TUNISIE
12/04/2019 14h:46 CET

Ils ont enflammé Jazz à Carthage - Bumcello: "On est deux, mais on a l'impression d'être un orchestre" (INTERVIEW)

"Un peu bizarre, un peu étrange..."

Marwen Ben Cheikh

Cette année, ce n’est pas que du jazz, ce n’est pas qu’à Carthage. Le festival Jazz à Carthage se répand et s’est installé, le temps de deux soirées, à l’Institut Français de Tunisie (IFT), pour accueillir tout d’abord le duo français Bumcello, pour une session Trip Hop, mais aussi le groupe Djam, pour une soirée Gnawa, venu directement d’Algérie.

Le HuffPost Tunisie s’est entretenu avec le duo Bumcello, composé de Cyril Atef et Vincent Ségal, formé en 1999, pour en savoir plus sur leurs influences et leur musique.

Il en ressort des personnages singuliers, au talent particulier, autant que leur musique, qui a fait danser le public pendant toute la soirée.

Cyril Atef fait son entrée, déguisé, un accessoire cachant son visage, les pieds nus sur les pédales. Vincent Ségal, un look vestimentaire plutôt posé, qui ne se reflète pas dans son attitude, plutôt enjouée.

Ensemble, à deux, ils passent de la soul au funk, de l’électro au reggae, du rock à la pop... Insaisissables et saisissants. Ils ont opéré leur magie sur la scène de l’IFT. Ils improvisent, ils interagissent, entre eux et avec le public, qu’ils invitent dans leur monde pluriel.

Et non sans humour, non sans nostalgie, ils évoquent leur musique.

HuffPost Tunisie : Dans quel genre musical vous répertorierez-vous?

 

Cyril Atef (C.A.) : En un mot, inclassable! 

Vincent Ségal (V.S.) : Exactement! Quand j’étais jeune, j’aimais les musiciens, classiques, de jazz ou de blues, qui avaient beaucoup de répertoires. J’aimais bien les voir après les concerts, dans les loges, rejouer encore et encore, des choses très différentes.

Aussi, à l’époque, quand j’allais aux fêtes, la plupart des copains et copines remettaient toujours les mêmes morceaux. Ils dansaient toujours sur les mêmes chansons. Et quand je ramenais mes disques de Hip Hop, comme Grandmaster Flash, les gens arrêtaient de danser (rires).

Nous mélangeons vraiment les influences, et c’est ce qui est drôle. Pour moi, la musique, c’est comme la cuisine, je n’aime pas manger tous les jours la même chose, ou alors, il faut que ce soit vraiment bon.

la musique, c'est comme la cuisineVincent Ségal

Si c’était propre, les gens danseraient moins, je pense. Il faut que ce soit un peu bizarre, un peu étrange...

D’un autre côté, il faut aussi qu’il y ait certaines personnes qui fuient.
Je comprends parfaitement quand quelqu’un n’aime pas notre musique. J’aurais pu être comme ça aussi, et préférer de la musique reposante.

On a l’impression, en écoutant, que vous êtes plusieurs musiciens sur scène. Comment vous vous définissez?   

C.A. : On est mélangés. Toutes les musiques qu’on écoute, on essaye de les recréer, de les recycler... On est comme un DJ géant, qui passe tous les styles.

Ayda Labassi
 

V.S. : On invente aussi, on improvise. Ce que je n’aime pas, généralement, avec les loops, c’est quand c’est déjà prévu à l’avance, ça fait très rangé. Je préfère quand c’est “dans l’instant”, parce que ça demande une certaine virtuosité, il faut créer en même temps.

Cyril, par exemple, joue la batterie. Il n’y a pas d’ordinateur, pas de séquenceur... le tempo n’est donc pas automatique. Je suis alors obligé de faire attention, de bien ‘escaler’.

C’est aussi comme si on était un DJ, qui décide de garder un break.

En même temps, c’est l’idée du Hip Hop, depuis les années 80, de garder un passage d’une musique blues par exemple, où le batteur joue un certain rythme. 

Et encore, quelques fois, on aime que ce soit un peu acide, ça donne envie de danser. 

C’est ça la culture de Bumcello. Et c’est bien, parce que les jeunes aujourd’hui redécouvrent et aiment les musiques des années 80.

On remarque justement le travail du son (les effets, le finger play, les delays, la déformation du son...). Qu’est-ce qui fait cette richesse?

V.S. : Certains effets viennent du dub, d’autres de la musique contemporaine. Il y a aussi certains guitaristes qui détruisaient le son de leur guitare. 

On est deux, mais on a l’impression qu’on est un orchestre.Vincent Ségal

C’est un puit sans fond. j’adore les delays; les “freeze”. Et ce sont des effets que je fais avec quelques instruments, qui ne sont pas chers, que j’ai depuis 20 ans.

Pour mon violoncelle acoustique, j’en joue toute l’année, et j’aime beaucoup en jouer. Mais j’ai travaillé durant plusieurs années, pour avoir un son correct, mais surtout, pour avoir une diversité du son.

Quand j’en joue, c’est comme un autre instrument, comme un personnage de théâtre. Je ne cherche pas à avoir forcément le son du violoncelle, mais parfois d’une guitare électrique, parfois d’un clavier, d’autres fois d’une basse... C’est comme une scie musicale. 

 
 
 

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