MAROC
04/02/2016 09h:06 CET | Actualisé 04/02/2016 09h:10 CET

Human Rights Watch appelle le Maroc à garantir l'accès aux soins palliatifs

AFP
Human Rights Watch appelle le Maroc à garantir l'accès aux soins palliatifs

SANTÉ - 62.000. C'est le nombre de Marocains ayant besoin d'accès à des soins palliatifs selon l'organisation non-gouvernementale Human Rights Watch (HRW). Ces soins sont pourtant essentiels pour les personnes atteintes de maladies graves, comme le cancer, puisqu'ils permettent de soulager les douleurs physiques du patient.

A l'occasion de la journée mondiale contre le cancer, l'ONG a publié un rapport de plus de 80 pages sur l’accessibilité aux soins palliatifs dans le royaume intitulé "Douleurs déchirantes: Défis et progrès dans les efforts pour garantir le droit aux soins palliatifs au Maroc". Et le constat est loin d'être reluisant pour le système de santé marocain. HRW pointe notamment du doigt le déficit de centres de soins palliatifs, puisqu'il n'y en a que deux dans le pays, basés à Rabat et Casablanca.

De plus, seulement un médecin sur cinquante a le droit de prescrire de la morphine, et quatre personnes sur cinq ayant besoin de morphine n'y ont pas accès, indique l'ONG. Résultat: des dizaines de milliers de personnes passent leurs derniers mois de vie dans la douleur, incapables de profiter de soins adéquats à leur situation.

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"Il est urgent que le gouvernement marocain développe davantage les services de soins palliatifs", déclare Diederik Lohman, directeur adjoint de la division Santé et droits humains à Human Rights Watch. "À l’heure actuelle, des milliers de personnes atteintes de cancer et d’autres maladies graves au Maroc souffrent inutilement de symptômes pouvant pourtant être traités". Et la situation est encore plus grave pour les 40.000 Marocains touchés par des maladies autres que le cancer, puisque le pays ne dispose d’aucun service de soins palliatifs pour de tels patients.

"Ma mère criait de douleur"

Pour son enquête, l'ONG a effectué une évaluation entre septembre 2014 et mars 2015. Elle a également réalisé 85 entretiens, auprès de malades ou de leurs proches, et de professionnels de la santé. Et certains témoignages font froid dans le dos.

"Ma mère criait de douleur. C'est une femme très résistante. Elle aurait voulu plonger sa main dans son propre corps pour en extirper la douleur", raconte ainsi la fille d'une femme atteinte d'un cancer à l'abdomen. Un autre homme âgé de 59 ans souffrant d'un cancer du poumon déclare aussi: "J'endurais la douleur, dormant à peine, regardant à peine la télévision, parlant à peine à ma famille…. Quand je souffre, je n'arrive pas à penser à autre chose. Je pense seulement à moi".

En plus de la douleur insoutenable que doivent subir les malades, leurs proches sont également atteints par leur incapacité à faire quoi que ce soit: "Avant la morphine, il ne pouvait pas dormir, il ne pouvait même pas s'asseoir... Il hurlait constamment et nous demandait de rester avec lui... Quand vous voyez quelqu'un dans la douleur, vous ressentez une douleur aussi. C'est votre père et vous ne savez que faire pour l'aider. Si je pouvais prendre pour moi une partie de sa douleur, je le ferais" a déclaré la fille d'un malade aux membres de l'ONG. Sans accès aux soins palliatifs, c'est toute la famille du malade qui est également durement touchée.

Une lente mise en place

Le Maroc a pourtant pris des mesures afin de faciliter l'accès aux soins palliatifs."Des politiques nationales de santé comportant des dispositions fortes dans le domaine des soins palliatifs" ont été adoptées en 2010 et 2012 indique le rapport. Les réglementations pour la prescription de la morphine ont également été allégées en 2013. La durée de la période couverte par les ordonnances d'analgésiques avait été allongée de 7 à 28 jours.

Mais les effets de ces politiques tardent encore à se faire ressentir sur le terrain. La consommation de morphine par personne a certes grandement augmenté en passant de 0 mg par personne en 1994 à 0.5 en 2013, mais l'utilisation de celle-ci se fait essentiellement dans le cadre d'opérations et non de soins palliatifs.

Le corps médical doit également être mieux formé à cette pratique: "Les médecins ne sont pas conscients de l'importance des soins palliatifs. Nous devons ajouter dès maintenant les soins palliatifs à la formation classique des médecins... Si nous commençons maintenant, toute la prochaine génération de médecins saura comment prodiguer des soins palliatifs", explique le docteur Mati Nejmi, ancien chef du service de réanimation à l'Institut national d'oncologie à Rabat.

A ce titre, le royaume est appelé à respecter l'article 12 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels qu'il avait ratifié en 1979 dont l'article 12 affirme qu'une personne a le droit "de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu'elle soit capable d'atteindre".

Devenir un exemple en Afrique

Le cas du Maroc n'est pas isolé en Afrique. Human Rights Watch explique que l'accès aux soins palliatifs est un problème qui touche l'ensemble des pays francophones africains. Une étude en 2012 a démontré que sur ces 22 pays, 16 ne dispensaient pas de services de santé offrant des soins palliatifs.

Grâce aux avancées qu'il a déjà effectuées, le Maroc pourrait donc devenir un pays leader dans ce domaine dans la région. Human Rights Watch exhorte ainsi les autorités marocaines à créer des unités de soins palliatifs généraux dans chacun des cinq centres hospitaliers universitaires. Ce qui profitera aux malades ainsi qu'aux étudiants qui pourront s'y former.

Le Maroc devrait mettre en place d'autres centres dans tous les centres oncologiques régionaux et à l'hôpital d'oncologie pédiatrique de Rabat. L'ONG recommande également de former le personnel des centres hospitaliers régionaux et de s'assurer que de la morphine soit disponible dans les pharmacies aux alentours de ces hôpitaux.

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