À noter que l’appel à projet pour la compétition officielle des JMC se poursuit jusqu’au 15 juin.

Frigya, de l’électro-percussions

Son dernier né, l’album Frigya, un projet sur lequel Imed Alibi collabore avec Khalil Hentati et Michel Marre. “Je n’aime pas le mot ‘projet’, mais c’est la connotation moderne d’un groupe musical”, souligne-t-il, “Mes projets sont toujours basés sur des percussions, avec un mélange par dessus”.

Cette fois, sur les percussions berbères et arabesques de Imed Alibi, Khalil Hentati apporte ses beats électroniques, une touche de technologie. Michel Marre, sa trompette, une touche de douceur. Ensemble, ils font Frigya: des sons modernes, rythmés, mélodieux, qui racontent leurs idées et récitent leur passion.

Là où tout a commencé

En 2001, Imed Alibi atterrit en France, pour suivre des études de Lettres. “Je faisais déjà les percussions avant, mais c’est là que j’ai commencé à jouer avec des groupes de musique, en découvrant et explorant différents genres musicaux: tzigane, flamenco…”, retrace-t-il.

Quelque temps après, Imed Alibi fait déjà partie du groupe Les Boukakes, un groupe de rock oriental connu en France, qui joue un mélange de musique Rock et Rai. Les tournées s’enchaînent, le groupe est sélectionné au Printemps de Bourges et est nominé aux BBC music Awards. Ce sont les premières lueurs de son succès.

Il collabore ensuite, pendant plusieurs années, avec la Tunisienne Emel Mathlouthi, sur son album “Kelmti Horra”.

En 2013, le temps est venu pour lui de travailler sur son premier album. Il commence à l’enregistrer et en 2015, il sort le projet Safar. Safar qui signifie ‘voyage’, porte bien son nom et nous rend captifs de ces sons venus de différents horizons, où les cultures s’entrelacent, tout en musicalité.

Un album produit par le label IRL Records (Independent Records in London). Une équipe de production qui renferme notamment Justin Adams -guitariste de Robert Plant. On retrouve Zied Zouari au violon et Stéphane Puech au clavier.

Amandine Lesage

 

Il collabore en 2016 sur le film “No lands song”, de Hayet Janefi, autour de chants de femmes, en Iran, sorti en 2016. Il joue notamment en Inde, avec Indian Rajasthani band.

Imed Alibi aura touché au gypsy, au rock, au jazz, au flamenco... Toujours ouvert aux collaborations, on le voit jouer tant avec des Turcs, des Iraniens, des Brésiliens, des Marocains, des Algériens… “Une musique du monde”, résume-t-il.

“Le mélange de genres, c’est quelque chose de sincère… Les collaborations viennent naturellement, ça peut sortir d’un jam, d’une simple rencontre…”, explique-t-il.

Parallèlement à ses performances, Imed Alibi développe sa carrière dans le conseil artistique, la direction artistique des festivals et le coaching.

L’engagement au quotidien

“Je ne fais pas de la musique engagée dans le sens utilisé aujourd’hui. L’engagement, c’est un travail de tous les jours, c’est un rituel”, raconte-t-il.

Par là, il désigne “la recherche musicale, l’éthique musicale, le respect des cultures, le respect de l’autre, le respect du travail… L’engagement est plus dans le respect de l’Art, du travail, du mélange, de l’interculturalité”.

L’interculturalité, c’est un thème qu’il aborde beaucoup. “La culture, l’Art et la musique en particulier sont liés aux problématiques qui touchent l’humanité d‘une manière générale”, note-t-il. 

Comme il le dit, il ne suffit pas de choisir des titres de chansons spécifiques ou de lire un discours avant de jouer. “Ce n’est pas suffisant. Il ne faut pas tomber dans ces clichés”.

“Avant les tournées, quand on a le temps suffisant pour le faire, nous prenons un moment pour travailler avec des enfants, dans des camps de réfugiés ou dans des écoles, où on explore des sujets qui les touchent”, illustre-t-il.

“Notre combat tous les jours, c’est aussi de nous sortir des cadres, des clichés, que ce soit en Europe ou en Tunisie et partout dans le monde”.

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