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23/04/2019 18h:10 CET | Actualisé 23/04/2019 18h:10 CET

Il est urgent de "juger" les lois et règlements économiques qui handicapent l’Algérie

Zohra Bensemra / Reuters

L’actualité judiciaire appuyée par une communication politique laisse entendre que la lutte contre la corruption est déjà une réalité et qu’elle s’exerce à travers les auditions dans les locaux de la gendarmerie et les mises en accusation du tribunal de Sidi M’Hamed de personnalités des mondes politique et entrepreneurial.

Elle suggère qu’elles font écho aux revendications du mouvement populaire. Elles interviennent dans tous les cas après l’annonce par le Chef d’Etat-major de l’Armée de l’ouverture des dossiers de corruption. Pêle-mêle, sont jetés en pâture des personnalités et entrepreneurs du régime Bouteflika et un entrepreneur qui symbolise jusqu’ici les entraves à la liberté d’investir tant il a subi les interdits et les coups bas contre ses projets industriels. L’incarcération de l’industriel Rebrab sème le doute sur l’orientation de l’opération judiciaire.

Les griefs avancés : transfert de devises et surfacturation sont des catégories à rapporter aux performances réalisées dans la création de richesse et d’emplois. La reconnaissance de la rigidité des lois et règlements a souvent conduit les autorités à lâcher du lest par souci d’efficacité économique.

Combien d’unités industrielles seraient en état de marche sans le marché parallèle des devises ? Il est à craindre que la logique économique fasse les frais d’un juridisme zélé et intéressé. La rapidité avec laquelle est enclenchée cette opération “mains propres” porte un coup à l’impartialité de la justice. Elle apparait répondre non pas à un souci de justice mais à des impératifs politiques : Convaincre les manifestants des Vendredis de la prise en charge d’une de leur revendication et redorer le blason des autorités en place. Dans le même temps, la revendication principale des manifestants est mise en sourdine.

La date de la Présidentielle est toujours fixée à une échéance rapprochée ; une “conférence nationale” est tentée et avortée. Rien n’indique qu’une autorité de transition représentative de la Société civile sera mise en place pour créer le cadre politique propice à une préparation sérieuse et démocratique de cette Présidentielle. Par delà la manœuvre politique et les risques sérieux de violations de la présomption d’innocence et des droits de la défense, l’opération est sujette à caution parce qu’elle recourt au sensationnel et au superficiel alors que la question principale est d’ordre économique.

Quels sont les lois, les règlements et les pratiques du pouvoir qu’il est urgent d’abolir pour permettre à notre économie de se relancer. Cela devrait être déjà la tâche de l’Autorité de transition que réclament les manifestants des Vendredis. Il est reconnu que la situation économique et financière du pays est difficile et que les citoyens risquent de connaître des lendemains pénibles. Alors, la priorité est de se consacrer à la levée des entraves administratives aux activités économiques.

Ce qui n’empêche pas la justice d’instruire les dossiers entre ses mains dans la sérénité, sans précipitation et avec le respect des droits. Cette priorité se justifie par une approche avant tout économique de ces problèmes. Ce qui n’est pas dans la compétence de l’appareil judiciaire. Quels sont les impacts économiques et financiers du blocage des investissements privés nationaux et étrangers sur le pays ? Quelles sont les conséquences des mesures dites de “protection de la production nationale” sur le pouvoir d’achat des citoyens ? Combien coûte au trésor public le maintien ou le choix d’activités industrielles déficitaires et couteuses ? Le niveau de vie des appareils de l’Etat est-il conforme au niveau de nos revenus ? Quelles sont les incitations à mettre en place pour favoriser la production et la satisfaction des millions de consommateurs ?

Les questions sont nombreuses. Elles appellent à une réorientation de la politique économique.

L’hyper-étatisme qui s’est établi dans la vie du pays au détriment des initiatives de la Société civile est la cause principale de la corruption qui s’est généralisée. Les pouvoirs étendus des appareils de l’Etat et des Administrations ont ouvert la voie à la multiplication des autorisations bureaucratiques qui s’obtiennent par la proximité avec le pouvoir ou par la corruption.

Le favoritisme instauré dans l’octroi des licences, des autorisations et des crédits impacte considérablement le marché dominé ainsi par des opérateurs économiques « protégés » et donc non soumis à une concurrence qui laisserait s’exprimer librement les choix des consommateurs. Comme l’a justement montré un contributeur dans la presse nationale (Naceur Bourenane dans TSA du 26 Mars 2019), “Populisme, autoritarisme et souverainisme économique auront été le triptyque autour duquel s’est structurée la gouvernance économique et financière de l’Algérie”. Il est temps de s’attaquer aux racines du mal. L’économie comme tous les domaines d’activité a besoin de liberté.

Il est temps de lever tous les empiétements au droit de propriété des citoyens algériens. Les pouvoirs que s’octroient les institutions sont abusifs et attentatoires à ce droit. L’investissement doit être libéré, les autorisations administratives limitées.

Les pouvoirs de la transition doivent donner des signaux clairs et encourageants aux investisseurs nationaux et étrangers. Notre économie ne pourra sortir de la dépendance vis-à-vis des hydrocarbures que par l’ouverture des autres secteurs de la production et des services à l’initiative des investisseurs nationaux et étrangers. C’est pourquoi, l’urgence est dans l’abolition des lois et règlements qui obèrent l’économie..