MAROC
07/06/2018 15h:20 CET | Actualisé 07/06/2018 15h:30 CET

Iftar à la Maison-Blanche: Des musulmans américains ont manifesté pour dénoncer l'hypocrisie de Trump

En organisant un "contre-iftar" devant la Maison-Blanche.

Anadolu Agency via Getty Images

INTERNATIONAL - Souhaitant aux musulmans du monde entier un “Ramadan Mubarak”, le président américain Donald Trump a organisé, mercredi 6 juin au soir, son premier iftar à la Maison-Blanche, renouant ainsi avec une tradition vieille de 20 ans initiée par l’administration Clinton, et à laquelle il avait renoncé la première année de son mandat. Mais petite ombre au tableau: parmi les 52 convives triés sur le volet, aucun représentant de la société civile musulmane américaine, le Conseil des relations américano-islamiques et le Conseil des affaires publiques musulmanes ayant tous deux été boudés.

L’initiative n’a pas été du goût des groupes de défense des droits civils des musulmans, qui ont riposté le même soir, dans les jardins face à la Maison-Blanche, en organisant une manifestation “NOT Trump’s Iftar” avec une rupture du jeune collective devant l’édifice. 

MANDEL NGAN via Getty Images
MANDEL NGAN via Getty Images

Une réunion appelant au boycott du dîner pour dénoncer un comportement hypocrite de la part du président qui, depuis son élection, multiplie les attaques à l’encontre de la religion musulmane, notamment avec les décrets anti-immigration du “Muslim Ban”, toujours en cours de discussion bien que bloqués par des juges dans plusieurs États américains. 

“Nous ne sommes plus autour de la table. On nous met à l’écart, on nous manque encore de respect, on continue de nous diminuer”, a déclaré à France24, l’imam Yahya Hendi, aumônier de la Georgetown University et président du groupe Clergy beyond borders (“Clergé sans frontières”). “Là, en l’occurence, il s’agit d’un ‘fake iftar’, poursuit-il. Trump essaie de prouver que les musulmans soutiennent sa politique. Mais nous n’avons que faire des photos officielles et des iftars à grands coups de marketing. Qu’il commence déjà par modifier la façon dont il parle de nous.”

“Nous pensons que c’est le summum de l’hypocrisie pour Donald Trump d’interdire les Musulmans d’une main, puis d’inviter des diplomates à la Maison Blanche et de rompre le jeûne avec eux”, a déclaré à l’AFP Bilal Askaryar, l’un des manifestants.

Si certaines associations saluent toutefois le retour de cette célébration à la Maison-Blanche, la pilule passe difficilement: les nombreuses déclarations de Trump ont contribué à augmenter les discriminations envers les musulmans américains, plus que jamais cibles de racisme et d’islamophobie. D’ailleurs, en 2017, il avait annulé l’iftar et son administration a fait publier, au début du Ramadan, une déclaration pleine d’amalgames et qui mettait fortement l’accent sur une menace terroriste durant le mois sacré.

Un iftar purement stratégique? 

Cette année, il semblerait que le président ait changé de disque et de rhétorique. Devant un petit comité de haut-fonctionnaires américains et de diplomates étrangers d’Arabie saoudite, du Koweït, de Jordanie mais aussi du Maroc, Trump s’est dit ravi d’honorer “une tradition sacrée de l’une des grandes religions du monde”, et a mentionné les “liens renouvelés d’amitié et de coopération” forgés avec des “partenaires estimés” du Moyen-Orient. Il a par ailleurs déclaré que les iftars “marquent le rassemblement des familles et des amis pour célébrer un message intemporel de paix, de clarté et d’amour. Il y a un grand amour”. 

Un message de tolérance quelque peu surprenant de la part de Donald Trump, mais qui n’aurait rien d’innocent, ni de spontané selon des observateurs. Cette rupture du jeûne à la Maison-Blanche serait une façon pour l’homme politique de solidifier ses liens avec des musulmans ciblés, et intervient après les nombreuses démonstrations d’amitiés à l’égard du prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Bin Salmane, représenté ce soir-là, par son frère, le prince Khalid Bin Salmane, ambassadeur du royaume wahhabite aux Etats-Unis. 

“Cela ne me surprendrait pas que les Saoudiens aient demandé à ce qu’un iftar soit organisé et que Trump ait accepté”, analyse pour France24, Daniel Sewer, spécialiste affilié au Middle East Institute. “Je pense que ce n’est que du business. Si Donald Trump voulait vraiment changer d’attitude envers les musulmans, il aurait bien d’autres choses concrètes à faire. Et cette administration reste quoi qu’il en soit très hostile envers cette communauté.”

Autres figures présente lors de cet iftar, les ambassadeurs du Maroc, Lalla Joumala, et de Jordanie, Dina Kawar, précise par ailleurs l’AFP, indiquant que “les Émirats arabes unis, l’Egypte, la Tunisie, l’Irak, le Qatar, Bahrein, l’Algérie et la Libye étaient également représentés.”

En somme, une initiative pour montrer de la sympathie envers les pays du Golfe, alliés économiques de poids pour les Etats-Unis, et la cinquantaine d’invités d’autres pays bénéficiant de relations diplomatiques avec les États-Unis. Et qui contraste fortement avec les iftars organisés par les précédentes administrations qui réunissaient des milliers de musulmans américains à la Maison-Blanche.