TUNISIE
07/06/2018 19h:36 CET

Il y a 10 ans, la mort du "Jules Ferry tunisien” Mohamed Charfi. Retour sur son parcours

Retour sur le parcours de Mohamed Charfi

Décédé le 6 juin 2008 à l’âge de 72 ans, Mohamed Charfi était un intellectuel et un homme politique tunisien. 10 ans après sa mort, c’est l’occasion de revenir sur le parcours d’un homme loué pour son courage, son éloquence, mais aussi son intégrité à une époque où il était dangereux de l’être.  

Issu d’une famille pieuse, conservatrice, de Sfax, Charfi a fait ses études à la Faculté de droit de Paris. C’est là-bas qu’il s’initie au militantisme de gauche, au sein de l’Union générale des étudiants de Tunisie, puis en posant les jalons du mouvement d’extrême gauche “Perspectives”. À cette époque, la pouvoir faisait la chasse aux militants du mouvement, beaucoup d’entre-eux ont été torturés et emprisonnés. Parmi eux Mohamed Charfi qui avait écopé d’un an de prison. 

Mohamed Charfi était privé de sa liberté, mais pas de celle de penser et d’aller à contre-courant des ses camarades, bernés par le maoïsme. 

À sa sortie de prison, il reprend ses études de droit. Il devient par la suite assistant, puis professeur à la faculté de droit de Tunis et à la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis où il est nommé professeur émérite.

 

“L’islam est d’abord une religion, non une politique, une question de conscience et non d’appartenance, un acte de foi et non de force”Mohamed Charfi

 

Il n’abandonne pourtant pas le militantisme mais choisit de le faire autrement, à la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme plus précisément. Il devient vice-président de la Ligue en 1982, puis son président en 1989. La Ligue était alors l’un des bastions de la défense des droits humains et de la démocratie.

À cette époque, Zine El Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 2 ans, lançait des esquisses d’ouverture à la société civile. Le président Ben Ali offre à Charfi le poste de ministre de l’Éducation nationale.

Surnommé le “Jules Ferry tunisien”, Charfi avait entrepris des réformes modernistes de l’éducation en s’acheminant vers la séparation entre l’enseignement religieux de l’enseignement civil. Il était devenu la cible des islamistes. 

Ses divergences avec le régime l’ont poussé à la sortie de la vie politique en 1994 mais sa bataille est ailleurs; et elle a continué sur le champ des idées. 

Auteur de “Islam et liberté : le malentendu historique” ou encore “Mon combat pour les Lumières”, Mohamed Charfi s’est consacré à décortiquer les frictions qui rongent le monde musulman, et qui envahissent la sphère publique et privée. 

Dans la lignée des réformistes musulmans, il propose des pistes de conciliations entre l’islam, la modernité et la liberté. “L’islam est d’abord une religion, non une politique, une question de conscience et non d’appartenance, un acte de foi et non de force”, écrit-il. 

Pour Charfi, les islamistes ont deux phobies; l’occident et la femme, et ils sont bornés dans une lecture biaisée de leur histoire: “Pour les islamistes, ce n’est pas Dieu qu’il faut adorer, mais une certaine “histoire”...une histoire déformée et idéalisée à l’extreme...l’histoire de l’islam est celle d’une épopée manichéenne...Cette lutte des forces du bien contre les forces du mal n’a jamais cessé”, explique-t-il. 

Son éloignement du pouvoir n’a pas signé sa rupture avec la chose politique. En 2001, il publie “Manifeste de la République”.  Signé par une centaine de personnalités de la société civile, le manifeste dénonçait le projet de réforme constitutionnelle visant la prolongation de la durée des mandats présidentiels. 

Mariée à Faouzia Charfi, une physicienne et intellectuelle tunisienne, c’est elle qui reprend le flambeau pour une Tunisie démocratique, débarrassée des germes de la décadence. 

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