TUNISIE
21/03/2018 08h:40 CET | Actualisé 21/03/2018 08h:40 CET

Ibn Khaldoun, pionnier de la théorie économique moderne, un demi-millénaire avant Adam Smith

Lorsqu’on parle de l'économie moderne, on a tendance à citer Adam Smith, John Maynard Keynes ou encore Karl Marx. Ceci dit, le réel initiateur de cette discipline n’est autre que Ibn Khaldoun.

Steve Outram via Getty Images
Statue d'Ibn Khaldoun à la Cathédrale Saint-Vincent-de-Paul, Avenue Habib-Bourguiba, Tunis

Si dans les cours d’économie, on considère le philosophe Adam Smith le “père de l’économie moderne”, la réalité s’avère toute autre. 

Un article récent d’Evonomics met en lumière le travail négligé du savant nord-africain du 14ème siècle Ibn Khaldoun, qui a exposé des idées étonnamment semblables à celles d’Adam Smith près d’un demi-millénaire plus tôt.

“Les économistes néoclassiques ont créé un faux récit de l’histoire de l’économie” souligne l’auteur de l’article, Daniel Olah. 

Ibn Khaldoun, précurseur de la sociologie moderne

Le plus grand mérite d’Ibn Khaldoun réside dans sa pensée méthodologique révolutionnaire. Il a complètement rejeté la méthodologie de ses ancêtres, ce qui a fait de lui le premier sociologue (...) au sens le plus strict de ce terme”, note-t-il.

Avant Ibn Khaldoun, le rôle des historiens islamiques se limitait à transmettre des savoirs sans modifier, éditer ou ajouter des remarques à la tradition, explique Olah. “Ces derniers n’ont jamais remis en question la validité des histoires, mais ont analysé plutôt la crédibilité de l’émetteur” a-t-il précisé.

Pour Ibn Khaldoun, poursuivre la méthodes de ses ancêtres s’avère absurde. Il a, donc, abandonné la pratique, déclarant la nécessité d’une nouvelle méthode scientifique qui permet aux penseurs de séparer les vraies informations historiques des fausses. Selon lui, nous devrions ‘étudier l’organisation sociale de l’homme’ pour avoir ‘une référence solide’ nous aidant à analyser la société au lieu d’accepter des histoires absurdes d’historiens” a-t-il poursuivi. 

Ibn Khaldoun lance, ainsi, une science totalement nouvelle, originale et indépendante.  

 Ibn Khaldoun, le beau-père de l’économie

Smith est connu, en partie, pour ses écrits sur la division du travail à travers l’exemple d’une usine à épingle. Il a montré l’efficacité de la spécialisation: quand le travail était partagé entre de nombreuses personnes effectuant une seule tâche à plusieurs reprises, le rendement sera meilleur que si chaque individu essayait de construire lui-même une épingle entière. 

Or, bien avant Smith, Ibn Khaldoun a exposé la même idée.“La pensée Khaldounienne peut être embarrassante pour les économistes d’aujourd’hui” a écrit Olah. “Ibn Khaldoun déclare que la division du travail sert de base à toute société civilisée et identifie la division du travail non seulement au niveau de l’usine mais aussi dans un contexte social et international”. 

Plus encore, selon l’article Ibn Khaldoun a dit encore plus sur l’économie moderne. “Il a analysé les marchés qui découlent de la division du travail et a examiné les forces du marché d’une manière simple, ce qui est très semblable à l’attitude d’Alfred Marshall. 

L’invention de l’analyse de l’offre et de la demande n’a pas été inventée au XIXe siècle: le savant islamique a également décrit la relation entre l’offre et la demande et a tenu compte du rôle des stocks et du commerce des marchandises” a précisé l’article. 

Ibn Khaldoun a non seulement semé les germes de l’économie classique mais il a aussi été pionnier en ce qui concerne la théorie économique moderne.

Il a, en effet, inventé la théorie de la valeur du travail. Une approche “qui a fait du savant islamique un penseur pré-marxien” a rappelé l’auteur.

Les idées du philosophe musulman anticipent aussi les idées des théories économiques keynésiennes. Dans ses ouvrages, “Ibn Khaldoun a abordé des questions pour lesquelles nous n’avons pas de réponse, même au 21ème siècle”, a-t-il souligné. 

Qui était Ibn Khaldoun ?

Né en 1332 à Tunis, Ibn Khaldoun s’avère à la fois philosophe, diplomate, homme politique, sociologue et écrivain. Ce touche-à-tout est considéré comme un précurseur de la sociologie moderne, en raison de ses analyses sur les changements sociaux et politiques qui ont touché le Maghreb et l’Espagne à son époque.

Ibn Khaldoun s’est également illustré grâce à une poignée d’ouvrages. Parmi les plus célèbres, “Al Muqaddima”, dans lequel il s’inspire de sa propre expérience pour tenter de déterminer les causes de la montée et du déclin des dynasties arabes. Le Livre des exemples, ou Livre des considérations sur l’histoire des Arabes, des Persans et des Berbères, écrit entre 1375 et 1379, se distingue comme l’œuvre principale de Ibn Khaldoun.

Décédé le 19 mars 1406 au Caire, Ibn Khaldoun lègue un héritage encore palpable aujourd’hui. Son portrait orne notamment le billet de dix dinars tunisiens. Des écoles primaires, collèges, lycées et instituts de formation en Tunisie, en Algérie ou au Maroc portent son nom.

Appel pour inscrire les Prolégomènes d’Ibn Khaldoun dans le Registre Mémoire du monde de l’UNESCO

Le 12  décembre dernier, l’institut national du patrimoine a appelé à inscrire Les Prolégomènes (Al-Muqaddima) du penseur et historien arabe, Abderrahmane Ibn Khaldoun, au Registre Mémoire du monde de l’Unesco.

 

Cette initiative du ministère des Affaires culturelles tunisien a été adoptée par la Commission permanente pour la culture arabe, de l’Organisation Islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture (ISESCO), réunie le 30 novembre 2017 à Casablanca, au Maroc.

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