TUNISIE
03/05/2019 20h:18 CET

Huit ans après la révolution, la Tunisie est à la croisée des chemins

Le journaliste Francisco Serrano décortique la situation de la Tunisie, huit ans après la révolution.

Anadolu Agency via Getty Images

Considérée comme étant une réussite exceptionnelle au milieu des pays ayant vécu le printemps arabe, la Tunisie se heurte à une réalité bien fragile durant ces huit dernières années. C’est le constat du journaliste Francisco Serrano, dévoilé le 24 avril 2019 lors d’une interview accordée à World Politics Review (WPR). 

Le pays est appelé à relever d’importants défis sécuritaires, économiques, sociaux et politiques redoutables menacent d’entraver, voire d’interrompre, sa marche en avant.

Pour Serrano qui vient tout juste de visiter la Tunisie, l’armée tunisienne joue un rôle très important pour apaiser la tension et tenter de mettre le pays sur de bons rails. Il explique que contrairement à la Syrie et à la Libye, la Tunisie a été épargnée par les conflits armés. Et contrairement à l’Égypte, qui s’enfonce davantage dans l’autoritarisme, elle a mis en œuvre d’impressionnantes réformes démocratiques. C’est la neutralité de son armée qui se met à l’écart de tout tiraillement politique qui fait sa force.

Pourtant, de telles comparaisons risquent de faire oublier les nombreuses manières dont la Tunisie est toujours fragile huit ans après la chute de Ben Ali. Comme le note Francisco Serrano, les forces de sécurité luttent pour contrer la menace terroriste qui guette encore ses frontières. Il a fait savoir que des réformes ont été apportées et de nouveaux dispositifs sécuritaires ont été mis en place pour se préparer à affronter une éventuelle menace terroriste. 

L’économie, qui a cruellement besoin de réformes à grande échelle, ne parvient pas à accueillir les jeunes demandeurs d’emploi.

Serrano indique que la crise économique qui touche la Tunisie se concrétise en particulier dans la question des inégalités régionales. Le développement économique est, selon ses dires, l’apanage des régions côtières. Les fortes inégalités entre les différentes régions du pays, élément déclencheur de la révolution de 2011, persistent, martèle-t-il. 

Un autre signe de détérioration de la situation économique et sociale se traduit par le départ massif des jeunes désespérées. Le manque d’opportunités d’emplois pousse la jeunesse du pays à le quitter afin de trouver de meilleures opportunités.

Quant au paysage politique, ce dernier est fragmenté par les tensions entre les partis laïques et islamistes et leurs partisans, estime-t-il. 

De plus, le manque de confiance dans les élites, la non tenue des promesses et l’absence de vision stratégique (à long terme) pèsent lourdement sur une issue à la crise politique.  

Malgré les écueils, la Tunisie fascine et continue de creuser son sillon dans le monde de la démocratie. Elle arrive en tête des pays arabes en terme de démocratie. Réaffirmant ses ambitions, elle réalise une excellente performance dans sa catégorie de “démocraties imparfaites”. C’est ce qu’a révélé l’Economist Intelligence Unit (EIU) dans son rapport 2018 sur la démocratie dans le monde.  

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